Le Procès des ex-DDS, on est perplexe !

Le sujet avait été abordé à plusieurs reprises sous toutes ses facettes, mais on ne se lassera jamais à parler de la DDS, de ses méthodes, de ses victimes et des conséquences qui ont suivi le règne de la DDS. Ce fut une période très douloureuse et personne ne pourrait l’oublier par un simple trait de plume. Mais la question que tout un chacun de nous se pose est de savoir pourquoi a-t-on attendu 25 ans avant de lancer une opération qui aurait dû démarrer aussitôt au lendemain de la victoire de MPS ? Oui, la question est simple : pourquoi avoir tant attendu et pourquoi maintenant ? Le procès de la DDS aurait pu avoir lieu au moment où les tombes des victimes étaient encore fraîches et connues, au moment où les rescapés, cadavériques étaient encore en convalescence et en récupération, et enfin au moment où les veuves, les parents étaient encore en deuil et les enfants n’ayant pas connu leurs pères se demandaient où étaient partis les papas. Il fallait juger la DDS au moment où la seule évocation de son nom faisait frémir tout un chacun et que tous les bourreaux, conscients de leurs responsabilités personnelles avaient fuit le pays.

Mais, Idris Deby, le putschiste mis en selle par les services affiliés à la françafrique, avait sciemment et ostensiblement escamoté et saboté toute initiative visant à faire l’état des lieux du régime Habré. Ce fut un blackout complet et total, aucune allusion à l’existence de ce régime. La Commission d’enquête mise en place était l’œuvre de ses collaborateurs, la signature du décret créant cette Commission lui a été pratiquement arrachée. Mais une fois la commission d’enquête mise en place, il ne lui avait accordé aucune attention particulière au déroulement de ses travaux et moins encore au rapport fourni qu’elle a produit à la suite de ses enquêtes. C’est l’extérieur qui a diffusé et fit connaître les résultats des travaux de la Commission. Comme il fallait s’y attendre il prit les contre-pieds de toutes les conclusions et les recommandations de la Commission : il a nommé à des hautes fonctions la quasi totalité de la nomenklatura de la DDS. On se rappelle que les 2 premiers directeurs de l’ANS, la nouvelle variante de la DDS, étaient des anciens de la DDS, la nouvelle police politique du régime était donc composée en majorité des ex DDS. Les autres cadres de la DDS sont envoyés soit à la police soit dans leurs corps d’origine, promus aux grades supérieurs ou avec des responsabilités administratives importantes. Deby a tout simplement banalisé la tragédie subie par les tchadiens sous le régime Habré en réhabilitant les bourreaux de la DDS. Ceux-ci ont donc eu le temps de se fondre dans la masse, devenir des agneaux qui n’ont jamais tué ou torturé. Ils ont eu aussi le temps de se frotter avec leurs victimes, de se dédouaner et de mettre tout le tort sur le dos de l’autre. Par résignation, la grande majorité des tchadiens était en passe de tourner la page, de passer à autre chose. Les fosses communes avaient disparu faute d’entretien ou négligence manifeste voulue, les enfants des victimes sont devenus majeurs et pères de famille, les veuves ont refait une nouvelle vie, seuls les victimes, les rescapés et les proches parents des disparus attendent et rêvent d’une justice divine.
L’Association des Victimes des Crimes et Répressions Politiques au Tchad, une association créée au lendemain de l’arrivée de MPS et qui n’a bénéficié d’aucune attention des nouvelles autorités, fortement appuyée par HRW, a porté le cas Habré sur la scène internationale, obligeant Deby à reconsidérer ses positions et ses stratégies. La raison est très simple.

Deby en voulant mettre entre parenthèse Habré et son système, cherchait ainsi à faire disparaître sa propre responsabilité, son rôle dans le régime de Habré. Malheureusement pour lui, les Adh ont porté l’affaire très loin, au-delà du Tchad. Ainsi la procédure était lancée et le procès Habré était devenu inéluctable. Alors le maître de N’djaména prend les devants afin de réorienter le procès dans le but de faire condamner uniquement Habré et refermer la parenthèse ouverte. Ce qui explique son implication à fond et de ses différents ministres de la justice en collaboration ou en complicité étroite avec le Sénégal pour l’organisation du procès de Habré : contribution substantielle au budget des chambres africaines, signature d’un protocole d’accord de coopération judiciaire entre le Tchad et le Sénégal, séjour ostentatoire des membres des chambres africaines à N’Djamena, etc. Tout cela avait pour but d’enlever la personne de Habré de la conscience collective des tchadiens. Mais les choses ne se sont passées pas comme Deby l’a prévu. Les chambres africaines veulent mener des enquêtes approfondies et auditionner les victimes et leurs bourreaux. Et de surcroît, comble de lèse-majesté, elles voulaient écouter Deby lui-même. Alors c’est la panique suivie d’une volteface abrupte : Deby coupe toute relation avec les chambres africaines et lance l’organisation à N’Djamena du procès des ex DDS. Ce faisant, il voulait couper l’herbe sous les pieds des Chambres africaines.

Quelle est la finalité de ce procès de N’Djamena ? A quoi et à qui sert-il ? A rendre justice aux victimes et à leurs familles ou à blanchir Deby ? Sous Habré, Deby a été l’un des principaux responsables du régime ; non seulement il a été le chef des opérations de septembre noir et des exécutions sommaires des prisonniers dans la partie septentrionale du pays, mais il avait joué aussi un rôle prépondérant dans le système DDS depuis son retour de l’école de guerre jusqu’à sa fuite en rébellion. Il a dans sa conscience beaucoup d’arrestations dont il a été l’auteur ou complice ; et à cet effet, les confessions de l’ex Directeur de la DDS au Darfour ont été édifiantes. A cause de ce déni de justice, les bourreaux ont eu suffisamment du temps, des moyens et des occasions pour se faire une virginité. Qu’observe t-on du comportement des agents de la DDS, lors du procès de N’Djamena en cours : arrogance, insolence, négation des faits suivie des menaces, insultes en qualifiant les déclarations des victimes de mensonges ou qu’elles sont achetées par des officines extérieures. Sans un mot d’excuse ni de regret !

Tout porte à croire que ce procès est organisé pour faire diluer la responsabilité personnelle et directe de Deby. Sinon la réouverture des blessures béantes par le comportement aberrant et grotesque des bourreaux et la nonchalance d’une cour qui exécute un ordre qu’elle semble ne pas connaître les tenants et les aboutissants. Le procès finira par la condamnation des menus fretins et passant sous silence la responsabilité du principal criminel en Chef, Deby. Quelques miettes seront distribuées aux victimes et aux ayant-droits et la page serait définitivement tournée. Les victimes et/ou leurs familles n’auront que leurs yeux pour pleurer.

Mahamat Ahmat
N’djaména – Tchad


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