Crise au Tchad: Ce que j’ai vu à Ndjaména – Le Messager

Le calme est manifestement de retour dans la capitale tchadienne. Mais un air de psychose y plane.

En ce jeudi 7 février, Ndjaména est semblable à un champ de ruines. Le visiteur qui débarque dans la ville est marqué par l’omniprésence de décombres. Des impacts de balles sont visibles sur les murs des supermarchés et autres magasins. L’on bute sur des véhicules calcinés dans divers coins de la ville. Des panneaux publicitaires sont éventrés. Aux abords des rues, beaucoup d’arbres ont été délestés de leurs branches sous l’effet des obus de mortier. Celles-ci gisent sur les trottoirs. Quelques personnes s’activent à balayer les détritus. Devant la compagnie Air Toumaï, une odeur de cadavres flotte dans l’air. Des munitions brillent sur les pavés. Malgré le ramassage du millier de corps par les agents de la Croix rouge, des survivances de la folie meurtrière ayant ébranlé Ndjaména sont palpables.
A l’avenue des banques, des joyaux architecturaux sont craquelés. Des vitres ont volé en éclats. L’immeuble abritant le Parlement, le ministère du pétrole, le siège de la radio nationale du Tchad (Rnt), le ministère de l’Enseignement supérieur, le ministère de la Solidarité… ont été bombardés et pillés. Le train-train administratif n’a pas repris dans la cité. A l’instar du Collège Sacré cœur ou du Lycée Félix Eboué, les cours sont toujours suspendus dans les établissements scolaires ainsi qu’à l’Université de Ndjaména. Les enceintes sont quasi désertes. Dans les rues, quelques taxis assurent péniblement la desserte. Mais les usagers sont encore pour la plupart blottis chez eux. Des humanitaires sillonnent dans la ville. Le grand marché renaît progressivement de ses cendres. Mais la majorité de commerces sont encore cadenassés. Ceux des commerçants ayant relancé leurs activités pratiquent la surenchère à cœur joie. Ndjaména est quadrillée par l’armée nationale tchadienne (Ant). On retrouve des militaires et des gendarmes armés jusqu’aux dents dans toutes les artères de la ville. Au Rond point 100 ans, à la Rue Bongo ou au quartier résidentiel, l’on se retrouve facilement nez à nez avec un convoi de combattants de l’armée loyaliste. Devant la présidence de la République, des chars sont garés. Des patrouilles mixtes veillent au grain et n’hésitent pas à interpeller des suspects. Les mines sont patibulaires. N’djaména vit la peur dans le ventre. Par crainte de représailles, beaucoup de pilleurs consentent à déposer les fruits de leurs menées sur les abords des routes. Pendant ce temps, les opérations de ratissage dans les coins et recoins des quartiers se poursuivent. Il est question de débusquer les rebelles s’étant infiltrés parmi les populations civiles après la bataille perdue de N’djaména.

N’djaména s’emplit, Kousseri se vide !

La radio et la télévision nationales ont recommencé à émettre. La Rnt est provisoirement logée dans les locaux du Conseil supérieur des affaires islamiques. C’est avec une joie à peine contenue que les journalistes de cette station renouent avec leur travail habituel. Mais ils devront désormais faire sans leurs archives, car tout a été brûlé dans le feu des combats. Lucienne Dillah, ministre du Développement culturel s’en émeut vivement.

A mesure qu’on remet le cap sur Kousseri, l’on aperçoit des dizaines de tchadiens regagnant le bercail. Sous le soleil de plomb, certains s’enthousiasment de retrouver le pays natal. Le mouvement observé en direction de la capitale du Logone et Chari depuis le week-end dernier s’est inversé. Les camps de déplacés se vident de leurs occupants et la ville toute entière respire. Mais il y en a encore qui doute du retour au calme à N’djaména. Ouf, il était temps !

Par Georges Alain BOYOMO, envoyé spécial à Ndjaména


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