Tchad: Déby sauvé par Paris? – JDD

La Croix assure que des troupes spéciales françaises ont pris part aux affrontements opposant l’armée tchadienne aux rebelles. Une information catégoriquement démentie par Paris.

Alors, aide directe ou indirecte? Seule quasi-certitude, selon les observateurs, l’appui français a été décisif dans la bataille de N’Djamena. La grâce probable des ADZ apparaît pour certains comme une contrepartie.

Cotonou, Bénin, 19 mai 2006. « Il nous faut construire une relation nouvelle, assainie, décomplexée, équilibrée, débarrassée des scories du passé et de ses obsolescences« , déclare Nicolas Sarkozy. Le lexique de la rupture, cher au futur président français, s’applique aussi aux relations avec l’Afrique. Objectif affiché: en finir avec la Françafrique, faite de réseaux et autres imbrications entre les domaines économique, politique et militaire.

Et dans ce registre, le conflit au Tchad a fait figure de test pour le chef de l’Etat. Là où Jacques Chirac avait, en avril 2006, opté pour un coup de semonce d’un avion Mirage contre les forces rebelles qui marchaient vers N’Djamena, Nicolas Sarkozy a attendu l’aval des Nations unies – et le vote d’une déclaration du Conseil de sécurité annonçant le soutien de la communauté internationale au président Déby – pour évoquer la possibilité d’une intervention militaire française. A demi-mots. « Si la France doit faire son devoir, elle le fera« , avait déclaré mardi le chef de l’Etat, avant de préciser: « Si le Tchad était victime d’une agression, la France aurait, au conditionnel, les moyens de s’opposer à cette action contraire aux règles du droit international. »

Les soldats français auraient coordonné une attaque

Une déclaration qui laissait penser que Paris n’avait pas directement participé aux combats, contrairement aux dires des rebelles. Pourtant, dans son édition de vendredi, La Croix assure que les troupes spéciales françaises sont bel et bien intervenues sur le terrain. Sous le titre La France a permis à Idriss Déby de sauver son régime, le quotidien chrétien écrit: « Des troupes françaises ont été engagées dans des combats visant à contrer l’offensive rebelle. » Et de s’appuyer sur des informations « livrées par des diplomates et des militaires français« .

Toujours selon le journal, ces soldats auraient coordonné l’attaque menée le 1er février par l’armée tchadienne contre la colonne rebelle à Massaguet. « Dès le lendemain, des éléments du Commandement des opérations spéciales français s’impliqueront dans les combats de N’Djamena« , assure encore La Croix. Soit au tout début des combats, avant même que les insurgés ne prennent la capitale. Et avant que l’ONU n’autorise à demi-mots l’intervention des forces étrangères. Une intervention des soldats français qui se serait donc déroulée hors de tout cadre légal, l’accord de coopération bilatéral entre le Tchad et la France ne prévoyant pas d’appui militaire. Paris aurait également convaincu la Libye de Kadhafi de fournir des armes aux soldats de Déby.

Alors qu’à Paris, le ministre de la Défense, Hervé Morin, rappelait à plusieurs reprises la « neutralité » de la France dans le conflit, sur le terrain, celle-ci aurait donc été toute relative, permettant ainsi à Paris de jongler entre les techniques rodées de la France en Afrique et la rupture avec la Françafrique.

Vendredi, le ministère de la Défense a catégoriquement démenti les informations parues dans le quotidien. « Aucune force spéciale ni aucun soldat français n’ont été engagés dans les combats entre les forces gouvernementales et les forces rebelles« , a déclaré le général Christian Baptiste, porte-parole adjoint du ministère. Même son de cloche du côté de la secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme, Rama Yade. « Si vous voulez me faire dire que les soldats français sont intervenus pour chasser les rebelles de N’Djamena, je vous réponds que non« , a-t-elle déclaré sur RTL.

Un appui déterminant

Aide directe ou indirecte? La plupart des observateurs s’accordent à dire que, quelque que soit la nature de l’appui de l’armée française, il s’est avéré capital pour le président Déby. Les soldats français ont fourni bon nombre de renseignements déterminants sur l’avancée des rebelles. Fait avéré, le 2 février, l’armée française a défendu l’aéroport de N’Djamena, centre névralgique de l’armée tchadienne, contre les assauts répétés des rebelles. Un appui déterminant: en début de semaine, le chef de l’Etat tchadien annonçait avoir repris le contrôle, non seulement de la capitale, mais aussi de tout le pays.

Comment dès lors ne pas voir dans la possibilité d’une grâce dans l’affaire de l’Arche de Zoé une conséquence de cet appui? La question, sans réponse, mérite d’être posée. Interrogé dans La Croix, Philippe Hugon, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), estime que « la grâce des six membres de l’Arche de Zoé a certainement été négociée avant l’intervention de la France aux côtés de l’armée tchadienne« . Et d’ajouter: « Pour ce qui est du rôle de la France, il peut être perçu de nouveau comme post ou néocolonial. » En janvier, Jean-Marie Bockel, secrétaire d’Etat à la Coopération, disait vouloir « signer l’acte de décès » de la Françafrique et reprochait à Nicolas Sarkozy une rupture qui « tardait à venir« . L’épisode tchadien viendra sans aucun doute renforcer cette impression.


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