Les Brèves de N’djaména : La face cachée du voyage de Deby au Port-Soudan (Soudan).

On se rappelle que Mr Deby a effectué une visite éclaire au Port-Soudan du 7 au 8 mars 2014. Officiellement, cette visite, qui a été effectuée à la demande pressante de Deby selon les sources soudanaises, concernait le sempiternel dossier de la zone franche concédée au Tchad par le gouvernement soudanais. Or, comme il a été signalé dans Tchadactuel dans une de ses précédentes éditions, cette fameuse zone franche appartenait au Tchad depuis plus de 50 ans tout d’ailleurs celle de Douala au Cameroun. L’entrée des marchandises par la porte orientale du Tchad ayant été boycottée par les autorités postcoloniales aidées en cela par le lobby des transports européen, cette zone était restée en friche et utilisée naturellement par les soudanais eux-mêmes. Ceux-ci connaissant à merveille le manque du suivi des dossiers par l’administration tchadienne, font semblant à chaque changement de régime au Tchad de faire un geste de magnanimité en direction des nouvelles autorités en signe de leur bonne volonté des nouvelles perspectives ! Ce jeu de cache-cache était devenu même comique depuis l’arrivée de MPS au pouvoir parce que le problème est posé quasi mythiquement à chaque passage d’une délégation officielle à Khartoum !!

Selon les mêmes sources, Mr Deby qui cherchait depuis longtemps à aiguillonner  le vieux « Baobab » du Palais d’Etoudi pour le plaisir de son hobby favori qui consiste à déstabiliser les pays voisins et frères sans raison valable,  vient enfin d’acquérir une certaine condescendance des lobbys françafriques en charge des dossiers de l’Afrique centrale. Pour ce faire, et pour éviter une éventuelle asphyxie économique il faut rapidement ouvrir la voie de l’est.

Cette rencontre au sommet à cause d’une portion du port qui appartenait déjà au Tchad cache en réalité d’autres dossiers concernant les problèmes sécuritaires de deux pays. En effet, le pouvoir soudanais fait face avec beaucoup des difficultés  sérieuses à plusieurs fronts : fronts économico-financiers à cause des problèmes récurrents avec la séparation du Sud-Soudan ; fronts militaires avec la perte du terrain face aux éléments du FRS et enfin front interne stricto sensu, le conflit d’intérêts et de leadership entre le gouverneur de Darfour ouest et le Grand Chef de Djandjawids Moussa AL Hilal (beau-père de Deby). De ce fait, le dictateur tchadien qui est adoubé ces derniers temps par le partenaire français pour ses interventions tout azimut et dont le pays est considéré le plus stable de la région, est en réalité aussi inquiet que les soudanais de sa frontière jouxtant le Darfour. Le despote qui a toujours soupçonné le FRS de couver les éléments de l’opposition tchadienne pense au fond de lui-même que le Frs tenterait de le renverser sous couvert de l’opposition tchadienne, surtout après le communiqué officiel de JEM  qui le considère comme l’unique responsable de l’assassinat du Dr Khalil Ibrahim. C’est pourquoi pour parer à cette éventualité, Mr Deby était parti au Soudan avec deux propositions concrètes : D’abord il se propose médiateur entre le Chef des Djandjawids et le Président Al Béchir, ensuite il propose au gouvernement soudanais de constituer une unité opérationnelle mixte dotée des moyens conséquents pour nettoyer toute la zone de Darfour-Kordofan.

Pour le premier point, tout en le remerciant de son initiative, les soudanais lui ont fait savoir que c’est un problème qui concerne deux autorités administratives de la région géographique et qui se font la guerre pour des problèmes de leadership, cela ne mérite donc pas une médiation d’un pays étranger fut-il ami. La réponse amicale et diplomatique des soudanais cache aussi une méfiance atavique du régime de Khartoum envers toutes les entreprises de Deby même si elles paraissent sincères ! Or cette fois-ci les djellabas ont frappé juste ! En effet avant d’effectuer son voyage, Deby a anticipé en dépêchant des émissaires auprès de son beau-père ; or celui-ci, en bon politicien et agent des services, rôdé, a piégé les émissaires tchadiens en  préférant les écouter au téléphone au lieu de les recevoir physiquement, tout en sachant que son portable est sur écoute. Les envoyés de N’djaména ont inconsciemment péroré pendant des bonnes heures en rappelant au chef djandjawid tous les liens de chair et de sang et enfin de mariage qui l’unissent à son beau-fils ; sans oublier naturellement de taper très fort sur « ces djellabas qui massacrent nos parents » et finir par lâcher le mot qui fâche: «  quelles que soient les conditions nous serons de ton côté contre les djellabas et les noubas d’Al fâcher. » Ce langage n’est pas tenu par Deby en personne, mais pour les autorités soudanaises connaissant l’interconnexion des zaghawas en la matière,  c’est comme si. En fait Mr Hilal vise un objectif et  voudrait en conséquence  transmettre un message très clair aux responsables soudanais. Se prévalant de ses origines bideyat, il leur fait savoir qu’ils se trompent, il a toujours le soutien de Deby et ce, quels que soient  les petits problèmes créés par la situation ambigüe du sort de sa fille ! Quand l’avion du tchadien atterrissait au Port-Soudan, les soudanais étaient déjà en position de la cassette d’enregistrement.

Le deuxième point concernait la mobilisation des troupes mixtes pour donner un coup d’arrêt aux avancées du FSR. De la même manière que le premier point, les soudanais  pensent sincèrement, compte tenu des expériences passées et ce, malgré la volonté affichée de Mr Deby, que les troupes tchadiennes généralement commandées par des zaghawa outrepasseront les consignes  de Deby et se coaliseront avec le FSR  pour venir au bout du régime de Khartoum.  De ce fait, la réponse ne pourrait être que négative, mais à la manière soudanaise, un oui qui voudrait en fait dire non!

Correspondance particulière (Soudan)


Commentaires sur facebook

1 commentaire

  1. dass

    il suffit juste au cameroun de bloquer le transit du pétrole tchadien dans son sous-sol pour voir renaitre la misère au tchad. Situation, pas souhaitable mais, envigeasable au cas où.