La présence du Tchad au Mali, un gros handicap

Le parapluie militaire que les français et leurs supplétifs tchadiens déploient au profit du régime du Mali, sous le label de l’ONU, présente 3 inconvénients majeurs pour chacun des 3 pays : Le Tchad, le Mali et la France.

Après le repli inattendu des rebelles en février 2008, un tchadien se posait la question : « Mr Deby ne collabore-t-il pas avec des « djinns », pour que tout lui réussît de la sorte ? » Quatre ans après, Il y a de quoi se reposer la même question avec le cas du Mali. Politiquement et psychologiquement, l’arrivée des socialistes au pouvoir a été l’évènement qui a le plus préoccupé et déstabilisé Mr Deby qui est comme on le savait une créature de la droite française ; mieux, formé dans les meilleurs structures anti communistes, il voue une haine viscérale pour tout ce qui s’appelle la gauche ou ses semblables ; aussi est-il persuadé que l’arrivée de la gauche mettra fin à son régime tant bien que les rebellions armées eussent été vaincues. Les premiers mots et gestes des dirigeants socialistes corroboraient en effet ses craintes : l’animosité de part et d’autre était tellement patente ! Et puis, le Mali, telle la pomme d’Adam tombe du ciel dans les bras nus de Deby! Sans les tchadiens la France n’aurait jamais réussi sa mission au Mali. Les Tchadiens sont aujourd’hui les boucliers des français, ils ne défendent pas le Mali des djihadistes, mais permettent aux français de justifier leur intervention au Mali avec moins de casse. Cette situation a donné une nouvelle vie à la dictature de N’Djamena ; Deby est devenu « incontournable, » fréquentable », etc. C’est même comique pour ne pas dire pathétique de voir les différents responsables français se courber devant un Deby hilare, des rires, des tapes, des accolades, qui contrastent fortement l’attitude des mêmes personnes aux premières heures de leur arrivée au pouvoir.

Pour revenir aux inconvénients de l’opération Mali, l’assurance vie procurée par la France au régime de Deby pour sa participation au Mali présente 2 inconvénients pour les Tchadiens. On est revenu exactement comme au temps de la guerre froide où des dictateurs avaient été soutenus et portés à bout des bras par l’occident, malgré les crimes odieux qu’ils commettaient contre leurs propres populations, parce qu’ils se sont déclarés anti communistes ! Aujourd’hui, malgré les colorants démocratiques, le régime de Deby est une dictature, au même titre que les roitelets africains de la guerre froide. Au nom du soutien de la France et de l’occident, il s’est permis de privatiser le pays dans tous les sens du terme, privatisation suivie d’un bâillonnement complet des libertés publiques et des tentatives multiformes de mises au pas de la presse privée. Et ce, au vu et au su de la « communauté internationale » très avide de la démocratie et du développement ailleurs ? Au Tchad ceux qui parlent de l’alternance dans le cadre des structures actuelles, amusent tout simplement la galerie et justifient leurs résignations honteuses.

L’assurance vie française a procuré à Deby un comportement et une attitude de pompier pyromane dans la région. Il est au cœur de tous les soubresauts dans la sous région. Depuis presque 4 ans, l’attention de l’opinion internationale a été attirée sur ce même site comment Deby flirtait avec les groupuscules islamistes du Nigeria, comment il servait d’intermédiaire entre ces mêmes groupes et les donateurs du Golfe, comment les armes et les téléphones satellitaires transitaient par le Tchad, transportés par les membres de la famille de Deby jusqu’au désert du Niger pour remettre à ceux qu’on combat aujourd’hui au Mali. Et Bien sûr, Boko Haram est né ! Il a tellement manipulé la bombe RCA à son aise et sans retenue que cela lui a sauté à la figure. Depuis lors, dans toute la sous-région et même au-delà, l’anti tchadien est devenu un comportement quotidien. La RCA portera pour longtemps les stigmates du comportement irresponsable de Deby parfois réquisitionné par les français, parfois de lui-même, et encore aujourd’hui il continue à manipuler et empêcher ainsi le retour de la paix dans ce pays. Le Congo, le Cameroun et la Guinée équatoriale sont les cibles prochaines de Deby et il y est déjà annoncé la naissance d’un mouvement armé au Cameroun. On vient de demander son concours pour combattre les djihadistes, au profit de Khalifa Aftar, le nouveau chouchou de l’occident en Libye. Content de son rôle de nègre à tout faire de l’occident au prix de la vie de ses citoyens et au mépris de son opinion, il rugit et blatère comme un chameau en chaleur et les chamelles lèvent la queue en signe de soumission. Or les gesticulations de Deby et le satisfécit de ses employeurs n’empêchent pas le Tchad de sombrer de plus en plus dans le gouffre ; le réveil sera brutal pour les uns et les autres.

Quant au Mali, il faudrait avouer que c’est un pays en sursis. Les aventuriers djihadistes de tous bords auraient déjà pris le pouvoir à Bamako si ce n’est l’intervention de la France et de ses alliés. Mais pour autant les problèmes du Mali ne sont pas terminés et ne le seront jamais tant que le Mali ne se donne pas le courage de prendre à bras le corps, le problème central de son existence : la question touarègue. C’est un des traits caractéristiques de la colonisation française : filer des cas litigieux ou à problème aux colonies pour que ces dernières aient toujours recours à elle pour la solution. Il aurait été facile de rattacher les touarègues à l’Algérie ou à la Mauritanie, toutes deux colonie française. Mais le problème n’est plus à ce niveau aujourd’hui.

L’incapacité atavique des différents régimes maliens à résoudre la question touarègue est difficilement appréhensible pour un non malien. Certes, les touarègues ont été longtemps instrumentalisés par les français pour en faire des curiosités touristiques et l’objet de leurs fantasmes tropicaux ; mais au-delà de cela, il y a quand même un réel problème touarègue au Mali: la revendication identitaire touarègue s’est exprimée des les premières heures de l’indépendance ; une identité spécifique, réelle et indéniable. Les régimes successifs avaient tâtonné la question, passé par les alentours et n’avaient dans la bouche que le mot aussi creux que la décentralisation dont aucun des pays francophones n’a réussi à mettre en place parce que tout simplement la France à qui appartient cette terminologie administrative n’était jamais arrivée à expliquer les contours à ses ex-colonies ou en mettre en place de manière définitive chez elle; à ces jours de 2014 la métropole continue encore à tâtonner sur le découpage administratif !! Les mots autonomie, fédération, sont tabous chez les francophones alors que dans le reste de l’Afrique, le phénomène a été extirpé et dépouillé de tous ses ingrédients nocifs. On a observé que les régimes qui se sont entêtés pour refuser ou étouffer les revendications identitaires, ont fini par accepter une scission pure et simple (Ethiopie-Érythrée, Soudan-Soudan du Sud) ; or ce que les touarègues veulent c’est une autonomie de gestion, la gestion de leurs propres affaires par eux-mêmes conformément à leur mode de vie. Au lieu d’examiner leurs revendications de manière administrative et socio-politique, les touarègues ont été longtemps l’objet de tous les clichés discriminatoires, des curiosités malsaines et des plaisanteries dégradantes de la part de la majorité negro africaine, Mais les touarègues ont continué leur lutte en grandissant et avec la conjoncture internationale et sous régionale, ils occupent aujourd’hui le devant de la scène. Actuellement le problème touareg échappe complètement et de bout en bout aux maliens, il sera l’œuvre de l’extérieur ; ce que les maliens ont été incapables de faire pendant 50 ans, ce sont les autres qui le feront à leur place et ils s’y soumettront.

La présence militaire cache l’incapacité notoire du régime d’IBK de tenir les promesses électorales, il est en train de glisser vers les mauvaises habitudes de ses prédécesseurs : les tendances au népotisme et à la gabegie, etc.

La présence militaire étrangère sur le sol malien donne l’illusion de l’existence d’un Etat au Mali, or en réalité il n’en est rien. La présence d’une force armée étrangère sur son sol est un déni indéniable de souveraineté et c’est valable pour tous les pays. Il suffit que les français et surtout les tchadiens se retirent pour que le lendemain le MNLA soit à Bamako, et d’ailleurs peut être ce serait mieux ainsi. Avec un touarègue à la tête du Mali, le problème touareg tombera de lui-même et les djihadistes seront minoritaires, marginaux et facilement jetables hors du Mali.

Quant à la France, En ½ siècle d’indépendance, jamais son image n’a été aussi basse que décriée pour la simple raison qu’elle n’a pas su ou voulu adapter sa politique vis à vis de ses ex-colonies aux nouvelles exigences du temps. Face à la génération de Facebook et du tweeter, ou autres les diplômés de Harvard, de MIT, de Shanghai Université ou de l’Université de la Bolonia, la France leur oppose l’image hideuse du néocolonialisme, de la françafrique des années 1970 : Celle des bases militaires françaises, le maintien obligé d’une monnaie de singe, l’appui aux dictateurs, l’accommodation et banalisation aux pratiques criminelles des dictateurs, l’acceptation des dépôts dans les banques françaises des sommes en espèces, fruit des détournements massifs opérés par les proches des despotes au pouvoir, etc.
Le dernier passage du Président français témoigne l’idée que les africains se font de la France officielle, celle qui phagocyte les peuples pour protéger les dictateurs prompts à lui garantir la pérennité de ses intérêts, tolère ou couvre les roitelets qui tripatouillent la constitution pour se pérenniser au pouvoir. Au Mali, l’accueil réservé au président français était à la dimension de la peur engendrée par la perspective d’être victime des djihadistes obscurantistes qui avaient failli bouleverser la donne géopolitique dans toute la sous-région. Par contre au Tchad, il n’y a eu que les militants du parti au pouvoir qui étaient sortis avec des tambours et des trompettes pour cacher la réalité morne de l’accueil.

En définitive, le mérite des socialistes au pouvoir est d’avoir non seulement dégradé substantiellement l’image de la France dans les colonies, mais surtout réussi à faire des ex-opposants progressistes des potentats qui ont repris les vieilles méthodes de gestion des pères fondateurs ou des militaires (Youssoufou du Niger, Kondé de la Guinée, IBK au Mali, etc.) ; de ce fait la présence militaire française est doublement négative pour les intérêts stratégiques de la France en Afrique Francophone. Le contribuable français paye, et les français sont toujours sous les feux des différentes milices. Le soutien aux dictateurs, étouffe toute tentative de démocratisation de la vie nationale et surtout toute éclosion dans le sens positif des relations politiques et économiques entre les africains et la France.

I. Bouyébri Djerou


Commentaires sur facebook