De la comédie autour d’une dépouille

Le fils ainé de Deby, Brahim, est mort, vraisemblablement assassiné, à Paris, le lundi 2 juillet 2007. Brahim a été victime de sa jeunesse certes, mais surtout de la cupidité d’un père qui l’a privé de l’éducation, de l’amour paternelle et l’a sacrifié sur l’autel de son égoïsme, de sa froideur et de ses besoins animaux. « Je n’ai jamais eu une conversation privée de cinq minutes avec mon père », aimait-il répéter.

Aujourd’hui, la personne la plus affectée par la mort tragique de Brahim est sans nul doute sa mère, Hadjé Halimé, qui a d’ailleurs perdu connaissance en apprenant la mort de son fils. Elle mérite toutes les compassions. Méritent les mêmes compassions, ses frères et sœurs, particulièrement sa cadette Amira dont il est très proche, ainsi qu’à toutes et tous, celles et ceux qui sont sincèrement touchés par la mort de Brahim.

La plus affligeante, dégueulasse et scandaleuse est la comédie que jouent les opportunistes de tout bord, autour de la dépouille mortelle de Brahim. Dès que la nouvelle de la mort fut connue, dans un signal improvisé, tous les dignitaires du régime, les nouveaux hommes d’affaires pétrolières, ont afflué vers la maison familiale. Chacun essaie de montrer de manière plus qu’ostentatoire, à l’assistance son chagrin. Chacun veut rester soit dans les rangs de la famille, soit au premier rang des visiteurs. On a vu des ministres pleurer à chaudes larmes, d’autres se moucher fortement fautes des larmes, d’autres encore se sont tellement frottés les yeux jusqu’à avoir la conjonctivite. Chacun veut écrire son nom sur la liste de présence, tenue méticuleusement par les agents de l’ANS, omniprésents sur les lieux. Le tableau est pathétique, la comédie est trop grotesque et de mauvais goût.

Brahim n’avait pas une bonne presse au sein de la nomenklatura au pouvoir, c’est le moins qu’on puisse dire. Son père de Président lui a fait jouer un rôle qu’il n’en avait pas besoin, ni demandé. Cynique, ce père, à la place d’une éducation saine et conforme à la culture et à la tradition, l’a plutôt abreuvé des sommes colossales et l’a utilisé pour humilier ses propres collaborateurs, les membres du gouvernement….. Innocent, il a joué à fond le jeu, et cela, en plus de ses frasques dans les quartiers, a contribué à ternir son image auprès de la nomenklatura, mais aussi auprès du citoyen lambda. Et c’est cette nomenklatura qui fait semblant d’être la plus affectée par la mort tragique de Brahim. Quel cynisme !

Quand son père l’a suffisamment utilisé pour satisfaire ses fantasmes, il l’a sacrifié. Pour aller mourir loin du pays, d’une mort peu glorieuse.

La famille proche commence à spéculer sur les auteurs ou les commanditaires, on cherche des boucs émissaires ; des noms sont cités, particulièrement celui d’une des épouses du père. A la place mortuaire une bagarre arrangée a opposé les proches de Hinda aux proches de Hadjé Halimé. Il ne sert à rien d’ajouter la douleur à la douleur. Le père est l’unique responsable de la mort de Brahim. Comme les autres comédiens, sans aucune honte, il montrera un visage affligé. Il n’a jamais été sensible de la mort d’un proche. Fidèle à son habitude, il va s’enturbanner, porter des verres sombres, pour cacher son visage inexpressif et indifférent et recevra les condoléances de la nation et du monde entier. Quelle comédie !

Mahamat Ahmat
N’djaména


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