Les inconnues militaires – Rfi

Le calme semble pour l’instant régner au Tchad, après les violents combats du week-end dernier pour le contrôle de la capitale.

Les forces gouvernementales affirment que les rebelles sont en déroute et repliés dans l’est du pays. Ce jeudi, le gouvernement tchadien a décidé d’instaurer un couvre-feu à Ndjamena et dans six provinces du centre et de l’est, « le temps de débusquer les ennemis rampants qui sont encore cachés », selon le Premier ministre Delwa Kassiré Coumakoye. Idriss Déby appelle au déploiement rapide de l’Eufor.

Les rebelles sont actuellement dans la préfecture du Guéra, autour des localités de Mongo et de Bitkine, à quelque 400 kilomètres à l’est de N’Djamena. Selon des sources militaires, quelques 200 pickups ont été repérés dans la région. Il y a en fait eu jonction entre les éléments qui se sont retirés de N’Djamena et les renforts qui sont arrivés de la frontière avec le Soudan.

Que font ces rebelles : sont-ils en débandade ou en train de se réorganiser ? Le gouvernement tchadien affirme pourchasser actuellement des hommes en fuite, et qui tentent de manière désorganisée de rejoindre la frontière avec le Soudan. Les rebelles, eux, disent qu’ils « contrôlent » les villes de Mongo et de Bitkine, mais aussi l’axe Ngama Bokoro. Ils disent avoir obtenu du carburant, des munitions et se préparer à affronter d’éventuelles forces qui viendraient les attaquer.

Selon le Comité International de la Croix Rouge, au moins 160 personnes ont été tuées et un millier ont été blessées au cours de la bataille pour le contrôle de la capitale tchadienne. Plusieurs opposants ont été arrêtés le week-end dernier, selon les organisations humanitaires. La Raddoh, Rencontre africaine des droits de l’homme, exige leur libération immédiate. Cette organisation non gouvernementale africaine de défense des droits de l’homme déplore, par ailleurs, l’attitude du Conseil de sécurité qui autorise les Etats membres de l’Onu à apporter leur soutien au président Idriss Déby. Alioune Tine, responsable de la Raddoh, y voit un geste de soutien « en faveur d’un président qui n’est pas un modèle de démocratie ».

Alioune Tine sur le soutien du Conseil de sécurité à Déby, Responsable de l’ONG la Raddho; la Rencontre africaine des droits de l’Homme: « Le soutien du Conseil de sécurité à Déby, n’est pas un bon exemple pour les démocraties africaines. Nous sommes fortement déçus ».

Plusieurs associations françaises, parmi lesquelles le Secours catholique, Survie et Action des Chrétiens contre la torture (Acat), ont demandé jeudi au gouvernement français « d’agir pour la libération immédiate des opposants tchadiens emprisonnés depuis dimanche ». Ces associations affirment également que la France « doit soutenir un processus de paix démocratique au Tchad » et cesser d’appuyer « inconditionnellement le régime contesté d’Idriss Deby ».

Antoine Malafosse, Délégué général du CCFD, le Comité catholique contre la faim et pour le développement: « La France a une responsabilité importante dans les événements de ces derniers jours… Nous demandons au gouvernement d’agir auprès du gouvernement tchadien pour obtenir la libération des opposants politiques et des militants des droits de l’homme qui ont été arrêtés… »

Le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner a appelé jeudi le président Deby à gouverner avec « tous les Tchadiens ».

Les réfugiés tchadiens commencent à rentrer chez eux. Au moins 35 000 tchadiens se sont réfugiés au Cameroun voisin, en raison des violentes confrontations du week-end dernier. Des hommes et des femmes qui tentent de survivre. Ils manquent de nourriture et d’eau potable et on craint maintenant une épidémie de choléra.

Reportage de réfugiés pris en charge par le HCR à Kousseri (nord Cameroun): « C’est une vraie catastrophe humanitaire, les gens sont dans le besoin, certains n’ont pas mangé depuis plusieurs repas. »

Le président français Nicolas Sarkozy envisage de se rendre au Tchad, à la fin du mois de février. Visite dans le cadre d’une tournée africaine qui devra le conduire en Angola et en Afrique du Sud, du 27 au 29 février.

Le Président tchadien a lancé jeudi matin un « appel solennel » à l’Union européenne pour un déploiement rapide de l’Eufor, la force européenne au Tchad et en Centrafrique pour protéger les réfugiés de la province soudanaise du Darfour.

Le déploiement des soldats européens a été stoppé à cause des combats du Tchad, mais il devrait reprendre en début de semaine prochaine selon un porte-parole de l’Eufor. Cette force comprend 3 700 hommes, dont plus de 2 000 français, et la Russie envisage aussi d’apporter des moyens, notamment des hélicoptères.

Le bémol autrichien

Selon un porte-parole de l’Eufor, le lieutenant-colonel Philippe de Cussac, les Européens espèrent pouvoir reprendre le déploiement de la force « dès le début de la semaine prochaine ». Mais un bémol est venu d’Autriche, où le chancelier Alfred Gusenbauer s’est interrogé sur le rôle de la France au Tchad, estimant que « si un des pays membres de l’Eufor prenait activement part aux combats en mettant des troupes à disposition d’une des parties, l’UE devrait reconsidérer l’engagement de l’Eufor ».

Dans son édition de vendredi, le quotidien La Croix écrit que des éléments du Commandement des opérations spéciales (Cos) français se sont impliqués dans les combats de Ndjamena le 2 février. Selon le journal, la France aurait aussi fait livrer des munitions par la Libye. Ces informations ont officiellement été démenties vendredi matin par le porte-parole du ministère de la Défense.


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