La France réaffirme son soutien à Déby – L’Humanité

Tchad . Le ministre français de la Défense, Hervé Morin, a été dépêché hier à N’Djamena.

Chassé-croisé sur le pont qui relie la capitale tchadienne, N’Djamena, à Kousseri, la ville camerounaise voisine. Mardi soir, dans un ultime effort pour convaincre d’une victoire inéluctable contre les rebelles, les autorités tchadiennes du président Idriss Déby ont appelé la population qui a fui jusqu’au Nigeria à « revenir immédiatement ». Pas convaincus, de nombreux habitants de la capitale continuent à rejoindre les vingt à trente mille civils qui, selon les estimations du Haut commissariat aux réfugiés, restent campés en deça de la frontière, dans des conditions qui alarment les humanitaires. La France a d’ailleurs affrété deux avions pour transporter quatre-vingts tonnes d’aide d’urgence, dont un premier doit partir aujourd’hui.

La Commission européenne, qui craint une « crise humanitaire grave au Tchad », a débloqué mardi soir deux millions d’euros pour venir en aide aux personnes déplacées suite aux combats de ces derniers jours. Et la Croix-Rouge, qui n’avait pas fini hier de collecter les cadavres en décomposition dans les rues, lançait un appel aux dons d’un million d’euros afin d’assister les réfugiés et de déployer une équipe médicale.

Au troisième jour de calme, des informations contradictoires continuaient de laisser planer une menace de nouvelle offensive sur la capitale tchadienne. À l’est, des militaires ont déclaré avoir repéré, venue du Soudan, une nouvelle colonne progressant « lentement » vers la capitale – information que le gouvernement tchadien a qualifiée de « propagande ». Et les rebelles disaient être toujours postés à quelques dizaines de kilomètres de N’Djamena, prêts à une nouvelle attaque, en dépit des menaces proférées à leur encontre par le gouvernement français.

« Nous sommes décidés à atteindre nos objectifs, quelle que soit la force étrangère qui intervient au Tchad, de France ou d’ailleurs. Si nous sommes attaqués, nous aurons le droit légitime de nous défendre », déclarait ainsi hier un porte-parole de l’alliance rebelle, Ali Ordjo Hemchi, réaffirmant qu’un cessez-le-feu ne serait possible qu’en cas de départ du président Déby. Une offre que le gouvernement tchadien avait prise de haut, la veille, déclarant la rébellion totalement défaite.

La France, qui ne cesse de réaffirmer, chaque jour plus haut, son soutien au président Déby, a confirmé l’avancée d’une colonne rebelle à 600 kilomètres de N’Djamena où elle a dépêché hier son ministre de la Défense, Hervé Morin, porteur d’un « message politique au président Déby de soutien et de volonté de la France que le Tchad conserve son intégrité ».

Le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, qui était de son côté entendu hier par la Commission parlementaire pour les Affaires étrangères, a cherché à lever tout doute sur le rôle pendant l’offensive rebelle de l’armée française en poste à N’Djamena. « En d’autres temps, la France serait intervenue et notamment aurait empêché certaines des colonnes rebelles d’atteindre N’Djamena, cette fois elle ne l’a pas fait et je m’en félicite », a indiqué, à l’issue de sa rencontre avec le ministre, le député UMP Axel Poniatowski qui préside la Commission, alors que les rebelles avaient précédemment accusé l’armée française d’être directement intervenue dans les combats.

Bernard Kouchner a par ailleurs insisté sur les intentions, à venir, de la France qui entend « protéger, peut-être maintenant de façon plus décisive, si le besoin s’en faisait sentir, le gouvernement légal ».

Anne Roy


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