L’est du Tchad, région troublée à l’ombre du Darfour – Afp

La frontière entre Tchad et Soudan traverse une région habitée par les mêmes peuples et rongée par des problèmes similaires, ce qui a favorisé une rapide propagation de la guerre soudanaise du Darfour vers l’est tchadien, où doit se déployer une force européenne.

La France a imaginé l’opération militaire Eufor de 3.700 hommes dans l’est du Tchad et le nord-est de la Centrafrique, qui doit recevoir lundi le feu vert définitif de l’Union européenne (UE), comme un pendant de la mission, bien plus robuste, qu’ONU et Union africaine (UA) tentent d’envoyer au Darfour voisin.

« Les situations dans l’est du Tchad et l’ouest du Soudan ne sont pas identiques, mais elles sont cousines« , estime le chef de mission de l’ONG britannique Oxfam Poul Brandrup.

« Il y a les mêmes communautés de part et d’autre de la frontière, et donc les mêmes conflits communautaires« , ajoute-t-il, dans son bureau d’Abéché, principale ville de l’est tchadien, futur QG de l’Eufor comme elle est celui des dizaines d’organisations humanitaires présentes dans la région.

La guerre civile au Darfour a éclaté en février 2003 sur un terreau fertile: des ethnies africaines sont entrées en rébellion contre le pouvoir de Khartoum, dominé par les Arabes, pour dénoncer leur marginalisation. Ce conflit s’est greffé sur de vieux différends fonciers ou liés à l’eau, entre pasteurs semi-nomades et cultivateurs sédentaires.

Des différends qui existent des deux côtés de la frontière.

« De petits conflits interethniques ont toujours existé, mais ils étaient circonscrits et gérés par les autorités traditionnelles« , note le responsable d’une agence humanitaire. « Le conflit du Darfour a provoqué une escalade de ces violences, qui ont atteint un niveau tel que les chefs traditionnels sont dépassés« .

D’autant que d’ethnique, la crise est devenue politique et frontalière.

Le Soudan a rapidement accusé le président tchadien Idris Deby Itno et son entourage, zaghawas comme une grande partie des rebelles du Darfour, de soutenir ces derniers. En retour, N’Djamena dénonce régulièrement l’aide apportée par Khartoum aux rebelles tchadiens.

Les deux voisins démentent les faits qui leur sont reprochés, pourtant étayés par nombre de rapports indépendants.

Depuis 2003, en outre, la guerre soudanaise a débordé au Tchad, où l’on compte aujourd’hui 241.000 réfugiés du Darfour et l’une des principales opérations humanitaires de la planète.

Les incursions dans l’est tchadien de « djandjawids« , les milices arabes alliées du pouvoir de Khartoum, et les flambées de violences communautaires exacerbées par ces tensions, ont également déplacé 179.000 Tchadiens, et même poussé quelques milliers d’autres à se réfugier… au Darfour.

« Un déploiement international est nécessaire pour éviter une répétition de ce qui se passe au Darfour, c’est-à-dire des zones abandonnées par leurs habitants et occupées par d’autres, empêchant le retour des déplacés« , plaide un responsable humanitaire.

L’Eufor, pour autant, « n’a pas pour mandat de contrôler la frontière« , fait valoir un haut gradé européen. « Nous allons essentiellement sécuriser les zones où sont concentrés réfugiés et déplacés, pour faciliter le travail humanitaire« .

Pas question non plus, assure-t-il, de s’ingérer dans les combats fréquents entre armée et rebelles tchadiens. « Mais si ces violences interviennent dans une zone où nous devons soutenir les humanitaires, on sera très embarrassés« , reconnaît l’officier.

Pour le responsable de l’agence humanitaire, « on n’aura pas de solution pour les réfugiés sans solution au Darfour« . « En attendant, dit-il, on peut tenter de créer un îlot de sécurité et de stabilité« .


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