Une analyse du coût après un mois d’intervention du Tchad contre Boko Haram

Les populations tchadiennes ont accompagné leurs enfants combattants, sous les you-you des femmes et les tambours du MPS, à traverser le Chari et se battre contre la nébuleuse Boko Haram. Les oppositions démocratique et radicale s’y étaient jointes. Seule la voie de tchadactuel a manqué. Et nous persistons à dire que c’est une folie que de vouloir protéger le Cameroun, la première puissance de la CEMAC et le Nigeria, une des premières puissances de l’Afrique. Puissances dans tous les domaines. Seul un autocrate fanfaron, avide de flatterie, des espèces sonnantes, au service des tiers, prêt à sacrifier ses propres citoyens pour conserver son pouvoir, pourrait avoir ces genres d’illusions.

Quel bilan pourrait-on tirer après un mois de présence tchadienne sur les sols nigérian et camerounais.

– Sur le plan humain, on ne saura jamais le bilan exact des pertes en vies humaines, dès lors que le régime commence à s’adonner à son jeu favori qui consiste à faire de la rétention et de la dissimulation de l’information (de la même manière qu’il l’avait faite en son temps en RDC), les morts et les disparus indéfiniment ignorés ; quant aux blessés, ils sont partout, dans tous les hôpitaux en allant du nord Cameroun jusqu’à Douala et Yaoundé. Les blessés tchadiens font légion, à l’hôpital militaire de N’Djamena, il n’y a plus de place.

Par ailleurs selon les informations du front, le moral des troupes est extrêmement bas et qu’il y a beaucoup de désertion ce qui expliquerait l’envoi des renforts presque quotidiennement. Contrairement aux informations erronées et mensongères d’une presse online pro régime, Boko Haram n’est pas du tout vaincu et il n’y a aucun signe qui atteste cela, moins encore des signes de reddition des commandos de BH. Tout cela semble être de la propagande gratuite destinée à cacher la triste réalité. Ce serait très difficile, voir impossible de vaincre BH qui est une secte diffuse dans la population ; BH n’est ni une armée régulière, ni une rébellion traditionnelle, c’est un truc ni tête ni queue, sans réelle organisation militaire, un cancer métastasé. Pire, la psychose commence à gagner la population de N’Djamena, des kamikazes de BH seraient dans l’imaginaire de tout le monde, partout et nulle part, cela donne l’occasion au régime de sévir sur la population civile.

Pour pousser le Tchad à sacrifier ses soldats encore et encore, on ne cesse de vanter à tout vent la bravoure légendaire du soldat tchadien, sa témérité et en fin le fait qu’il soit aguerri face aux aléas des combats, etc., autant des balivernes. Il n’y a pas des peuples qui naissent plus braves que d’autres ; c’est l’état qui détermine l’être et non le contraire, comme on veut nous le faire croire. Le seul avantage, d’autres diraient peut être inconvénient, des tchadiens dans ce cas précis, c’est qu’ils sont dans la guerre depuis 50 ans sans discontinuité. Si courage il y a ce serait certainement l’habitude aux bruits des armes, à la mort, aux effets atroces des combats. Mais face au BH, il y a un élément extrêmement important que les uns et les autres tentent de minimiser : le milieu naturel et humain dans lesquels se passent les opérations ne sont pas familiers aux tchadiens : terrains inconnus, populations inconnues, langues inconnues, etc. Et puis, les tchadiens ne sont pas habitués à des combats de position, des pilonnages à distance, des combats avec des kamikazes, etc., c’est pourquoi ce cliché de bravoure des tchadiens risque de s’effriter, tant le moral de la troupe serait très bas et nombreuses seraient les désertions.

Et puis, quelle honte pour un grand pays dirigé par un grand président général sultan : de partout on entend que les tchadiens sont pris en charge, qu’on leur octroie 50.000 litres de carburant par mois, que les blessés sont soignés gratuitement par les pays voisins, qu’on a octroyé des espèces sonnantes et trébuchante dans des containers au grand Chef, des appels incessants aux partenaires internationaux, etc. Tout cela fait désordre et ce n’est pas très glorieux.

Sur le plan matériel, ce serait littéralement, la casse ! N’Djamena est à bout de souffle, tous les accessoires pour soutenir les troupes déployées dans de différentes zones d’opérations manquent terriblement ; n’eut été l’appui tout azimut des occidentaux, le Tchad serait en rupture de stock !

– Sur le plan économique, la raison officielle de l’intervention étant la sauvegarde de nos intérêts, or c’est l’effet de boomerang qu’on observe. Désormais toutes les voies de communication avec le Nigeria sont hermétiquement fermées, idem pour le Cameroun à l’exception du trajet N’Gaoundéré-Moundou. Les prix des denrées de première nécessité commencent à flamber et bientôt le pays sera asphyxié économiquement. L’hécatombe des soldats tchadiens sur les différents fronts africains ont aussi servi à Deby de se débarrasser des lourdes et pénibles casseroles qu’il traine depuis longtemps. Mais depuis la dernière visite de Laurent Fabius au Tchad, on a ouvert une nouvelle perspective.

Comme tout le monde sait, le Tchad de Deby occupe la première place des hit-parades en corruption, en détournement, en mauvaise gestion, bref tous les vices de la mauvaise gouvernance. Alors les différents gouvernements sous la houlette de Général Président Sultan ont été tous incapables, et ce, pendant des années, d’atteindre le point d’achèvement de l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés qui donne la possibilité à un pays d’être éligible à une assistance concessionnelle de la part du FMI et de la Banque mondiale pour pouvoir faire face à un niveau d’endettement soutenable. Tous les pays de la CEMAC ont atteint ce point d’achèvement sauf un seul, le Tchad. On a entendu Laurent Fabius dire qu’il téléphonera à Christine Lagarde pour lui demander de fermer les yeux sur les vices économiques du régime de Deby et accorder au Tchad, sur le tapis vert, l’atteinte du point d’achèvement. C’est ce qu’on appelle en français facile la prime à la mauvaise gestion. Tant qu’on envoie les tchadiens servir de chair à canon et mourir à la place des «enfants de la patrie», c’est de la bonne gestion économique !

Le Tchad est dans le pétrin, il est dans un grand dilemme : se retirer c’est faire perdre la face à notre grand guide éclairé et partant démystifier notre grande armée. Mais continuer à rester c’est courir derrière des grandes pertes humaines, matérielles et économiques qui seront, sans nul doute, payés cash politiquement.

Prions Dieu que le Nigeria, post élections présidentielles, prenne toutes ses responsabilités et permette aux Tchadiens de se retirer la tête haute.

Mahamat Ahmat
N’djaména – Tchad


Commentaires sur facebook

3 Commentaires

  1. Mouctar

    je vous imagine dans un bureau climatisé et devant un ordinateur entrain de raconter des sottises.Il ya au jour d’aujourdhui 5 villes qui ont été reprises de  B.H meme si c avec beaucoup des morts.qu’est ce que vs croyez vs que les soldats  tchadiens ne sont pas des humains par consequent immortel? Regardez seulement le domaine d’elevage qui couvre 20% de notre économie nationale est completement aneanti a cause de B.H et vs osez dire qu’on reste bras croisé et regardez cela.soyez un peu objective le Tchad est un pays enclavé et quand le Cameroun ou le Nigeria ne sont pas en paix croyez moi que le Tchad ne sera jamais en paix.Avant que l’ennemi ne viennent pas vers vs il faut plutot aller a sa recherche et le detruire 

    • lokonon

      Je pense que c’est mieux d’etre prévoyant. Il vaut mieux ,mourrir pour la defense de cette cause. Vous ignorez le Danger que représente BOKO HARAM pour les africains. N’est pas cette ignorance qui coute cher au nigeria today?

  2. Gal

    N’ya t-il pas mieux à combattre actuellement, des personnes sans cœur et moral qui tirent sur les universitaires? la cherté de vie? la corruption, …que sais-je encore? Pourquoi ne deploie t-on pas la bonne volonté ou son courage tant chanté pour combattre tout ces maux? Nous croupissons derrière les autres pays et aujourd’hui on veut faire montre de panafricaniste, aider les autres…c’est vrai que la violence est dans le sang des tchadiens, combattre Boko haram avec un tel devouement montre combien l’on est ignorant et l’on veut soigner son image extérieur. Ce n’est nul part question de bravour (m’en moque ouais, bravour à la con), si l’on ferme les yeux et s’en fout de la situation interne de son pays, ce qui aurait été fait depuis des années, mais c’est maintenant que l’ignorant semble se reveiller, il n’ya rien à apprecier à ce regime, où était-il depuis? Il faut éduquer les tchadiens car l’analphabetisme est un réel BH qui gangrène le Tchad