Les Brèves de N’Djamena – Sommet de l’UA, la honte ! Est-ce la désillusion ?

Est-ce la désillusion ? Fini les fanfaronnades sur la «renaissance» ou «Tchad pays émergent à l’horizon 2020 ?» Les tchadiens de tous bords ont été choqués en apprenant que la tenue du sommet de l’UA a été annulée faute des moyens financiers. Comment osent-ils, ces arnaqueurs qui nous gouvernent, faire assumer au Tchad et aux tchadiens une telle honte. Si «ces putains des Itno qui nous gouvernent» comme disait l’autre, ont un brin de fierté, de nationalisme ou de la pudeur, ils auraient financé eux-mêmes à partir de ce qu’ils ont thésaurisé, en volant le trésor public, depuis plus d’un quart de siècle. Chacun des 3 Deby (Idris, Daoussa et Salay) avec leur neveu Bedey et leur Younousmi, chacun de ces cinq individus, est capable, à lui seul, de parachever les infrastructures destinées à accueillir le Sommet, sans parler de toutes les autres sangsues de l’Etat. Mais non, ils préfèrent, sans aucun scrupule, mettre le pays et les tchadiens dans l’embarras face à l’opinion internationale.

C’est un euphémisme de dire que le Tchad se porte mal. Et pourtant tout indique que le Tchad devrait se porter bien. Et pour cause ! Le pays a rejoint depuis plus d’une dizaine d’années le peloton des pays producteurs du pétrole, ce qui devrait le mettre à l’abri des besoins élémentaires et s’atteler à son développement économique et social dès lors que le pays se trouve depuis le 6 mai 2009 dans une situation de paix immuable après la défaite de l’UFR. Or tous les indices visibles et invisibles nous indiquent que le Tchad a cessé d’exister en tant qu’entité administrative ; il a cessé d’exister depuis que l’autorité hiérarchique a disparu aux profits des intérêts des groupes organisés ; il a cessé d’exister depuis que les instructions de son Président ne franchissent guère le seuil de son portail, il a cessé d’exister depuis que les recettes fiscales sont logées directement dans des containers et gardées aux domiciles privés de son entourage direct ; il a cessé d’exister depuis que son Président évite sciemment d’affronter les problèmes quotidiens de ses compatriotes en se réfugiant derrière des voyages budgétivores de prestige ou de s’inventer des maladies pour se nicher pendant des semaines dans sa chambre ; il a cessé d’exister depuis que son Président s’est adressé à ses Ministres en Conseil en ces termes : «vous êtes tous des voleurs, vous me mentez et vous me cachez tout», et enfin il a cessé d’exister depuis que son Président a supplié officiellement et solennellement ses fonctionnaires à ne pas voler, à ne plus voler.

De l’avis de tous les observateurs, l’horizon va continuer à s’assombrir davantage, aucun élément probant n’est en vue, au contraire, très bientôt, le pays risque de se retrouver dans le néant d’autant plus qu’à la grogne habituelle et banalisée des citoyens civils s’ajoute une autre qui est en train de se répandre dans un milieu considéré très opaque par sa structure: L’armée. Tout indique que la grande muette est dans tous ses états. Elle est carrément en état de désobéissance manifeste.

Pour preuve, 1er acte : On se rappelle que dans sa tendance viscérale à rendre service avant la demande, le monarque s’était précipité avant le signal de ses chefs à envoyer des militaires en Libye voisine; ceux-ci avaient purement et simplement refusé de franchir la frontière et avaient fait escale chez les orpailleurs avant de faire demi-tour. La déclaration du Président français excluant une éventuelle intervention a légitimé cet acte de désobéissance et on a fait comme si rien ne s’était passé. Deuxième acte : depuis un mois l’Etat-major des armées peine à mobiliser un contingent pour la relève de ses unités se trouvant au Mali. En effet les soldats demandent des éclaircissements sur le montant exact per capita versé par la MINUSMA. Des sources jugées crédibles auraient informé le contingent tchadien que la Minusma aurait versé 80 Millions des dollars au gouvernement tchadien qui devrait les redistribuer directement aux militaires en mission. Malheureusement comme il fallait s’y attendre l’argent s’est volatilisé. C’est une des raisons du recrutement massif et forcé qui s’opère actuellement dans les régions de l’ex BET.

Comment en est-on arrivé à cette situation ? Comme on le savait, sans un jeu des mots, le Tchad est dirigé par des mythomanes et des kleptomanes. Leur Chef se nourrit de ses propres mensonges donc vit dans des chimères euphoriques et ses ouailles pillent sans vergogne en encensant le premier pour l’endormir plus. Ce jeu qui ressemble à un match entre sourds et aveugles, a plongé le pays dans un marasme sans précédent et a provoqué l’annulation de tous les engagements avec l’extérieur dont l’organisation du Sommet de l’U.A.

Pour légitimer cette dérobade, dans une interview à la Télé Tchad, le tout puissant et incontournable Ministre des infrastructures a expliqué pourquoi son pays se désengage de l’organisation du Sommet de l’U.A

Dans un entretien de 13mn le même Ministre a employé plus de 10 fois les mots « chute vertigineuse, la conjoncture sous régionale et réajuster. » Non, Mr le Ministre, d’abord on ne déclare pas péremptoirement en Novembre que le Tchad est prêt à accueillir le Sommet à la date indiquée et dire le contraire un mois plus tard. Ensuite la chute n’était pas vertigineuse- ce qui voulait dire abrupte, inattendue, or les études conjecturelles des différentes places boursières avaient prévu depuis fin 2013 la chute du prix du baril en fin de 2014. En d’autres termes, la chute était graduelle et linéaire et les spécialistes l’ont prévue sauf qu’au Tchad on ne s’occupe pas de ces choses « abstraites ». Les péroraisons de Younousmi sur le prix du baril du brut sont tout simplement un alibi ; un alibi mensonger, honteux et inique. Les chantiers étaient déjà en arrêt depuis fort longtemps. !! Alors Younousmi a raté une excellente occasion pour se faire plus petit, comme dirait l’autre ; lui qui est l’architecte et le concepteur de «tout infrastructure», conception dont le seul et unique but est de drainer les revenus pétroliers vers ses propres poches et accessoirement dans celles du tandem Deby-Hinda, lui le Président du Comité d’organisation du Sommet, donc personnellement responsable du suivi de ces infrastructures, il aurait pu tout simplement se taire.

Pourquoi au Tchad on ne prévoit rien et on ne voit rien venir? La réponse est très simple. Ceux qui sont censés de faire des projections, de faire des simulations conjecturelles à moyen et à long terme par des études affinées et alerter les autorités compétentes pour toute éventualité, ceux-là se trouvent malheureusement sous les arbres pour ne pas dire marginalisés, clochardisés, au pire des cas renvoyés comme des pestiférés mais aussitôt récupérés par des cabinets occultes qui les utilisent contre leur propre pays sans états d’âme. A leur place on a mis des analphabètes ou de faux diplômés ou à la rigueur des jeunes sortis tout droit des universités, des stagiaires sans aucune expérience et tout ce beau monde ne réfléchit qu’en termes de leurs recettes quotidiennes à travers des faux marchés et des B.C.A falsifiés. Ceux-là se sont en effet enrichis honteusement ; oui la famille de Mr Deby et ses prébendiers ont lessivé le pays pendant que la majorité des tchadiens ne pense absolument qu’au quotidien ordinaire et aux soins primaires.

Pourtant le Tchad a des cadres de très haut niveau et dans tous les domaines, et qui ne demandent qu’à être utilisés. En 1994, lors de dévaluation de FCFA, il avait été remis à Mr Deby une étude sur les conséquences de dévaluation pour le pays. Ce document était préparé depuis 1988 à la demande de l’ancien Président du Tchad, H. Habré, document rédigé par une équipe dirigée par un cadre du domaine, le DN/BEAC de l’époque. C’est-à-dire qu’on a vu venir la dévaluation 8 ans avant. Alors, MM les prébendiers, on ne réajuste pas le budget de l’Etat tous les 3 mois ! D’ailleurs contrairement aux déclarations majestueuses de M. Younousmi, il n’y avait eu aucun réajustement, aucune projection mais le holà était venu d’ailleurs. En ce sens, Mr Younousmi avait doctement caché la vérité à l’opinion publique. En réalité, le désengagement était intervenu à la suite du passage en décembre 2014 d’une équipe de l’U.A pour évaluer l’état d’avancement des travaux. Cette mission avait déposé un rapport très alarmant démontrant de A à Z que le Tchad ne pourrait en aucun cas accueillir le Sommet à la date indiquée d’autant plus que le taux d’avancement des travaux étant largement en deçà de ce qu’il devrait l’être. C’est l’occasion pour le régime de jeter les dés et gesticuler pour donner des fausses réponses aux vrais problèmes après avoir décaissé plus de 400 milliards sur fonds propres. Sans l’alerte venue d’ailleurs, personne au niveau du Pays ne se rendrait compte de cet état des choses jusqu’à l’ultime date.

Le tchadien indigné


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2 Commentaires

  1. le plus beau article que Beremadji Félix ait écrit. Bravo, honnêtement! sauf que où est l’action? allons-nous continuer à  rester immobiles alors que toutes ces réalités douloureuses continuent à fouetter notre patrie? la plus belle publication et la plus osée restera sans importance si elle n’était pas suivie d’une appréciation active.

  2. Decu, vraiment decu!!! Est-ce digne pour le President de ce pays, pour qui soit disant ce pays l’est cher?! Esperons seulement que l’emergence tant prone aboutisse!!! J’en doute vraiment. Seul l’avenir le dira!!!