Que cache la visite du Vice-Président soudanais à N’djamena ?

Le Général Bakri Hassan SALEH a effectué son premier déplacement au Tchad sans se faire annoncer le 8 septembre 2014 alors qu’il y avait déjà sur place une délégation ministérielle conduite par le Dr Amine Hassan Omar, Ministre délégué à la Présidence chargé du dossier de Darfour, porteuse d’un message d’un message du Président soudanais à Deby. Les médias officiels de deux pays ont annoncé que le Vice-Président était arrivé à N’Djamena pour prendre part au forum sur les SITIC. En réalité, cette visite impromptue cache un malaise entre les deux alliés sur le dossier libyen où ils s’affrontent sans le vouloir par milices armées interposées. En effet, le gouvernement islamique du Soudan, qui était partie prenant dans la coalition anti Kadhafi, soutient toujours la tendance islamique du mouvement insurrectionnel contre l’ancien guide ; tandis que Mr Deby, après avoir soutenu vainement son mentor, donne aujourd’hui un coup de main à la coalition dite laïque dirigée par le Général Haftar à travers les milices tchado-libyennes qui se grouillent au sud libyen et dont il a la haute main sur tout ce qui les concerne. En effet, dans un communiqué rendu public en début du mois, le gouvernement libyen (ou ce qu’il en tient), après avoir saisi un avion transportant des armes et munitions, a accusé le gouvernement soudanais d’approvisionner les milices de la tendance islamique. Or, selon les observateurs, cet avion a été saisi dans la zone contrôlée par les milices Toubous avec l’appui de DEBY qui est en principe l’allié principal du Soudan sur presque tous les dossiers de la sous-région, à savoir le dossier Darfour et celui de la RCA. Ainsi donc profitant de la tenue à N’djaména des SITIC, le Vice-Président a débarqué à N’djaména avec trois dossiers brûlants dans son attaché-case.

Le 1er point à l’ordre du jour entre le Vice-Président soudains et Mr Deby en marge des tenues de SITIC était incontestablement le dossier libyen. Pour cette fois-ci, les soudanais ne sont pas allés sur le dos de la cuillère, ils ont rappelé amicalement mais très fermement à leur allié qu’ils ne pourraient plus continuer à tolérer ce jeu de cache-cache entre eux et le tchadien sur le conflit libyen. D’une manière sibylline, et en utilisant des périphrases et des litotes, le soudanais a fait comprendre au tchadien que, « eux les soudanais, ils disposent encore plus d’une corde sur leur arc et il faudrait que Deby cesse une fois pour toute de se trouver en face d’eux dans le glacis libyen». Mr Deby, qui avait reçu entretemps un chef Toubou tchado-libyo-nigérien proche de la coalition anti islamique pour concocter un plan d’ensemble d’intervention en Libye, a saisi 5/5 la menace à peine voilée des amis soudanais. Selon un proche de Deby présent à l’audience, « le soudanais disait des choses aussi pourries que son p…..au Président en rigolant et en le tapotant à l’épaule » !

Avant l’arrivée du Vice-Président soudanais, faudra-t-il le rappeler, à la demande de deux puissances régionales arabes et avec les encouragements amicaux de l’occident, Deby se préparait sérieusement à intervenir en Libye par le sud en s’appuyant sur les milices pro Kadhafi et autres dites laïques dont il assurait la gestion depuis longtemps. C’est un de ses passe-temps favoris : faire la guerre à la demande ou par procuration ; or la mise en garde venue de l’est (les Béris disent tous les malheurs et bonheurs viennent toujours de l’est) aurait mis un frein brutal à ces desseins machiavéliques qui allaient encore endeuiller inutilement et gratuitement les familles tchadiennes. Sans se référer à ses partenaires et sans aucun préalables comme à ses habitudes, le Sultan, conscient du danger, a changé de position à 180° en recevant en grande pompe le 15 septembre 2014 une délégation du haut niveau conduite par le président du Congres national (le parlement de Tripoli, pro islamiste), le Dr Noory Abou SAHMEINI accompagné du Dr Ali Al Salhaby, responsable du centre d’études et de recherches à l’Université Islamique de Benghazi et tête pensante de la mouvance islamique en Libye.

Il ne serait pas étonnant de voir Mr Deby s’engager dans les jours à venir dans le bourbier libyen du côté de la tendance islamique sans états d’âmes et ce, à la demande de ses amis soudanais !

2ème point évoqué lors de l’entretien entre les deux responsables, est la situation en RCA. Sur ce point précis les avis ne s’étaient jamais divergés dès le début de la crise centrafricaine.

Les deux parties se sont convenues de l’importance de la stabilité politique et militaire de la RCA pour les deux pays. Il était convenu aussi de ce fait, la coordination des efforts de deux pays pour aider le groupe SELEKA sur le plan militaire et logistique. Ainsi la partie tchadienne devrait s’occuper de l’encadrement et des actions militaires des éléments de ce groupe à l’intérieur du territoire centrafricain. Quant à la partie soudanaise, elle s’occuperait de leur formation militaire dans des camps aménagés spécialement pour eux à l’intérieur du territoire soudanais. Il reviendrait aussi à la partie soudanaise d’approvisionner le groupe en armes et en munitions de tout calibre et en carburant. Et enfin, la partie soudanaise appuiera le groupe Séléka pour mener des opérations militaires après la saison des pluies, par des éléments des « forces d’intervention rapide » autre néologisme désignant les fameux Djandjawids.

Les deux parties étaient tombées d’accord pour que le groupe SELEKA puisse profiter au maximum de tous les éventuels accords de paix entre le gouvernement et l’opposition politico-militaire dans son ensemble. Pour ce faire le groupe devrait bâtir sa stratégie de négociation sur la scission du pays et insister sur la partialité des troupes françaises qui avaient créé, formé, armé et encadré les antis BALAKA et les avaient encouragés à perpétrer des massacres des musulmans en général et des tchadiens en particulier. Sans oublier que ce sont les troupes françaises qui avaient poussé les autres à demander le retrait des troupes tchadiennes de la RCA ; ce qui leur a permis de faire main basse sur les ressources minières du pays à l’abri des regards malveillants. Le SELEKA devrait donc demander le retrait pur et simple des troupes françaises du territoire centrafricain. Dernière suggestion à l’endroit du groupe SELEKA, celui-ci devrait envoyer des plénipotentiaires vers les pays musulmans pour recueillir des dons et legs en faveur des refugiés ; une partie du produit pourrait être utilisé pour soutenir les efforts de guerre.

– 3ème et dernier point évoqué par le Vice-Président soudanais. Le cas des orpailleurs soudanais qui sont arrêtés et emprisonnés par Deby et dont les biens matériels et financiers ont été confisqués. La partie soudanaise a demandé la libération de ces citoyens et la restitution de leurs biens. Sans hésitation Mr DEBY a opposé une fin de non-recevoir aux requêtes de son illustre hôte arguant que tous ces orpailleurs sont en fait des éléments des différentes oppositions de deux pays et qui étaient envoyés par leur formation à leur compte et que le produit de leur gain sera utilisé pour déstabiliser les deux pays ; c’est pourquoi il a décidé de remettre leurs véhicules (les soudanais) à l’armée soudanaise pour combattre le JEM et ses satellites. Quant aux individus, ils seront relâchés après que les services compétents eurent terminé les formalités d’enquête. Voilà comment avec une frivolité déconcertante le Vice-Président soudanais a accepté l’accaparement des biens des soudanais par Deby et ses acolytes.

Avant de se séparer les deux parties ont réaffirmé leur refus de cautionner la tenue des pourparlers de paix qui se tiennent actuellement à ADDIS-ABEBA et se sont convenus de coordonner leurs efforts pour faire face à toute forme d’agression d’où qu’elle vienne, surtout du JEM et ses alliés.

Correspondance particulière depuis N’Djaména


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