Boko Haram: une menace qui s’étend et affecte déjà les économies régionales – Afp

Yaoundé – Les raids meurtriers des islamistes de Boko Haram et leur expansion territoriale menacent désormais la stabilité de la région du lac Tchad, mais a déjà des conséquences politiques et économiques dans les pays directement concernés.

Berceau de Boko Haram et principal foyer de l’insurrection islamiste, le Nigeria est logiquement le pays le plus touché.

Lors sa création à Maiduguri (nord-est), en 2002, Boko Haram était une secte prêchant un islam radical mais relativement pacifique mais depuis 2009 et l’exécution sommaire de son leader de l’époque par les forces de sécurité, le groupe a lancé une véritable insurrection.

Ces derniers mois, il a pris le contrôle de villes importantes et de vastes portions de territoires dans le nord-est du Nigeria, où il dit avoir créé un califat, menaçant désormais l’intégrité territoriale du pays le plus peuplé d’Afrique.

Le groupe multiplie les exactions à grande échelle (attentats-suicides, enlèvements de jeunes filles, massacres…). L’insurrection a fait plus de 13.000 morts au Nigeria et 1,5 million de déplacés depuis 2009.

La situation remet en cause jusqu’à la crédibilité des élections présidentielle et législatives, qui doivent avoir lieu le mois prochain, des centaines de milliers d’électeurs allant être privés de vote dans les régions affectées de près ou de loin par Boko Haram.

Le conseiller national à la sécurité du Nigeria a estimé jeudi que l’élection présidentielle, qui doit se tenir le 14 février, devait être reportée. Le président de la Commission électorale a néanmoins assuré vendredi que le scrutin était maintenu à la date prévue.

La radicalisation de Boko Haram fragilise également les relations entre le nord musulman et le sud chrétien, alors que la suspicion réciproque entre les deux régions existe depuis des décennies. La violence a eu un effet négatif sur le commerce, notamment l’agriculture. Les paysans n’ont pu ni semer, ni récolter les cultures. L’insécurité a également interrompu l’exploitation de pétrole sur les rives du Lac Tchad.

Le Cameroun, frontalier des bastions de Boko Haram, est devenu sa deuxième cible, d’abord avec des petites incursions et des enlèvements ciblés, aujourd’hui avec des raids, des attaques meurtrières et des enlèvements de masse.

Les zones frontalières se sont dépeuplées, les populations craignant les attaques alors que comme le Nigeria, l’économie et le commerce dans la zone des trois frontières (Cameroun, Tchad, Nigeria) sont très affectées. Le Cameroun a engagé l’élite de son armée contre les islamistes, grevant ses finances publiques.

La situation sécuritaire de la sous-région est telle que le Tchad, pour l’heure non touché par les actions de la secte, a répondu à l’appel du Cameroun en envoyant des troupes dans l’extrême nord du pays.

Pour le président tchadien Idriss Deby Itno, les intérêts vitaux du Tchad sont menacés. Fort d’un armée aguerrie qui a fait ses preuves au combat contre les groupes islamistes au Mali, il veut mettre un terme à l’expansion du groupe, qui menace la route N’Djamena-Douala (Cameroun), débouché maritime vital pour ce pays enclavé.

Le commerce, les ressources et l’activité économique du lac Tchad sont stratégiques pour N’Djamena, désireuse de ne pas voir la zone paralysée par Boko Haram. Le Tchad doit aussi faire face à l’arrivée de milliers de réfugiés.

Si Boko Haram reste encore loin de l’oléoduc acheminant le pétrole tchadien au port de Kribi, au Cameroun, les Tchadiens ne veulent pas voir le pipeline coupé. Dernier point et non des moindres, N’Djamena n’est située qu’à une cinquantaine de kilomètres des fiefs de Boko Haram.

Plus au nord, le Niger vit pour l’instant dans la crainte de Boko Haram, même s’il n’a pas subi d’attaque sur son sol. Le drapeau noir des islamistes flotte de l’autre côté de la rivière Komadougou Yobé, qui sert de frontière naturelle entre le Niger et le Nigeria mais ce cours d’eau connaîtra une période d’étiage en mars, ce qui permettrait un passage des miliciens armés.

Un jour, ces gens vont vouloir nous attaquer, ne serait-ce que pour jauger la capacité de notre armée, s’inquiétait début janvier Hankaraou Biri Kassoum, le maire de Diffa, la principale ville de la zone. Des interrogations subsistent sur les capacités de l’armée nigérienne à répondre à Boko Haram.

Le Niger, où sont stationnées des troupes françaises et américaines, est un très vaste pays aux frontières poreuses, confronté à de multiples menaces.

Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique), à l’ouest, a commis plusieurs attaques en territoire nigérien ces derniers mois, dont certaines à moins de 100 km de Niamey. La très instable Libye au nord-est constitue une autre source d’inquiétude. Et comme le Tchad, le Niger doit faire face à un afflux de réfugiés sur son sol.


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