Deby, Dieu vivant ?

L’expression « culte de la personnalité » est utilisée pour désigner l’attitude d’un chef d’Etat d’un régime totalitaire qui veut être vénéré comme un dieu vivant. Elle se traduit par une admiration excessive, une adulation du chef par la population au détriment des intérêts de la collectivité.

Le culte de la personnalité est mis en œuvre au moyen de la propagande, l’utilisation des médias, d’évènements tels que grands rassemblements, défilés militaires ou civils, l’édification de statues, les affiches, les films, la littérature, l’utilisation d’un surnom, etc.

Les plus tristes illustres personnes qui ont pratiqué à outrance le culte de la personnalité et qui se sont tous données des surnoms sont par exemple : Hitler (Führer), Mussolini (Duce), Staline (Petit père des peuples), Mao Tsé-toung (Grand Timonier), Franco (Caudillo), Ceausescu (Conducator), Kim Il-sung (Président éternel), Kadhafi (Guide de la révolution), Habré (Dougli – le lion) etc.
Au Tchad, via la radio, les journaux ou l’affichage, la personne de Deby et sa petite souris de Hinda pénètrent dans l’intimité quotidienne des tchadiens endoctrinés. Leurs portraits polluent chaque coin de rue. Comme tous les grands dictateurs ci-haut cités, il se donne pompeusement le surnom «Grand bâtisseur». Dans le cas d’espèce, le surnom qui conviendrait le mieux serait le plus grand voleur ou le plus illustre criminel ou peut être les deux à la fois.

Il modifie le contenu de la constitution pour soumettre à sa volonté tous les pouvoirs qui y sont définis. Il fait preuve de népotisme en plaçant à la tête du pouvoir des personnes émanant de son clan ou de son trou d’Amdjeress natal pour éventuellement le seconder un jour. Il a commencé avec son fils Brahim mais Dieu le tout puissant, le seul maitre de l’univers, lui a administré une leçon. Mais malheureusement il n’a rien compris aux Ayatouallah.
La propension au culte de personnalité prend des proportions inquiétantes au Tchad. Dans la lignée des grands timoniers des années 70, le parti-Etat MPS s’évertue à imposer la personne de Deby dans la conscience collective des tchadiens : le Tchad est identifié à Deby, tout commence avec Deby et se termine avec lui, tout le mérite du tchadien revient à Deby, aucun tchadien n’est capable d’accomplir quoi ce soit sans que Deby ne soit pour quelque chose. Tout ce que le pays fait c’est grâce à Deby, sans lui, le Tchad aurait cessé d’exister. On a pitié de ces hauts fonctionnaires, des cadres de l’administration et des membres du gouvernement s’époumoner, sans conviction aucune, à chanter les louanges de Deby. Ils ne peuvent finir une déclaration, un discours ou un simple communiqué sans se référer ou citer Deby plusieurs fois. Le culte de personnalité actuel n’a d’égal que le système brejnévien au seuil de son crépuscule. Depuis que Kadhafi a disparu de la scène, notre apprenti dictateur cherche vainement à occuper la place vide qu’il a laissée. En manque d’imagination, absence de culture oblige, Deby n’a jamais inventé quelque chose. Il a toujours cherché à copier, à imiter. Les tchadiens se souviennent qu’à sa première apparition publique, après sa prise de pouvoir, il s’était vêtu à l’identique de son mentor Habré, cet autre dictateur des tropiques. On peut lui demander de méditer un seul instant à ce qui est arrivé à Kadhafi et Habré. On peut prédire que son sort sera pire que celui de ceux deux-là. Sa visite chez son semblable de Gambie, le folklorique Yaya Djamé, corrobore largement cette tendance chez Deby de vouloir tout copier. On ne se rappelle pas la dernière visite d’un Chef d’Etat chez Yaya Djame, seuls des individus comme les Deby peuvent encore se plaire de s’afficher avec un énergumène de la catégorie de Yaya Djame. Qui se ressemblent, s’assemblent, n’est ce pas !

La déification de Deby n’est pas un phénomène spontané ou anodin, il a été initié par les bouffons avec l’accord et les encouragements du dictateur himself. Aujourd’hui, au Tchad, les principales activités associatives, les cérémonies du parti-Etat MPS, les installations des chefs de canton, sont les lieux et les occasions où les thuriféraires du régime rivalisent de « talents ». Qui y prononcera les superlatifs les plus extravagants à l’endroit de Deby. La concurrence et le zèle de ces orateurs de la dernière heure se passent des commentaires. Tout cela relayé, commenté à répétitions et à outrance par les organes publics et notamment la Déby et Hinda Télévision (DHTV). Les tchadiens pour s’informer correctement se sont tous équipés d’antennes paraboliques et zappent l’ONRTV, oh pardon DHTV, dès qu’ils se sentent gavés par ces diffusions fades et sans saveur et où le mensonge et la propagande le disputent à l’information objective.

Le culte de la personnalité a isolé Deby de la population et des réalités du pays. Il vit dans une bulle entourée des seuls bouffons. Ses deux oreilles n’ont que deux fonctions précises : la  première écoute les louanges de ses bouffons et thuriféraires, la seconde les mensonges, les ragots, la calomnie.

Le pays est aux arrêts, car aucun ministre ne peut prendre une décision sans se référer au président, et celui-ci est soit en déplacement, soit enfermé dans son palais. Les conséquences sont évidentes : le pays est en pilotage automatique, il n’y a pas de pilote dans le cockpit.

Adoum Mossalbaye (N’Djaména)


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2 Commentaires

  1. juste laissons le temps au temps de faire son temps