L’armée tchadienne combat les rebelles, l’Eufor retardée – Reuters

L’armée tchadienne combattait vendredi les forces rebelles pour contenir leur progression vers N’Djamena, ce qui a conduit la force européenne de maintien de la paix Eufor-Tchad à retarder son déploiement dans le pays.

La France, liée par un accord de défense bilatéral avec le gouvernement tchadien et qui fournira la moitié des effectifs de l’Eufor, a parallèlement renforcé ses positions « pour faire face à toute évolution de la situation » en envoyant sur place une compagnie stationnée à Libreville, a indiqué l’état-major.

Ces renforts sont constitués d’environ 150 militaires, équipés de deux avions Transall, a-t-il précisé.

Pour l’heure, la mission des soldats français présents sur le terrain reste la même, a précisé le colonel Thierry Burkhard. « Les forces françaises au Tchad fournissent dans la mesure de leur capacité et de leurs possibilités un appui dans les domaines logistiques, de la santé et du renseignement. Pour l’instant, on est sur cette ligne-là« , a-t-il dit.

Trois mille sept cents hommes de l’Eufor doivent arriver dans les semaines à venir dans l’est du Tchad, avec pour mission de protéger les populations civiles de cette région qui jouxte le Darfour. Mais l’offensive éclair des insurgés, partis de l’Est avec 300 véhicules, a accru « l’instabilité » sur le terrain, a constaté un porte-parole de l’Eufor.

« Pour le moment, nous ne voulons pas exagérer cela, mais oui, un vol de troupes irlandaises hier et deux vols aujourd’hui (vendredi) ont été retardés », a-t-il précisé, en ajoutant que la situation était suivie « heure par heure ».

« GUERRE OU PAIX« 

Timane Erdimi, dirigeant du Rassemblement des forces pour le changement (RFC), a sommé le président Idriss Déby de négocier en vue d’un partage du pouvoir et menace sinon de lancer une offensive sur N’Djamena. « C’est à M. Déby de choisir entre la guerre et la paix« , a-t-il dit à Radio France Internationale.

De violents combats ont été signalés au nord-est de la capitale. « Nous sommes engagés dans des combats ce matin avec les rebelles à Massakory, à 150 km de N’Djamena« , a déclaré un officier supérieur de l’armée tchadienne.

A Paris, l’état-major a dit que des combats au sol avaient lieu entre Massaguet (80 km de la capitale) et Massakory.

Dans un communiqué, les rebelles ont annoncé la prise de Massaguet, sans que l’information puisse être confirmée.

A N’Djamena, la plupart des habitants sont restés chez eux et les rues sont quasiment désertes, à l’exception des patrouilles de l’armée qui les sillonnent.

Des hélicoptères survolent la ville et quelques habitants s’aventurent hors de chez eux pour aller se ravitailler. « Je n’ai plus rien à la maison, je sors acheter quelques vivres parce qu’on ne sait jamais, dans ce genre de situation », déclare Hadje Mariam, rencontrée sur le marché local.

Le gouvernement tchadien accuse le Soudan d’armer et de soutenir les forces de plusieurs mouvements rebelles unifiés, qui mènent depuis des années une guérilla contre Idriss Déby. L’actuel président s’est lui-même emparé du pouvoir en 1990 en lançant une révolte de l’est du pays.

Selon des sources militaires gouvernementales, l’armée a mis en place un cordon de sécurité tout autour de N’Djamena. La dernière attaque rebelle dans la capitale remonte à avril 2006. Elle avait fait plusieurs centaines de morts dans les faubourgs et les rues de la ville.

Le palais présidentiel à N’Djamena est placé sous haute surveillance, indiquent les habitants. Les réseaux de téléphonie mobile ont été coupés et les ambassades conseillent à leurs ressortissants de rester chez eux et d’éviter les déplacements.

Version française Jean-Stéphane Brosse


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