Etat centralisé = Etat déstabilisé !

Les cas du Soudan, de la RDC et tout récemment du Mali, trois pays colonisés par trois différentes puissances, posent la viabilité du système administratif légué par la colonisation. Les frontières entre les Etats ayant été tracées de manière arbitraire, les pères fondateurs s’étaient précipités pour pérenniser ces frontières dans les textes constitutifs de l’OUA.

Nos Etats africains à quelques exceptions près, sont des juxtapositions des zones géographiques où vivaient des communautés appartenant à des civilisations et aux cultures complètement distinctes, et les relations entre elles sont souvent inexistantes sinon conflictuelles. A cause des guerres et des résous les unes ont d’ascendance sur d’autres. Des clichés stéréotypés y prévalaient largement. C’était donc un colmatage factice, artificiel. Les colons ont d’ailleurs largement utilisés ses contradictions entre différentes communautés qui peuplaient le territoire, pour asseoir leur autorité. Aux indépendances, ils avaient légué aux locaux des Etats fortement centralisés avec des contradictions internes très aigües. Les autochtones à qui on avait imposé cette nouvelle forme d’administration coloniale, étaient incapables d’inventer autre chose que celle de perpétuer le système légué par la colonisation.
50 ans après, rares sont les pays africains qui pourraient revendiquer une stabilité politique et une cohésion nationale, c’est plutôt un tableau très désolant que nous avons en face : des guerres, des rebellions, des dictatures, des régions entières ignorés ou négligées, sources des frustrations ; mauvaise répartition des ressources du pays ou plus exactement ceux qui produisent ne sont pas les premiers bénéficiaires, l’accaparation par les armes et confiscation du pouvoir par une infime minorité au détriment de la majorité écrasante, etc. Ultimes résultats : instabilité politique, retard économique, manque d’institutions fiables, etc. 50 ans après, il n’y a nulle des véritables Etats, quant aux Nations –Etats, ça ne revient même pas en rêve !

N’est il pas temps de se faire violence et franchir un pas décisif en inventant une autre politique viable pour toutes les communautés qui peuplent le territoire donné ? L’Etat centralisé est devenu une vache à lait de tous les ténors du pouvoir et toute allusion à une autre forme d’Etat est considérée comme une tentative de division, de scission et in fine de destruction de l’Etat existant.

L’individu ne se considèrera citoyen à part entière du pays que quand il sera intrinsèquement identifié à ce pays et cela n’est possible que si son identité est considérée et respectée, qu’il est convaincu qu’il a les mêmes droits et devoirs que tous les autres citoyens, que le produits de sa labeur est utilisé à bon escient, qu’il est conscient qu’il participe volontairement à une œuvre commune d’intérêt publique, qu’il est chez lui et qu’il travaille pour lui et pour ses semblables, il est fier d’être le citoyen du pays.

Si dès les premières années d’indépendances, les autorités locales avaient pris en compte les spécifités identitaires des Sud soudanais, des katangais ou des touarègues, on ne serait jamais arrivé aux situations qu’on connaît aujourd’hui, 50 ans après. Il est temps que les élites du 21ème siècle s’émancipent du système centralisé étouffant que les colons ont légué. Le système fédéral ne doit pas être perçu comme un avant curseur de division ou de scission, mais comme un outil de développement socio économique qui responsabilise chaque ou un ensemble des communautés sur la gestion quotidienne de leur terroir, qui respecte leurs identités, qui reconnaisse leur contribution à l’effort du développement national.

Au Tchad, beaucoup des sujets dont le régime actuel instrumentalise pour ses intérêts égoïstes, trouveront des solutions justes dans le cadre d’un système fédéral  entre autres, le problème agriculteurs – éleveurs, le problème du bilinguisme, le code de famille etc., (voir à cet effet un papier, « le Tchad après Deby », publié sur ce même site). Les pouvoirs successifs au Tchad ont toujours brandi l’épouvantail de division pour continuer à étouffer les populations qui demandent la prise en compte de leur identité, le droit de bénéficier des fruits de leur travail, le droit de ne pas être colonisé par ceux là même qui se disent des compatriotes mais agissent en terrains conquis. Il est faux de dire que le BET voudra se rattacher à la Libye, ou le Ouaddaï au Soudan, ou le Moyen Chari à la RCA ou le Logone au Cameroun ! Tout cela c’est du fantasme ! Osons tout simplement d’inventer autre forme d’Etat pour coexister paisiblement et en se respectant mutuellement. Chacun pour son terroir, tout le monde pour le Tchad !

Beremadji Félix
N’djaména – Tchad


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1 commentaire

  1. Cyrille Mossé

    je suis partant à 100 pour cent pour la fédéralisation du Tchad sauf comme condition  sinéquanone, pas la division.