L’Eufor dans un traquenard ?

Ce qui est nié, c’est que l’Est du Tchad et bientôt tout le pays est un 2ème Darfour. Un territoire de non-État et de non-droit. L’affaire de l’Arche de Zoé suffit, à elle seule, à démontrer que dans une région où il y a des administrateurs et des forces de sécurité, on ne peut impunément se livrer à des trafics d’enfants sans qu’aucun rapport n’ait eu à signaler l’anomalie et que la plus haute autorité n’ait pu réagir.

N’eut été la curiosité d’un simple policier tchadien, l’avion espagnol aurait pu décoller avec une centaine de gosses à bord, munis de faux papiers pour une destination inconnue et peut être pour un voyage sans retour. De tels exploits ne sont signalés que dans les forêts amazoniennes où les mafias contrôlent des régions entières d’un pays et y ont des aéroports privés pour leurs transports de cocaïne.

Le Darfour était déjà un no man’s land, traversé épisodiquement, au gré des opportunités, par des groupes de pillards à la recherche du butin. C’était un territoire de prédilection des voleurs de bétail et des expéditions tribales. Il sera encore sous le contrôle des tribus armés, à la faveur des rébellions et autres guerres de libération. Pour juguler les guerres politiques, le pouvoir central de Khartoum, a utilisé tous les moyens y compris les milices supplétives à l’armée régulière, les djandjawids.

Les djandjawids ne sont donc pas une spécificité du Darfour. Toutes les régions du soudan qui ont connu ou connaissent des guerres de guérillas ont leurs djandjawids. Peut être que c’est seulement les noms qui changent. Puis le désordre du Darfour passa à l’Est du Tchad.
Au commencement, c’est le pouvoir de Deby qui a armé les frères en lutte contre Khartoum. Les moyens de l’armée tchadienne, de plus en plus tribalisée, seront mis au service des zaghawa soudanais. Plusieurs chefs rebelles soudanais trouveront refuge au Dar Tama et au Dar Zaghawa. Et certains seront logés et protégés aux frais de la princesse à N’Djamena dans les hôtels ou dans de somptueuses villas. Profitant de la présence des zaghawa d’origine soudanaise au sein des forces de sécurité tchadienne et de l’administration, la rébellion soudanaise sera au Tchad comme un poisson dans l’eau, et ce particulièrement à l’Est du pays. Il n’est un secret pour personne que Deby a instrumentalisé la rébellion soudanaise du Darfour. N’oublions pas aussi que le régime de Deby était l’enfant chéri d’Oumar Hassan El Béchir et du colonel Khadafi. N’eurent été les soutiens multiformes de ces derniers, Deby n’aurait pu venir à bout de la rébellion du MDJT et des autres rébellions du sud. Les propagandes aujourd’hui tentent de démontrer que c’est le Soudan qui a fabriqué les rébellions tchadiennes. Non, elles sont nées de l’armée tchadienne et ont trouvé refuge au Soudan comme ce fut le cas du FLT, du Frolinat, du Mosanat, du MPS et aujourd’hui de l’UFDD et du RFC. C’est donc le régime de Deby qui est à l’origine de la création des différentes rébellions actives à l’heure actuelle à l’Est du pays. Et cela a été une opportunité pour le pouvoir du Soudan en réaction au soutien apporté par Deby aux différentes rébellions soudanaises.

A chacun donc ses rébellions et au plus fort la victoire! Mais l’affrontement Deby/El Béchir, par rébellions interposées, ne semble pas être en faveur de Deby. Le pays des Sao, à l’image de l’Est, vit une situation de non-Etat et de non-droit. L’anarchie y est généralisée et les milices du pouvoir se sont transformées en féodalité tribales autonomes. La désorganisation des institutions a atteint un niveau si avancé qu’il est presque impossible d’y remettre de l’ordre sans un autre pouvoir. L’actuel est victime de son armée tribale. Pour lancer des offensives contre les rebelles, il faut que le Président négocie avec les chefs de groupes, leur donne beaucoup d’argent pour acheter leur engagement. Mais les chefs s’enrichissent et les combattants triment. Alors le moral est au plus bas dans les forces armées. Au moindre contact avec les rebelles, les hommes de Deby se rallient ou décrochent. Alors à chaque combat, même avec la présence de Deby, c’est l’hécatombe. Au bout de dix sept ans de pouvoir, le Chef de l’Etat s’est transformé au gré des occasions en chef de bande, pardon en chef d’état major de l’armée !

Actuellement tous les pronostics prédisent l’échec de Deby. Mais ce dernier s’accroche grâce à l’argent du pétrole. Il désintéresse tout le monde : les officiers de l’armée française, les chefs de service spéciaux, les hommes de pouvoir français, les ambassadeurs et tous les intermédiaires pour toutes les négociations mafieuses et achats divers.

C’est donc dans ce contexte trouble et incongru que l’Eufor est appelée à suppléer les insuffisances de l’Etat et pour protéger les reliques du pouvoir des Itno. Il est dit que l’Eufor est là pour protéger les camps de réfugiés et les personnes déplacées. Bref on protège les victimes de Deby et Deby, l’auteur des méfaits. Disons la bergerie est protégée avec un loup parmi les bêtes faméliques. Les bêtes crève-la-faim engraisseront le loup jusqu’à la dernière ! Car les réfugiés sont bien dans le territoire grâce aux efforts non négligeables déployés par les organisations humanitaires. S’il y a un Etat tchadien, c’est à lui d’assurer la sécurité de ces miséreux chassés de chez eux et se trouvant dans un milieu inhospitalier. Or, malgré la présence des gendarmes et des militaires de Deby, les rebelles soudanais s’approvisionnent allégrement en hommes et logistiques dans les camps de réfugiés. Le pouvoir de Deby laisse faire, laisse opérer dans les camps. Non seulement cela, les rebelles, les protégés de Deby braquent les humanitaires, piquent leurs bagnoles et les revendent à N’Djamena au vu et au su de tout le monde. Pire, ils sont autorisés à se transformer en coupeurs de route pour écumer les bourgs et les campagnes du Tchad en toute impunité. Qui donc peut dénouer les relations incestieuses entre Deby et les rebelles soudanais ?

Quant aux personnes déplacées, c’est connu de longue date que le pouvoir Deby s’est aussi doté de ses propres djandjawids. Pour cela, des tribus entières ont été armées au Ouaddaï, Dar Tama, Dar Sila et au Salamat. Les bilans macabres de ces milices sont bien connus des humanitaires et de l’opinion nationale. Les déplacés sont aussi les victimes des armées privées de Deby qui se sont autonomisées. L’armée de Deby ne pouvant remettre de l’ordre, l’Eufor est appelée au secours ! L’incendiaire crie au feu et le pompier arrive les yeux fermés.

Les non-dits de la mission de l’Eufor sont beaucoup plus subtils que les objectifs péronés par le conseiller du ministre français des affaires étrangères. Cette mission officielle cache une autre officieuse dont on perçoit à peine un bout de l’iceberg. Elle cache une forêt invisible et sème la suspicion chez les tchadiens. Pour que cette force ne s’enfonce pas dans le sable mouvant au Tchad, il faut que Paris lève les équivoques. Car se battre contre les français n’est pas une nouvelle donne pour les tchadiens. De Gouro à Bebalem, en passant par Abéché, Bouna et Salal, ils ont résisté à cette France arrogante et inamicale. Changeons d’attitude pour rester des peuples amis.

Kamis, Wardougou, Eriteïro et Nadji


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