MINI-TOURNEE AFRICAINE DE FRANÇOIS HOLLANDE :Au nom de Barkhane, la France peut s’accommoder des dictateurs

 

L’opération Barkhane va avoir son unité de commandement à N’djamena au Tchad. C’est l’annonce officielle faite par le président français lors de la dernière étape de la mini-tournée africaine qui l’aura conduit en plus du Tchad, au Niger et en Côte d’Ivoire. Ce dispositif prévu pour être opérationnel dès le début du mois d’août prochain, aura pour mission, faut-il le rappeler, de lutter contre le terrorisme au Sahel.

Le pays de Déby est une zone stratégique pour surveiller les mouvements des islamistes

Et, de ce point de vue, on peut comprendre l’intérêt de la France à installer le centre de commandement de cette opération au Tchad. En effet, le pays de Déby est une zone stratégique pour surveiller les mouvements des islamistes radicaux venant de la Libye, leur eldorado actuel, et se déployant dans le reste du Sahel. Ce positionnement pourra, de ce fait, permettre une bonne surveillance de ces mouvements et envisager des interventions ciblées et efficaces contre d’éventuelles colonnes de terroristes, en temps opportun.

De plus, l’installation de ce centre de commandement au Tchad est pour la France non seulement une façon de reconnaître la brillante et énorme contribution des soldats tchadiens au succès de la mission Serval au Mali, mais aussi et surtout une manière de dire qu’elle compte sur la témérité et le savoir-faire de ces mêmes soldats tchadiens dans la mise en place de ce nouveau format de traque des jihadistes. En effet, on a encore fraichement en mémoire les hauts faits d’armes du contingent tchadien au Mali. Les seules troupes africaines qui ont osé, aux côtés des soldats français, plonger au cœur de la fournaise malienne, là où les combats étaient les plus intenses. Cela force le respect et l’admiration. Ces soldats tchadiens auront été pour beaucoup dans la déroute des « fous de Dieu » qui régnaient en maîtres absolus au Nord-Mali, avant le déclenchement de l’opération Serval. Une victoire que le Tchad a payée au prix fort au regard des nombreuses victimes qu’il a enregistrées dans les rangs de son contingent. Et ces hauts faits d’armes, l’Etat- major français ne les a visiblement pas oubliés au moment de monter l’opération Barkhane.

C’est cette real politik qui a valu à Idriss Déby Itno d’être honoré par la visite du locataire de l’Elysée. Et le président tchadien a visiblement été aux anges, au regard des amabilités que les deux chefs d’Etat ont échangées. Car, il faut, hélas, le dire ; quand Hollande jette des fleurs au Tchad, c’est d’abord et avant tout à Idriss Déby qui se sent glorifié et qui ne se fera pas prier pour en tirer les dividendes. Car pour un chef d’Etat africain du pré carré français, ce n’est pas tous les jours qu’on a cet insigne honneur de recevoir chez soi, le « grand chef blanc ». Et la joie est encore plus grande si l’illustre hôte n’évoque pas les sujets qui fâchent ; sur la gouvernance politique de Idriss Déby Itno, on trouverait à dire et à redire ! Des visites de ce genre sont vécues comme une bénédiction de la France et perçues comme une sorte de blanc seing pour l’action des autorités sous nos cieux.

Ils sont nombreux les chefs d’Etat africains peu recommandables

Forts de cela, les dictateurs du continent pourront continuer à régner à vie, à étouffer toute force qui leur est opposée, à louvoyer avec les principes cardinaux de la démocratie.

C’est un euphémisme de dire donc que ce manque d’attention de la France pour la démocratie, sacrifiée sur l’autel de ses intérêts, n’est pas de nature à consolider le processus démocratique sur le continent en général et dans les ex-colonies françaises en particulier. Surtout que, tout comme Déby, ils sont nombreux les chefs d’Etat africains peu recommandables au regard de leur gouvernance que l’on sait pourtant très peu respectueuse des normes et standards démocratiques, qui bénéficient malgré tout du soutien ou de la complaisance de la France. Comme pour mieux rappeler que « la fin justifie les moyens », les autorités françaises réagissent en fonction des intérêts de leur pays. Aux oubliettes ou sous éteignoir la défense des grands principes de démocratie et d’Etat de droit quand la sécurité et l’économie françaises sont concernées. Tout porte à croire que la France peut s’accommoder des dictateurs quand tout va bien pour ses intérêts.

Du reste, le traitement différencié des opposants politiques dans les trois Etats visités confirme cette tendance de la France à ne faire quelque chose que si ses intérêts particuliers sont en jeu. En Côte d’Ivoire où l’enjeu de la visite était surtout économique, l’opposition pro-Gbagbo a eu les égards du président français. Les intérêts français sont si énormes dans ce pays qu’aucun effort n’est de trop pour le stabiliser. Et pour cette stabilité, la réconciliation entre les frères ennemis ivoiriens est, comme on le sait, plus qu’une nécessité. Hollande l’a exprimé en rencontrant le Front populaire ivoirien (FPI) de l’ex-président Laurent Gbagbo. Cet entretien peut se justifier certes, par le fait que l’ex-parti au pouvoir en Côte d’Ivoire appartient, avec le Parti socialiste français, à l’International socialiste. Mais c’est aussi et surtout par la volonté du président français d’inciter le FPI à participer pleinement au processus de sécurisation et de stabilisation de l’Eburnie, gage de prospérité des entreprises françaises dans ce pays. Les oppositions politiques du Niger et du Tchad, elles, n’ont pas bénéficié de ces égards. Certes, il y avait, au Niger notamment, quelques manifestations contre cette visite de François Hollande dans le pays. Mais les griefs des opposants par rapport à la gouvernance de ces deux Etats sont tels que de telles rencontres auraient permis au chef de l’Etat français dont le pays a une influence notoire et considérable sur les chefs d’Etat concernés, d’abord d’écouter les protagonistes et ensuite de contribuer un tant soit peu à améliorer les choses pour une meilleure gouvernance démocratique.

« Le Pays »


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