Les chinoiseries pétrolières de N’Djamena – JA

Tout n’est pas simple au royaume de l’or noir. Surtout avec des opérateurs qui ne respectent ni les droits des salariés ni l’environnement.

Dernier rebondissement dans les relations tumultueuses entre pétroliers chinois et pouvoirs publics tchadiens : la notification de payer 1,2 milliard de dollars (870 millions d’euros) que le ministère tchadien de l’Environnement a adressée le 21 mars à la China National Petroleum Corporation (CNPC).

À l’origine de cette amende, la découverte, au cours d’une visite surprise effectuée en juillet 2013 par les équipes du ministère du Pétrole en mission d’inspection sur les gisements du bassin de Bongor (à 240 km au sud de N’Djamena, dans le sud-ouest du pays), de graves dégâts causés par les activités de la CNPC, en « violation flagrante des normes environnementales ». Les mauvaises pratiques d’exploration, d’exploitation et de gestion des déchets étaient telles que Djerassem Le Bémadjiel, le ministre de l’Énergie et du Pétrole, avait ordonné ab irato la suspension immédiate des activités de la CNPC et l’ouverture d’un audit environnemental, dont les conclusions ont abouti à la notification du 21 mars.

Le constat est alarmant. Des tonnes de pétrole brut et de boues de forages, résidus hautement toxiques, ont été sommairement déversées dans des fosses à ciel ouvert, provoquant une contamination des eaux souterraines et de surface. Alors qu’elles ne devraient pas excéder 1,50 m selon les normes en vigueur, des carrières de 3 à 4 m de profondeur ont été creusées sans être sécurisées, ce qui constitue un danger pour la population et la faune locales. Enfin, les employés chargés des opérations de nettoyage travaillent sans équipement adapté.

Grèves perlées

Mi-mars, les employés de deux autres entreprises chinoises, la Greatwall Drilling Company (GWDC) et la China National Logging Corporation (CNLC), qui interviennent également dans les bassins de Bongor et du Logone, mettaient fin à plusieurs semaines de grèves perlées. Ils protestaient contre la faiblesse de leurs salaires, leurs conditions de vie et de travail difficiles sur les chantiers, et réclamaient le droit de se constituer en syndicats…

« Pour parvenir à nos fins, nous avons dû batailler ferme, ne serait-ce que pour organiser l’élection de nos délégués. Mais dans cette guerre des nerfs, nous ne nous sommes pas découragés. Les responsables des compagnies viennent rencontrer l’inspecteur du travail, acceptent tout, mais une fois revenus dans l’entreprise, ils jouent la montre », explique le syndicaliste Lagmet Harge. Il a cependant obtenu pour le compte de plus de 1 500 employés de la GWDC et de la CNLC le droit d’élire des délégués du personnel, une augmentation de 20 % des salaires et quelques avantages.

Ils restent cependant moins bien lotis que les ouvriers et ingénieurs employés sur les sites du bassin de Doba, exploité depuis 2003 par un consortium composé des américains ExxonMobil et Chevron, et du malaisien Petronas.

« Concernant les salaires, le respect du droit du travail ou des normes environnementales, la différence entre les opérateurs tient évidemment à la culture d’entreprise de leur pays d’origine, souligne le sociologue Rémadji Hoïnanty. Les contremaîtres chinois ne tiennent parfois pas compte du fait que celle qui prime ici est différente de la leur. »

Par ailleurs, la CNPC a finalement accepté de participer à l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) en déclarant désormais les sommes (impôts, taxes…) qu’elle verse à l’État tchadien. « Ils étaient un peu réticents au début. Il a fallu insister pour qu’ils se plient à l’exercice », explique un cadre du ministère du Pétrole.

Brouilles

À la raffinerie de Djermaya (à 40 km au nord de N’Djamena), inaugurée en 2011, la situation s’est également améliorée. Depuis le début de la phase de pleine exploitation des gisements du bassin de Bongor (qui sont entrés en production en juillet 2010 et alimentent le complexe) menée par la CNPC, la Société de raffinage de N’Djamena (SRN) produit 20 000 barils par jour, ce qui répond largement à la demande nationale. La SRN est détenue à 40 % par l’État et à 60 % par la CNPC. Là aussi, après plusieurs brouilles entre les deux partenaires au début de la commercialisation des produits pétroliers, le Tchad a pu obtenir une augmentation significative des salaires des employés tchadiens. « Entre 2012 et aujourd’hui, les salaires ont plus que doublé », indique un cadre supérieur de la raffinerie.

Pendant ce temps, la CNPC a continué à forer de nouveaux puits sur les 220 000 km² de concession dont elle dispose dans le bassin de Bongor et a acquis d’autres champs dans le sud et le nord du pays. Par ailleurs, le groupe public chinois opère au Niger, où il s’est vu accorder en novembre 2013 un second permis d’exploitation sur le champ d’Agadem (dans la région de Diffa, dans l’est du pays), en production depuis fin 2011. La CNPC prévoit de construire un pipeline complémentaire de 600 km de longueur pour relier les blocs d’Agadem au bassin de Doba, afin de pouvoir exporter le brut nigérien via l’oléoduc Tchad-Cameroun.

SAS à Bébédjia

En délicatesse avec les autorités nigérianes, Ali Modu Sheriff, alias SAS, ex-gouverneur et ancien sénateur de l’État de Bornou (dans le nord-est du Nigeria, frontalier avec le Tchad), vit désormais à N’Djamena. Alors que certains de ses compatriotes lui attribuent la paternité de la secte islamiste Boko Haram, l’homme d’affaires est menacé par des éléments de cette même secte. Plutôt bien introduit auprès des autorités tchadiennes, il a créé sa compagnie, baptisée SAS Petroleum, puis Global Petroleum (GP), qui s’est vu attribuer deux blocs pétroliers à Bébédjia, près de Doba (Sud).

Rumeurs

En novembre dernier, l’arrivée des premières équipes de GP et de quelques gros engins sur le terrain a suscité une vague d’inquiétude au sein des populations locales, entretenue par les fantasmes liés au passé du patron de la compagnie attributaire du bloc.

Une folle rumeur s’est répandue comme une traînée de poudre dans Bébédjia : c’était imminent, GP allait forer des puits en ville et dans un rayon de 15 km alentour, une partie de la population allait être déportée… Très vite, l’affaire a pris un tour politique, obligeant le ministre de l’Énergie et du Pétrole à se déplacer pour rassurer. Il ne s’agissait que d’équipes venues procéder à des tests sismiques pour permettre à GP de décider s’il exploitera ou non le bassin. Et le ministre d’expliquer que, même si les études sont concluantes, il ne sera évidemment pas question de déplacement de population. Cette mise au point a fait un peu retomber la tension, mais n’a pas totalement convaincu…

Pour Ngarledji Yorongar, opposant historique et député de Bébédjia depuis 1996, les contours de l’opération ne sont pas clairs. Il accuse l’entreprise d’incompétence et promet de se battre contre le développement du projet. Échaudés par le non-respect de certaines promesses formulées par les opérateurs du champ de Doba, les habitants de Bébédjia sont eux aussi dubitatifs. Dans un mémorandum adressé au gouvernement, ils exigent des éclaircissements, indiquant qu’ils n’accepteront pas de « se retrouver deux fois sous le même arbre ». Selon Moyombaye Urbain, membre d’Epozop (Entente des populations de la zone pétrolière), une ONG locale : « Les populations de Nya paient le prix des promesses non tenues du projet Doba. Aujourd’hui, on veut nous refaire le même coup. Nous ne l’accepterons pas tant que nous ne serons pas assurés qu’aucun dommage ne sera causé à l’environnement et tant que les investissements en faveur de la région ne seront pas faits. »

Depuis, les tests sismiques sont finis. Des analyses sont en cours pour évaluer les réserves du bassin. Si elles se révèlent intéressantes, les engins de GP reviendront. En attendant, l’entreprise a dépêché plusieurs missi dominici dans la région afin d’arrondir les angles.


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1 commentaire

  1. Korei Djimi

    Bonsoir les soeurs et freres. Un animal nous a reduits en animal dont voila les consequences. Le regime chinois qui est le plus grand cruel au monde contre meme son propre peuple devient d’office notre patron n’est-ce pas?