Les Brèves de N’Djamena – L’éventuelle intervention des troupes tchadiennes au Yémen (suite).

Selon des sources concordantes en provenance du Palais, la demande saoudienne était très précise : au bas mot il leur faut 1000 fantassins ; l’équipement et la logistique sont intégralement à leur charge. Compte tenu de rumeurs non encourageantes qui circulent dans le milieu militaire à ce sujet ; le Sultan- comme il aimait le faire en pareilles circonstance a réuni ce week-end dernier ses officiers pour prendre le pouls de la situation et demander en même temps leurs avis.

Comme le temps n’est plus à l’obséquiosité, les officiers n’ont pas mâché leurs mots en rappelant les insuffisances des interventions précédentes (Mali, Nigeria). Ensuite ils ont posé des questions de fond, à savoir les pourquoi de cette intervention. Est-ce que le Tchad interviendrait si le Brésil ou le Cambodge en feraient la demande ? En définitive pour l’assistance, la seule intervention qui se justifie est celle effectuée à la demande des autorités des pays voisins. Il faut donc arrêter la « mercenarisation » de l’armée tchadienne d’autant plus qu’aucun prétexte politico-juridique ne justifierait cette demande d’intervention ; moins encore de prétexte militaire en prenant en compte le nombre des militaires dans les pays de la Ligue Arabe où l’Égypte et le Soudan seuls disposeraient plus de 1 200 000 militaires au bas mot !

Selon les mêmes sources, pendant toute la réunion Mr Deby n’a pipé aucun mot ; par contre il était resté religieusement muet en se contentant de distribuer la parole. Aux termes de plus deux heures de discussion, il a levé la séance en leur disant qu’il les a bien compris et qu’il prendrait en compte leurs avis. Quant aux officiers, ils avaient quitté les lieux avec un gout amer teinté des non-dits. D’abord le climat était crispé et ensuite ils étaient convaincus qu’ils ne sont pas arrivés à convaincre leur chef suprême.

Justement ils n’avaient pas eu tort. Le lendemain Mr Deby convoque ses proches (ministres et conseillers) pour demander quelle forme politico-juridique pourrait-on utiliser pour l’envoi des troupes au Yémen ? Une seule issue : Adhérer à la Ligue Arabe. Oui, depuis plus de 10 ans Mr Deby ne cesse de lorgner cette lucarne, mais il n’a pas osé franchir le Rubicon de peur de provoquer un tsunami au niveau national ; mais à présent tout indique qu’il va oser !  

Par ailleurs les officiers zaghawa et goranes ont clairement notifié au Sultan qu’il n’est pas question pour eux d’intervenir sous quelle forme que ce soit dans une région où il y a la mer entre eux le Tchad compte tenu des difficultés d’un éventuel repli.

Correspondance particulière – N’Djamena

 

 


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