Glencore sous haute surveillance au Tchad – Mediapart

Une organisation de la société civile tchadienne a donné l’alerte après avoir constaté un déversement de brut en pleine nature par la société suisse Glencore.

Le géant suisse des matières premières Glencore, dont le siège se trouve à Zoug, joue désormais un rôle de premier plan dans l’exploitation du pétrole au Tchad en Afrique centrale, l’un des pays les plus pauvres de la planète. En avril dernier, la compagnie de négoce et de courtage avait racheté Caracal Energy, une société pétro-gazière canadienne très bien implantée au Tchad, pour la bagatelle de 1,35 milliard de dollars. Et c’est également Glencore qui a été choisie par le gouvernement tchadien pour acquérir les parts cédées par la compagnie pétrolière américaine Chevron dans la concession pétrolière de Doba, au sud du pays, pour quelque 1,3 milliard de dollars additionnels, incluant une prise de participation dans le pipe-line qui relie le Tchad au port de Kribi au Cameroun, d’où le pétrole tchadien est exfiltré.

Face à un tel géant, les organisations de la société civile au Tchad tentent avec courage de jouer leur rôle de lanceur d’alerte. C’est ainsi que le 26 octobre dernier, une mission de la CPPL, sigle de l’organisation « Commission permanente pétrole local », emmenée par son responsable Nadji Nelambaye, s’est rendue sur le site pétrolier de Bemangra dans le sud du pays, près de la ville de Moundou. But de l’opération : constater sur place le cas d’un déversement sauvage de brut, en pleine nature, par la compagnie Glencore, qui lui avait été signalé la veille par des habitants de la région. La délégation a bel et bien pu constater « une étendue de brut pétrolier dans une carrière non loin de la route qu’utilisent les paysans pour se rendre sur les champs et au village voisin », et s’est entretenue avec une population très en colère contre Glencore.

La compagnie a rapidement entrepris des travaux de pompage et de réhabilitation de la zone sinistrée. Mais aux yeux de la CPPL, cela n’est pas suffisant. L’organisation de la société civile tchadienne a demandé aux autorités d’envoyer une commission d’enquête indépendante sur le site, pour s’assurer de la qualité et de la fiabilité des travaux de dépollution. Elle demande également une meilleure information des populations qui vivent mal les tentatives de restriction de leur liberté de mouvement que cherchent à imposer les services de sécurité de Glencore dans la région.

Les services de sécurité de Glencore ont d’ailleurs tenté d’intimider la mission de la CPPL en leur confisquant leur appareil de photo, avant de le restituer, suite aux interventions d’autres organisations basées dans la capitale N’Djamena. Dans son rapport, l’organisation, estime d’ailleurs « inconcevable et hors de question que Glencore restreigne la liberté de circulation » sur le site pétrolier, ce qui empêcherait les habitants de pouvoir donner l’alerte, et les organisations de la société civile de jouer pleinement leur rôle. Cet exemple montre à quel point la vigilance reste de mise, et met en lumière l’action courageuse des citoyens tchadiens pour défendre leurs droits et leur environnement.

Au mois de juillet dernier, la société pétrolière chinoise CNPCIC (China Petroleum Company International Chad) s’était vu retirer ses 5 permis d’exploitation après avoir également déversé du brut en pleine nature. La société civile s’était là aussi mobilisée pour demander des comptes. Après un intense bras de fer avec les autorités, la CNPCIC vient de régler une amende de 400 millions de dollars pour pouvoir poursuivre son exploitation du pétrole tchadien. Les autorités en ont également profité pour renégocier en leur faveur les contrats qui les lient.

Reste aux autorités tchadiennes à davantage prendre en compte l’amélioration des conditions de vie d’une population qui souffre dramatiquement de la cherté de la vie. Des manifestations ont eu lieu le 11 novembre dernier dans la capitale N’Djamena, à Moundou et à Sahr dans le sud du pays, pour protester, entre autres, contre la pénurie de carburant et des prix de l’essence qui ont été multipliés par trois. Le comble pour un pays pétrolier !


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