Le Tchad aurait aussi armé son Pilatus PC-9 – Swissinfo

Un avion d’entrainement militaire de type PC-9 livré en 2006 par la société suisse Pilatus a «vraisemblablement» été armé par les forces tchadiennes, admettent les autorités suisses.

La polémique enfle, quelques jours après la révélation des missions de bombardement que mènent les PC-7 aux couleurs de N’Djamena, notamment au Darfour.

Depuis le début de l’année, les révélations se suivent sur le rôle que les Pilatus PC-7 tchadiens – pourtant achetés comme avions d’entraînement – jouent dans des opérations militaires, notamment au Darfour.

Pour en savoir plus, le Ministère des Affaires étrangères (DFAE) et le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) ont ouvert une enquête. Jeudi, le DFAE a convoqué l’ambassadeur du Tchad en Suisse, mais rien n’a transpiré de cet entretien. La veille déjà, Berne avait demandé des explications à N’Djamena.

Jean-Daniel Gerber, le chef du SECO a confirmé que le Tchad a aussi doté son PC-9 de l’équipement nécessaire à son armement. «Il n’est pas sûr, mais vraisemblable» que l’avion a été armé. En revanche, il n’y a pas de preuve à ce stade de l’enquête qu’il a été utilisé à des fins militaires.

Berne entend poursuivre les investigations. Plusieurs questions restent en suspens, par exemple s’il est exact que le PC-9 a été envoyé en Israël pour être armé. Des éclaircissements sont aussi nécessaires sur l’activité de deux mécaniciens de Pilatus, rencontrés il y a une année au Tchad.

Les Verts montent au créneau

Depuis 1996, les PC-7 et PC-9 ne sont plus considérés comme matériel de guerre mais tombent sous la loi sur le contrôle des biens utilisables à des fins civiles et militaires. Ainsi, leur exportation ne peut être interdite que si le destinataire est sous le coup d’un embargo de l’Union européenne ou de l’ONU.

Le SECO précise tout de même qu’aujourd’hui, il ne serait plus question d’exporter ces appareils vers le Tchad.

Déjà opposés à la décision du Parlement à l’époque, le Parti socialiste, les Verts et le Groupe pour une Suisse sans Armée (GSsA) sont à nouveau montés au créneau mercredi. Ils demandent que ce type d’appareil soit soumis à la loi sur le matériel de guerre.

Vice-président du parti écologiste Ueli Leuenberger juge les explications des autorités «assez légères». «Elles doivent prendre des mesures beaucoup plus strictes pour éviter que des Pilatus se retrouvent dans des zones de crise ou des pays en guerre. Si ces mesures ne sont pas prises, nous pourrions demander l’interdiction totale de l’exportation de ces avions», explique-t-il à swissinfo.

Et de rappeler que les Verts soutiennent l’initiative populaire du GSsA, qui veut interdire toute vente de matériel de guerre. Déposée en octobre 2007, elle attend le verdict du gouvernement, puis du parlement avant d’être soumise à celui du peuple.

«Paradoxe» suisse

De son côté, l’organisation de coopération au développement Swissaid dénonce le «paradoxe» de la politique de la Confédération.

«D’un côté, la Suisse accorde une aide au développement et humanitaire au Tchad et pour le Darfour. Et dans le même temps, des avions suisses sont utilisés pour des attaques aériennes dans le contexte d’une guerre civile, qui, précisément, réduit fortement les efforts de développement», note l’ONG dans son communiqué.

Durant les années 90, le gouvernement suisse avait déjà essuyé un feu de critiques de différentes ONG contre les ventes d’avions Pilatus à des gouvernements comme la junte militaire birmane ou le régime d’apartheid en Afrique du Sud.

«Trop extrême»

Dans le camp de l’UDC (droite nationaliste), on juge que l’interdiction de vendre des Pilatus serait une mesure «trop extrême».

«En soi, le Pilatus n’est pas un avion fait pour bombarder des populations. Ici en Valais, on l’utilise depuis des décennies comme avion à tout faire», rappelle à swissinfo le député Oskar Freysinger.

Le Valaisan admet néanmoins que cet avion «peut être détourné» pour cet emploi, et que manifestement «cela a été fait dans ce cas». Pour lui cependant, il n’est pas possible d’interdire l’exportation de tout ce qui pourrait être détourné. Sans compter que cela entraînerait fermetures d’usines et mises au chômage…

swissinfo et les agences


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