Tchad: Une cohabitation presque parfaite entre locaux et retournés – 20 Minutes

REPORTAGE – L’entente est plus que cordiale entre les populations hôtes du Sud du Tchad et les retournés de Centrafrique qu’ils ont accueillis depuis décembre…

De notre envoyée spéciale à N’Djamena (Tchad)

Une réaction tellement positive qu’elle a étonné les autorités. Alors que le Tchad fait face depuis décembre dernier à l’afflux de quelque 100.000 retournés centrafricains, la population locale a fait preuve d’une incroyable mansuétude à l’égard des nouveaux arrivants. Bien que ces derniers soient principalement musulmans, urbains, et lorsqu’ils viennent du monde rural, éleveurs, alors que les populations hôtes sont majoritairement chrétiens et tirant leurs ressources de l’agriculture, la cohabitation est presque parfaite.

«Nous avons été nous-mêmes surpris par l’attitude de la population, qui a accepté et intégré sans broncher ces nouveaux arrivants», raconte Youssouf Adam Adami, Secrétaire général de la région du Moyen-Chari, où se situent plusieurs camps de transit. Il souligne qu’il y a une «communion entre locaux et retournés». Dans la région du Logone Oriental aussi «la population locale a extrêmement bien accueilli les retournés», explique Joseph Miney Toloum, le maire de Goré. Abdelwahid Algouni, arrivé à Goré avec femmes et enfants depuis près de trois mois après avoir vécu 36 ans en RCA confirme: «J’ai été traité en frère. Les gens m’ont aidé, certains m’ont donné du sucre, du maïs, du café…»

Flambée des prix

«Ces personnes ont été menacées de mort, et ce sont des compatriotes, reprend Joseph Miney Toloum. Nous étions obligés de les recevoir, même si cette situation inattendue a posé certains problèmes.» Parmi ces problèmes, notamment, l’augmentation du coût de la vie. «Un poulet est passé de 2.500 à 4.000 francs CFA (de 3,8 à 6 euros), le sac de mil pénicillaire de 11.000 à 21 ou 23.000 francs CFA, et une chambre à louer de 2.500 à 5.000 francs CFA.»

Les ressources en eau ont aussi été affectées, car le château d’eau de la commune est conçu pour couvrir les besoins de 18.000 personnes -déjà insuffisant pour les 31.000 habitants de Goré-, pas pour ceux de plus de 42.000. Cependant, outre ces bouleversements liés à cette «arrivée inattendue», Joseph Miney Toloum n’a pas constaté de tensions. Il remarque que «seulement trois plaintes traînent sur [s] on bureau», provenant d’agriculteurs locaux à propos d’éleveurs qui laissent leurs bœufs paitre dans leurs champs et détruisent leurs récoltes.

Rachel Tamdené, habitante du village Lapia («la paix» en Gor, la langue locale), situé juste en face du camp de Danamadja, fait preuve du même état d’esprit. «Je suis heureuse de recevoir ces réfugiés. Ce sont nos frères. C’est normal qu’ils soient là», explique-t-elle. Et ce, même si le camp est situé sur les champs des villageois, qui n’ont pas été indemnisés par l’Etat, et qui risquent donc de connaître l’an prochain un problème d’insécurité alimentaire. «Nous ne pouvons pas en vouloir aux réfugiés. Mais nous aimerions que les autorités utilisent la force dont elles ont fait preuve pour nous arracher nos terres et les donner à nos frères revenus pour empêcher les troupeaux des éleveurs Peuls de dévaster les champs qui nous restent.»


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