«Cadeau empoisonné pour la France» – Le Temps

TCHAD. Grâce possible pour l’Arche de Zoé.

Le président tchadien Idriss Déby Itno a affirmé jeudi qu’il était «prêt à pardonner» et à accorder rapidement la grâce aux six membres de l’Arche de Zoé, emprisonnés en France après avoir été condamnés au Tchad, si Paris lui en faisait la demande. Un couvre-feu a par ailleurs été décrété à N’Djamena et dans six provinces du centre et de l’est du pays, afin de «débusquer les ennemis rampants». Des rebelles tchadiens venus du Soudan sont en effet entrés samedi dans la capitale. Le point avec Roland Marchal, chercheur au Centre national de la recherche scientifique, à Paris, et spécialiste du Tchad.

Le Temps: Faut-il voir un lien entre la perspective d’une grâce des membres de l’Arche de Zoé et le soutien français à Idriss Déby pour mater la rébellion?

Roland Marchal: Je ne crois pas.

Il serait assez lamentable pour la France d’aller devant le Conseil de sécurité pour ensuite expliquer qu’elle a joué les mercenaires dans l’objectif d’une grâce pour l’équipe de l’Arche de Zoé. Le crédit politique du gouvernement est en chute libre, il ne va pas s’amuser à cela. D’autant que voir ces crétins irresponsables passer quelque temps en prison n’est pas très dérangeant.

– A quel jeu joue donc Idriss Déby?

– Il est en train d’éteindre le feu qu’il a lui-même allumé en accusant ces gens de pédophilie et de trafic d’organes. C’est un cadeau empoisonné pour les Français, qui passent maintenant pour des mercenaires.

– Quel était l’intérêt pour l’Hexagone de soutenir N’Djamena face à la rébellion?

– Le soutien français a été extrêmement actif, à l’intérieur même des combats et dans la coordination des opérations. C’est le produit d’une politique commencée sous Jacques Chirac. Il est difficile d’en sortir à partir du moment où Paris souhaite mettre en place la force européenne dans l’Est du Tchad.

– Quid de la situation sur le terrain?

– Déby n’est pas parvenu à reprendre le contrôle de tout le pays, mais il fait ce qu’il veut dans la capitale. Il en profite pour museler l’opposition, dont les principaux leaders ont été arrêtés dimanche.


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