Les «orphelins» choyés du côté d’Abéché – Libération

Les 103 enfants enlevés par l’Arche attendent depuis six semaines de retrouver leurs parents.

Debout, un garçon d’une dizaine d’années tente de déchiffrer la leçon de lecture au tableau. Le professeur le reprend : «Montre bien chaque mot avant de le lire.» «Nina est dans la rue», lit maladroitement l’enfant, l’un des 103 de l’affaire de l’Arche de Zoé.

«Cela fait un peu plus de six semaines que les enfants sont scolarisés ici à l’orphelinat», explique le délégué régional de l’action sociale du Ouaddaï, Mahamat Hissène. Les enfants sont répartis par groupe d’âge. Assis sur des nattes, certains sont attentifs, d’autres un peu turbulents. Mais leur maître, Abbas Sidick, les rappelle vite à l’ordre : «On va chanter maintenant, debout et répétez après moi : « Peuple tchadien, debout et à l’ouvrage, qui a conquis sa terre et son droit. »»

«Date».Le 26 décembre, lors du verdict de l’affaire de l’Arche de Zoé au Tchad, la cour criminelle de justice avait tranché en faveur de la «réunification» des enfants avec leurs parents au fur et à mesure de leur identification. Un mois plus tard, l’opération n’a toujours pas commencé. «Nous avons identifié la quasi-totalité des parents, à part pour les cinq enfants originaires d’Adikum au Soudan, explique Hissène. On ne peut pas encore donner une date précise pour la réunification. Mais ce sera pour bientôt.»

Les autorités tchadiennes ont autorisé les parents à leur rendre visite. «Les enfants apprécient beaucoup ces moments», explique la directrice de l’orphelinat d’Abéché, Anne-Marie Aelling. «Certaines petites filles pleurent quand les parents repartent, mais la plupart des enfants l’acceptent sans problème», précise-t-elle, ajoutant : «Ils n’ont plus vraiment cette peur de les perdre pour toujours, comme c’était le cas au début, où certains soirs ils pleuraient avant de s’endormir et demandaient leurs parents.»

Les 103 enfants sont originaires de zones pauvres situées à la frontière avec le Soudan. Depuis le début de l’affaire de l’Arche de Zoé, le 25 octobre, ils sont choyés par l’assistance sociale et la Croix-Rouge tchadiennes, ainsi que par les organisations humanitaires internationales. Repas trois fois par jour, accès aux soins et à l’école, beaucoup de jouets, des agents qui s’occupent d’eux à tout moment, une qualité de vie qu’ils n’avaient jamais connus avant.

«Besoins». «Il faut absolument créer des structures scolaires et sanitaires dans leurs villages, parce que c’est par rapport aux besoins ressentis de scolarité et de soins qu’ils ont pu être victimes d’enlèvement», explique le délégué du Ouaddaï de l’action sociale. Il évoque l’absence d’eau potable et d’activités génératrices de revenus susceptibles d’apporter aux populations dans les zones d’origine des enfants la suffisance alimentaire. «Nous avons eu plusieurs réunions avec nos partenaires pour trouver des solutions rapides. Il faut que ces enfants soient quand même à l’aise.»

Envoyée spéciale à Abéché (est du Tchad) SONIA ROLLEY

Feu vert à la force européenne dans l’est du Tchad

L’Union européenne a approuvé formellement, hier à Bruxelles, l’envoi d’une force de paix dans l’est du Tchad et au nord-est de la République centrafricaine, la plus importante opération militaire de so n histoire hors du continent. Les 3 700 soldats de l’opération baptisée Eufor Tchad-RCA auront pour mission de «protéger le personnel de l’ONU» ainsi que les «civils exposés au danger» et le «personnel humanitaire» pendant un an dans ces régions limitrophes du Darfour. Plus de 400 000 réfugiés soudanais et de déplacés tchadiens et centrafricains survivent dans ces zones arides. Depuis novembre, le feu vert a été retardé par l’absence de moyens de transports aériens et médicaux. Quatorze pays ont accepté de fournir des moyens ou des hommes. La France, déjà présente au Tchad dans le cadre d’un accord de coopération militaire et malgré ses réticences à apparaître en première ligne, fournira 2 100 hommes, plus de la moitié du contingent. L’Irlande et la Pologne enverront 400 hommes, et la Suède 200. Un général Irlandais dirigera l’opération. Le déploiement, qui débute aujourd’hui avec l’envoi de 15 militaires autrichiens (sur les 160 prévus), doit s’achever d’ici le mois de juin.

éLISA MIGNOT


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