Arche de Zoé: le récit de l’audience – L’Express

Le procureur de Créteil a requis huit ans de prison contre les membres de l’ONG. Les six membres de l’Arche de Zoé seront fixés sur leur sort le 28 janvier.

Il avance dans le box en boitant, appuyé sur une canne. Le patron de l’Arche de Zoé a la démarche d’un vieillard de 37 ans. Eric Breteau s’assoit au côté de sa compagne. Sans un mot. Emilie Lelouch secoue la tête quand elle entend le procureur épingler leur opération « clandestine » au Tchad. Ils sont tous là, sauf Nadia Merimi, l’infirmière, hospitalisée à Villejuif. Dans le box, le logisticien Alain Péligat verse une larme. Le Dr Philippe Van Winkelberg fixe Antonia, sa femme, qui ne le quitte pas des yeux. L’ex-militaire Dominique Aubry, lui, a l’air accablé.

Ce 14 janvier, les six membres de l’Arche de Zoé comparaissent devant le tribunal de Créteil, chargé de traduire en droit français leur condamnation à huit ans de travaux forcés par la justice tchadienne. Le 26 décembre, la cour de N’Djamena les a reconnus coupables d’enlèvement de 103 « vrais- faux orphelins » du Darfour.

Comme il l’avait annoncé dès leur retour en France, le procureur requiert huit ans de prison dans un silence glacé. Les avocats de la défense dénoncent la mascarade de la procédure tchadienne : « On ne peut pas adapter une décision prise en violation des libertés fondamentales ! » s’insurge Céline Lorenzon, l’avocate d’Eric Breteau.

Un vieil homme, un peu sourd, tente de capter des bribes de plaidoiries : c’est le père d’Emilie. Serrées au premier rang, les familles s’épaulent. Seul le clan Aubry se tient à l’écart : « Mon oncle a honte, confie la nièce, il ne cesse de s’excuser de s’être fait avoir par Breteau. »

A la fin de l’audience, ce dernier, qui menace de se laisser mourir de faim, demande au juge de rendre leur liberté à « ces gens formidables ». Emilie Lelouch lâche : « Je pense aux enfants tous les jours. Même si je dois faire huit ans de prison, je ne regrette rien. »

Marie Huret



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