La « Canton-nite »

Le régime MPS, à travers les medias publics caporalisés, nous rabâchent les oreilles, à longueur de journée, que le Tchad est en période de renaissance, que le même Tchad sera émergent à l’horion de 2020, dans 5 ans, tenez vous bien ! Un observateur averti poserait des questions simples : quelle est la définition d’un Etat émergent ? Est-il un Etat où les tchadiens (hommes et femmes) savent ou sauront lire et écrire ? Ou au contraire un Etat peuplé d’analphabètes où les tchadiens malades n’auraient même pas accès aux soins médicaux abordables ? Pourrait-on appeler un Etat émergent, un pays où 90% des citoyens n’a pas un chez soi adéquat et les mêmes citoyens ne pourraient manger qu’une ou deux fois par jour ?? Ou bien ? Ou Bien ? On veut vraiment que Deby et ses thuriféraires nous disent ce qu’ils entendent par Tchad émergent en 2020 sur le plan social. Et quels sont les paramètres et les indices économiques que devraient atteindre l’économie tchadienne pour qu’on dise que le pays est en période de renaissance ? Ce sont des objectifs certes nobles, mais il ne suffit pas de les claironner sur tous les toits pour la consommation publique, il faut y travailler avec abnégation et intelligence. Or ces derniers jours le pouvoir n’a qu’une activité intense et visible : outre les cérémonies folkloriques financées par les fonds publics, l’activité principale d’IDI semble être la préparation des échéances électorales futures grâce au chambardement des chefferies traditionnelles. Ainsi nommer un chef traditionnel, destituer un autre, et installer un troisième sont devenues les principales activités du gouvernement. Il est très difficile de comprendre et cerner l’acharnement obsessionnel de Deby à s’occuper avec autant d’assiduité et de passion des chefferies traditionnelles. Quels bénéfices pense-t-il en tirer pour lui-même et/ou pour le pays ? C’est devenu tout simplement une maladie, un « addictif » qu’on peut appeler de la «canton-nite».

Depuis quelques temps, chaque case, chaque famille nucléique, chaque clan a obtenu, en cadeau de la part de Deby, un chef de canton. Chaque jour que Dieu fait, il y a un décret signé et s’en suit une cérémonie d’installation. Toute l’administration se vide de N’Djamena et des provinces. C’est la ruée vers le nouvel élu, les moyens de l’Etat sont mobilisés, les cotisations sont exigées malgré la période actuelle des vaches maigres. Des cérémonies ostentatoires, des gabegies alimentaires sont organisées, des cérémonies qui contrastent fortement avec la vie misérable du citoyen lambda qui assure péniblement sa pitance quotidienne.
On serait tenté de dire que, faute de pouvoir trouver des solutions aux conditions de vie misérables des tchadiens, faute de pouvoir créer des emplois, de créer des structures de formation, le pouvoir, dans une fuite en avant, a trouvé d’autres activités pour distraire et occuper les tchadiens par ces cérémonies d’installation des chefs de canton.

La « canton-nite » a déstructuré une partie importante des sociétés traditionnelles tchadiennes, a faussé les procédures traditionnelles et administratives de désignation des chefs, a créé des tensions entre les parents, a disloqué les relations de famille. A la place de la cohésion familiale, ce sont des conflits et des désunions ; c’est un héritage complètement nauséabond que Deby est entrain de léguer aux générations futures.

D’ailleurs le terme « chef de canton » est impropre aux populations nomades ou semi nomades ; le canton est d’abord et avant tout un territoire. Ceux à qui on confère pompeusement le titre de « chef de canton » sont en réalité des chefs de fraction ou famille.

A combien s’élève le traitement mensuel d’un chef de canton, y compris le salaire de ses goumiers, secrétaires, chef de bureau, etc. ? Et celui d’un sultan ? Selon une source crédible, l’ensemble des traitements de la chefferie traditionnelle se rapproche de ceux de l’ensemble des fonctionnaires du Ministère de l’Education nationale !

Dans l’histoire de l’évolution et de développement des sociétés, les chefferies traditionnelles ont joué un rôle, mais avec l’apparition des structures des Etats modernes, leur rôle, leur importance et leur contribution se sont peu à peu estompés. La plupart des nouveaux chefs de canton sont des cadres de l’administration, des officiers de l’armée, bref des citadins qui depuis longtemps n’ont pas mis pieds au village, ne parlent pas ou mal la langue maternelle ; évidemment ceux-là sont mal placés pour être le gardien de la tradition et la sagesse des anciens.

Aujourd’hui dans certaines parties du pays subsistent des traditions, rétrogrades, en contradiction flagrante avec les lois modernes d’un Etat de droit et les règles religieuses dominantes. Il s’agit notamment de la « Dia », véritable fonds de commerce dans certaines régions, la responsabilité collective pour un crime commis par un individu, la vendetta, l’héritage systematique d’une veuve par les frères ou cousins du défunt et en cas de refus de la femme, celle-ci est condamnée à vivre son veuvage durant toute sa vie et ce, au nez de l’administration, etc. Est ce que c’est pour perpétuer ces «nobles» traditions que Deby et son gouvernement donnent une importance aussi démesurée à la chefferie traditionnelle ?

Beremadji Félix
N’djaména – Tchad


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2 Commentaires

  1. daoussa bedeye

    Mr Felix, Que feriez-vous a la place de Deby Itno Idriss ?