Deby file le bébé au PM.

Comme toute l’opinion tchadienne l’avait remarqué et l’avait suivi avec indignation et consternation, Mr Deby s’était empêtré inexorablement dans les histoires des orpailleurs sans prendre aucun gant. Il était allé trop loin dans ses extravagances despotiques, en faisant fi du gouvernement et piétinant allègrement toutes les institutions de l’Etat. Au départ, il croyait avoir trouvé une occasion en or pour accentuer davantage le calvaire des anciens rebelles, qui, après avoir subi la claque de Moussoro, ont ostensiblement tourné le dos à Deby et à son administration. Ainsi le Sultan croyait à tort que les orpailleurs constitueraient la majorité des ex-rebelles.

Quand il a ordonné l’opération, il ne cessait de répéter inlassablement à chaque instant à ses militaires « combien de rebelles avez-vous arrêtés », nuance il disait jamais ex ! Or, sans le savoir, il vient de donner un coup de pied à une fourmilière. En effet, contrairement à ce qu’on a pu faire croire à l’opinion, ce sont tous les tchadiens de tous les horizons géographiques et de différentes conditions sociales qui se sont retrouvés dans les diverses zones aurifères. Ainsi les ex ne représentent même pas 10% du total. Comble d’ironie, des hauts fonctionnaires, y compris des membres (ex et actuels) du gouvernement, ont beaucoup investi dans cette opération. On murmure que le grand frère de l’autre possède à lui seul plus de 30 véhicules et un impressionnant matériel de détection. Parmi les grands perdants, il faut citer les commerçants ressortissants du centre-est qui se sont installés à Faya depuis des années et qui ont évidemment aussi voulu profiter de cette opportunité.

Malheureusement pour Deby, il avait déjà atteint le pic avec beaucoup des dégâts collatéraux lorsqu’il a enfin constaté que ses parents, ses fidèles protecteurs et dont il les prenait pour ses obligés corvéables et malléables, ont commencé à dire sans murmurer, trop c’est trop, et les échos se sont répercutés dans les milieux militaires qui sont censés être la cuirasse du régime. Alors, le sultan panique. Confus et honteux, il recule et refile le bébé au PM et se terre en attendant de trouver une occasion pour fuir N’djaména. Fin de 1er acte

Le PM et son gouvernement ont été marginalisés de bout en bout dans cette affaire et ignorent surtout les raisons profondes qui ont poussé Deby à créer de son propre chef une situation inédite en brandissant le faux et le mensonge, et une instabilité politique et militaire inutile dans la région. Le PM a donc pris le relais, d’abord réuni les membres de son gouvernement, puis les partis politiques et leur parla d’un dossier qu’il ne connaît ni les tenants, ni les aboutissants. Selon un participant qui dit n’avoir rien saisi de l’intervention du PM, parce que « celui-ci passe du français à l’arabe de Bongor sans transition et qu’il a parlé surtout de l’or de… Pala ! Et à la fin il a entendu un communiqué du gouvernement à la radio, que les trafiquants seront remis à la justice et les véhicules définitivement confisqués. »

Justement, ignorant la réalité de la situation créée de toutes pièces par son Chef pour des objectifs inavoués, le PM enfourche un cheval qu’il ne l’a pas bien harnaché! Il n’y a pas des trafiquants, il y a des citoyens orpailleurs comme il y en a partout ailleurs, il suffit de les canaliser et les mettre en conformité avec les lois de la république, en créant des comptoirs de sous-traitance comme le font tous les pays où le produit aurifère est à l’état alluvionnaire ! Et les véhicules sont les propriétés des citoyens, les confisquer sans aucune justification et procès, c’est tout simplement de l’illégalité pure et simple, c’est du non droit, pratiqué par un Etat qui se dit démocratique.

Aujourd’hui, la situation est dramatique pour les orpailleurs dans le nord du pays ; ceux-ci sont éparpillés dans toute la zone du Tibesti et pourchassés par l’armée et les populations locales. Dans certains coins, il y a eu des affrontements meurtriers. On parle de beaucoup d’orpailleurs perdus ou carrément morts de soif. Il s’agit particulièrement des individus étrangers au climat et à la géographie de la région.

Mahamat Ahmat
N’djaména – Tchad


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