La déportation de l’ex Sultan de Kobé (Iriba).

Indépendamment de l’attitude qu’on peut avoir vis-à-vis de la chefferie traditionnelle (un phénomène tombé depuis longtemps en désuétude dans les états modernes), la déportation au bagne de Korotoro de l’ex-sultan de Kobé, met sur le tapis, entre autres, deux aspects du pouvoir de Deby.

A. Les textes de la république relatifs à la décentralisation adoptés aux premières heures de l’arrivée du MPS, laissent très peu de place à la chefferie traditionnelle; mais si! Deby, foulant aux pieds ces mêmes textes, fait de la chefferie traditionnelle son occupation et sa préoccupation majeures. Jamais un chef d’État n’a fait d’un problème marginal, le fondamental de son règne. Entre Deby et la chefferie traditionnelle, il y a une prédilection pathologique de la part de celui-ci. Morceler les chefferies, opposer les familles les unes contres les autres, susciter des opposants, démettre des chefs installés démocratiquement ou traditionnellement, bousculer et dénaturer toute la tradition en matière de nomination des chefs de traditionnels. On dirait que Deby a des ressentiments pathologique et fantasmagoriques avec la chefferie traditionnelle ; il semble que ça lui fait un très plaisir de nommer ou de destituer et il n’a que cela à faire au détriment de toutes les autres affaires incessantes de l’Etat. Que les familles s’entre déchirent ou s’installe une instabilité et un climat haineux insolubles au sein des grands groupements cela lui procure une jouissance viscérale !

L’administration du territoire n’a jamais attiré l’attention sur l’illégalité des nominations et de destitutions qui font le passe-temps favori et quotidien du Sultan qui ignore   que le canton est la plus petite entité administrative au niveau de l’État et ayant un espace géographique bien délimité, de ce fait il ne pourrait y avoir logiquement qu’un seul chef dans un canton. C’est pourquoi d’ailleurs, le titre de chef de canton est souvent propre aux populations sédentaires. A l’opposé, un chef de fraction ou « un Ina, Mellick, Mogdoum ou cheikh » se rapporte beaucoup plus à des groupements claniques ou tribaux rattachés audit canton ; en ce sens qu’il n’y a pas de canton sans ressort géographique, même les grands groupements nomades se rattachent toujours à une entité territoriale bien fixée. Ainsi Chaque famille a le droit d’avoir son « Ina, Cheikh, Mellick…  » ou plusieurs familles peuvent se mettre d’accord pour avoir un seul chef de fraction qui porte le nom de Mogdoum comme fut dans le sultanat de Kobe.

Dans son Bilia natal, Deby a créé 32 chefs de canton, or jusqu’à preuve du contraire, le Bilia dans ses limites géographiques reconnues par l’administration, demeure un seul canton et en réalité les 32 promus ne sont que des chefs de fraction ou des chefs de famille et tout logiquement Deby est un chef de canton. Le titre de sultan qu’il porte est tout simplement une usurpation de titre, un vol, condamné par la loi.

B. Le plus scandaleux, choquant et aberrant est l’aisance avec laquelle Deby s’arroge tous les pouvoirs de la vie publique et particulièrement le pouvoir judiciaire. Pour un oui ou un nom, il peut décider de faire arrêter un individu, quelque fois pour des histoires banales de quartier, entre deux personnes dont l’une est souvent son parent, vous enfermer dans une des nombreuses prisons de N’Djamena et vous envoyer dans un des nombreux bagnes du pays. Personne n’en parlera, aucun juge, aucun avocat, n’oseront soulever le cas d’un tel individu jusqu’à ce que mort suive ou par un pur hasard il se rappelle et le fait libérer. En bon monarque, il s’est arrogé tous les pouvoirs : il est le gendarme ou policier, le procureur, le juge, etc. Combien des tchadiens croupissent dans les geôles du pays arrêtés par le simple claquement des doigts de Deby et depuis, oubliés ? Combien des tchadiens en sont morts sans que leur mort soit annoncée. On se tait et on attend, résignés comme des fatalistes ! C’est le cas de l’ex-sultan de Kobe. Au fait a-t-il besoin de toute cette mise en scène pour juste envoyer Bokhit au bagne? Beaucoup des tchadiens n’ont pas eu « cet honneur » ! Pourquoi martyriser Bokhit Abderrahmane qui aurait refusé de remettre à son successeur des vieilleries d’un autre âge qui symboliseraient la couronne de Kobé. Si ce n’est l’intervention intempestive de Deby, ce cas aurait été résolu dans le cadre familial sans qu’on ait besoin d’envoyer un citoyen dans un bagne et cela s’appelle abus du pouvoir.

Le sultanat de Kobe est la chefferie traditionnelle qui a le plus souffert et continue d’en souffrir des décisions illégales, illégitimes lesquelles revêtent un caractère de vengeance et de revanche contre l’histoire : éviction des ayants droit, morcellement du sultanat, création des faux cantons, rattachement contre toute logique certains cantons au sultanat de Biltine (créé aussi arbitrairement), etc. Depuis l’arrivée de MPS, le sultanat de Kobé est la cible de choix de Deby qui ne cache pas sa volonté de faire disparaître le sultanat  et d’ailleurs, le mot Kobé a déjà disparue de la nomenclature administrative du Tchad. Il a déjà annoncé la couleur à son entourage: il faut une seule région de Béri (région de Beribé) ; l’attachement d’une grande partie du canton Borogat à Bilié corrobore cette logique et puis pourquoi pas un seul sultan !

Beremadji Félix
N’djaména – Tchad


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6 Commentaires

  1. Mht Bechir

    notre fatalisme a une limite,et ce jour on sera comme le feu de brousse pour le sultan deby et sa pregeneture . meme si la nuit est longue,le jour va finir par se lever. Merci pour ce texte edifiant

    • beno

      il sont dans leur etat d’espris du passe on doit faire tout possible pour evite la division des familles et amies dans le pays.

      • ABDELKERIM ABDOU

        le passé, c’est comme utiliser un rétroviseur d’un véhicule il est bon de jeter un regard en arrière et de voir tout le chemin q
        ue tu as parcouru, mais si tu y regardes trop longtemps, tu manqueras ce qui est tout droit devant toi.

  2. Le citoyen

    Heh oui,
    Nous ne sommes pas au bout de nos peines! Même étant président de  »tous les Tchadiens » depuis bientôt 1/4 de siècle, Idriss Deby souffre d’un complexe d’infériorité chronique. Oui, notre monarque  »éclairé » est encore hanté par son passé, celui du petit berger marginal en manque de noblesse. Il faut le comprendre, si on fait habiller un grand boubou à un petit homme, il le trainera forcement par terre. Ainsi, passant de son statut de fils de berger à celui de chef d’État, l’ascension est trop grande pour être digérée par son gésier.
    Le sultan Bokhit est un homme sain de corps et d’esprit qui a décidé d’aller jusqu’au bout de sa logique. Il ne lui reste donc plus qu’à s’assumer.
    Pour le reste, disons simplement que les agissements du petit chef ne doivent jamais nous faire perdre notre sérénité, car l’histoire du sultanat de Dar Zaghawa est déjà connu de tous les Tchadiens; il ne lui reste donc plus rien à prouver.
    Avant-hier, c’était le sultanat de Dar-Zaghawa; hier c’était le sultanat de Kobé; aujourd’hui, c’est le sultanat d’Iriba; demain ce sera certainement le sultanat de nulle part.
    Toutefois, quoi qu’il fasse, Idriss Deby ne peut ni inverser la roue de l’histoire, ni arrêter l’horloge du temps qui le pousse inexorablement vers sa fin. En attendant, qu’il se proclame le pharaon du Tchad.
    Le citoyen averti

  3. BOTAR DJIKOLMBAYE

    LE TCHAD EST ET RESTERA CE QU’IL EST JUSQU’À L’AVÈNEMENT DE L’HOMME DE GOLGOTHA