Tchad: les rebelles toujours stationnés dans le centre du pays, arrestations d’opposants – Afp

Malgré un certain retour à la normale à N’Djamena, les rebelles qui ont attaqué le pouvoir le week-end dernier sont toujours stationnés dans le centre du Tchad où des voix s’élevaient contre des arrestations d’opposants et des exécutions extrajudiciaires présumées.

Nouveau signe d’une normalisation progressive dans la capitale tchadienne, l’ambassade de France a levé vendredi la consigne de « regroupement » donnée avant le début des combats à ses ressortissants.

Les Français qui le souhaitent peuvent rentrer chez eux, à condition de respecter le couvre-feu en vigueur de 18H30 à 06H00 (17H30 à 05H00 GMT) décrété jeudi par le gouvernement tchadien et de ne pas sortir de N’Djamena.

Avant les combats, quelque 1.500 Français résidaient au Tchad, à 85% à N’Djamena. L’armée française a évacué vers Libreville 1.200 étrangers, dont une majorité de Français. Environ 200 étrangers étaient toujours sous la « protection » de militaires français à N’Djamena, ne voulant pas être évacués.

Cette levée du regroupement des Français accompagne une reprise des activités dans la capitale, entravée néanmoins par les dégâts provoqués par les pillages et les combats.

Mais l’alliance rebelle partie le 28 janvier du Soudan pour venir attaquer N’Djamena les 2 et 3 février assure n’avoir pas renoncé.

Plus de 200 pick-up, qui peuvent transporter dix à quinze hommes chacun et sont considérés dans cette région comme l’unité de mesure de la puissance d’une armée, sont stationnés depuis jeudi à Mongo, capitale de la région du Guéra, en plein centre du Tchad.

Les rebelles qui ont quitté N’Djamena et des renforts arrivés de l’est ont fait la jonction à Mongo, à 400 km à l’est de la capitale, sans que l’on connaisse leurs intentions.

« Ils se sont retirés vers Mongo », a reconnu vendredi le commandant des opérations de l’Armée nationale tchadienne (ANT), le général Mahamat Ali Abdallah. « On va continuer à les pourchasser ».

L’incertitude sur le plan militaire se traduit dans la capitale par une tension au niveau politique et sécuritaire.

« Nous avons reçu des informations selon lesquelles le 6 février, au moins trois hommes auraient été exécutés par des membres de l’armée tchadienne », a dénoncé l’organisation de défense des droits de l’Homme Amnesty International.

Ces informations viennent renforcer un climat déjà tendu par l’arrestation, dans la foulée des combats, de plusieurs opposants légalement reconnus.

Des sources proches du dossier ont confirmé à l’AFP l’arrestation de trois d’entre eux: l’ancien chef de l’Etat Lol Mahamat Choua, président du comité de suivi d’un processus censé aboutir à des élections démocratiques, Mahamat Saleh Ibni Oumar, chef de la principale coalition de l’opposition, et l’opposant radical Ngarléji Yorongar.

Amnesty redoute « que les autorités tchadiennes ne commencent une gigantesque chasse aux sorcières » visant également des journalistes ou des défenseurs des droits de l’Homme, et demande à la France « d’user de son influence » auprès de N’Djamena.

Une réaction semblable est arrivée de plusieurs associations françaises, dont Survie et le Secours catholique, qui ont demandé à Paris « d’oeuvrer à l’instauration d’un dialogue national et de cesser de soutenir inconditionnellement le régime » du président Idriss Deby Itno.

Tout en démentant une quelconque intervention militaire directe de la France contre l’assaut rebelle, les autorités françaises, qui ont apporté un soutien appuyé au président Deby ces derniers jours, ont semblé pour la première fois répondre à ces préoccupations.

« Maintenant, il faut qu’il (le gouvernement du président Deby) prouve qu’il est vraiment le gouvernement de tous les Tchadiens, et je pense qu’il le fera« , a déclaré le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner.


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