Le Sommet de Bruxelles ou le pari raté de Deby.

Deby et son entourage avaient très minutieusement préparé le sommet de Bruxelles qui va, pensaient-ils, consacrer à légitimer son leadership  en Afrique. C’est un sommet Europe-Afrique dont le maître d’ouvrage est l’Onu avec tous ses démembrements auxquelles s’ajoutent toutes les différentes ONG chargées de développement en Afrique. Or le forum qui devrait parler des pesanteurs qui freinaient le développement du continent et trouver des remèdes conséquents a été complètement happé par le conflit centrafricain et ipso facto Deby fut au centre du problème et naturellement du mauvais côté. Contre toute attente le chef d’orchestre anti-croisade contre Deby fut le représentant de l’Onu à la personne de S.G lui-même qui a ouvert un tir de barrage sans précédent contre le contingent tchadien à Bangui et par ricochet son Président!

En effet, le dossier centrafricain qui a accaparé plus de temps que prévu a été traité à deux niveaux :  Il y a eu d’abord  une réunion préliminaire présidée par l’UE à laquelle assistaient le représentant de l’Onu, celui de l’UA et de la délégation centrafricaine. Le Tchad étant le premier accusé n’a pas été admis à la réunion ; c’est la première gifle donnée à Deby! Au cours de cette réunion très restreinte et selecte, l’UE et l’ONU n’étaient pas allées par le dos de la cuillère ! La France, qui sollicite un appui de plus de 800  militaires de l’UE pour sécuriser le pays, a été acculée à répondre sur le rôle exact du Tchad dans le merdier centrafricain ; les langues se sont déliées en qualifiant le Tchad, l’armée tchadienne et le Président tchadien de tous les adjectifs. En outre, les participants ont posé des conditions avant de donner leur accord  à une éventuelle participation ;  sans quoi, dans un pareil chaos ni l’UE moins encore l’ONU n’interviendraient absolument:

– Que ceux qui ont participé aux massacres des civils soient clairement identifiés et jugés.

– Que la situation au sein même du contingent tchadien soit nettement clarifiée. Selon le représentant centrafricain tous ceux qui portent les tenues tchadiennes et se font passer pour des soldats tchadiens sont en réalité des natifs centrafricains qui étaient il n’y a pas longtemps de petits commerçants ambulants ou des boutiquiers du quartier connus et identifiés en tant que tels ; en d’autres termes, il n’y a pas en réalité une armée tchadienne dans le vrai sens du terme ; pour l’UE cette armée est constituée des miliciens de part et d’autre de la frontière de deux pays mais uniquement commandée par des soi-disant officiers proches du Palais.

Que le contingent tchadien se mette sous le commandement strict de la Misca et s’en réfère en conséquence.

La deuxième phase de la réunion concernant la RCA était présidée par la France avec la participation de toutes les parties concernées et intéressées par le conflit dont évidemment le Président tchadien. Mr Deby qui était très touché par sa non-participation de la première phase de la réunion s’attendait au moins à des excuses et des explications softs de la part des organisateurs. Que nenni ! Derechef, les mêmes tirs croisés en sa direction, contre lui et son armée, ont débuté la réunion. C’en est trop pour le monarque tchadien qui, on le sait ne supporte pas les critiques fussent-elles justifiées ; alors il claque la porte de la réunion suivie par sa cohorte et déclare illico les retraits de ses troupes de la RCA.

Cet acharnement contre Deby et son armée  était presque improbable il y a quelques mois, alors la grande question est de savoir que s’est-il passé réellement ? En apparence deux éléments avaient beaucoup pesé sur l’attitude des partenaires d’abord le rapport de la mission de l’Onu en RCA qui étale en détail les crimes et le mauvais comportement d’une manière générale ; et l’audience que le Président français a accordée à la veille  à la Présidente centrafricaine, celle-ci n’a pas été tendre sur toute la ligne envers le Président tchadien et ses milices qui se comportent comme des phalangistes  de la dictature franquiste ; par ailleurs elle avait vilipendé l’attitude des tchadiens sur les ondes  des radios locales en FM en langue sango avant de quitter pour Bruxelles ! Naturellement la pauvre dame joue sur plusieurs tableaux, en caressant dans le sens des poils par ici et en donnant un coup de marteau par-là !

Le compte à rebours a-t-il commencé pour le régime de Deby ? Selon les observateurs avertis, le rapport sur les massacres de 30 civils n’explique pas tout le matraquage systématique du Tchad observé ces derniers temps tant sur le plan politique que médiatique dans les milieux français. Concernant les massacres, il y en a eu par milieux surtout les musulmans mais les réactions adéquates avaient pris un sérieux retard avant de se faire entendre. C’est pourquoi on pourrait légitimement dire que les raisons profondes sont ailleurs.

Il est de notoriété publique que depuis toujours Mr Deby et les socialistes se haïssaient mutuellement, mais tout fait les intérêts nationaux et le realpolitik ont emporté sur les sentiments « convictionnels ». Le gangstérisme belliqueux de Deby aidant, la France s’y est accommodée pour accomplir quelques missions bien ciblées. Or la dérive autoritaire grandissante, la faillite économique du pays, l’accaparement de toutes les sources financières du pays par la famille in situ, l’insécurité généralisée sur le plan intérieur, et les appétits mégalomaniaques de l’homme fort de N’djamena qui rêve de remplacer l’ancien leader libyen tant sur le fond que sur la forme en ayant dans sa ligne de mire presque tous les pays de la Cemac ,  ont conduit les milieux européens à se rendre à l’évidence que Mr Deby est un partenaire encombrant dont la collaboration risque de créer un fossé entre la France et beaucoup des pays africains . Les jours à venir seront édifiants pour les uns et les autres.

Correspondance particulière


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