Les Brèves de N’djaména : Goukouni Weddey, decoonecté de son fief

Lors du sommet du CEEAC à N’djaména le 25 mai 2015, l’ancien Président du Tchad, Mr Goukouny Weddeïmi, a été désigné comme médiateur dans le conflit des Grands Lacs. En soi c’est une bonne chose qu’un tchadien et du surcroît un ancien Chef d’Etat soit nommé à un poste sous- régional. En le proposant à ses paires la candidature de Mr Goukouny, Mr Deby règle en fait un problème qu’il a créé de toute pièce et que l’opinion tchadienne ignore complètement.

En effet, à la demande de certaines personnalités africaines, l’ex Président s’occupait du dossier de réconciliation entre les communautés Toubous et touareg. Comme on le savait, les Toubous occupent un espace géographique qui jouxte le Tchad, la Libye et le Niger ; tandis que les Touaregs se positionnent entre la Libye, le Niger, le Mali et l’Algérie. Si la coexistence est pacifique dans les autres contrées, ce n’est pas le cas entre les deux communautés qui vivent en voisinage dans la Libye post Kadhafi. C’est ainsi que l’ancien Président tchadien avait effectué deux visites entre Juin 2014 et Décembre 2014 à Qatar où il a eu des pourparlers au plus haut niveau pour une éventuelle rencontre intercommunautaire aux fins de sceller la réconciliation entre les frères ennemis. Malheureusement pour Mr Goukouny, malgré sa discrétion légendaire, l’Ambassadeur du Tchad à Doha a eu vent de son séjour et a informé immédiatement sa hiérarchie à N’djamena par un télégramme diplomatique datant du 24 décembre 2014.

Paniqué par la présence à Doha de Mr Goukouny, qui, entretemps, avait quitté l’Emirat pour Alger, le Sultan, qui n’avait pas beaucoup d’égards pour son aîné, lui envoie en catastrophe son avion personnel pour qu’il rentre aussitôt à N’djamena pour raison d’Etat ! Quand l’ex rentre à N’djamena, il trouve devant lui à sa grande surprise une délégation des notables Toubous arrivés à la demande de Mr Deby pour une rencontre de réconciliation avec les Touaregs, disent-ils ! Et il apprend à l’audience que le SULTAN lui accorde qu’il est nommé Président de la Commission chargée de réconciliation entre les Toubous et les Touaregs ; cette commission comprend entre autres Daoussa, Younousmi, Faki et le DG/ANS.

Pris dans le piège des manigances de Deby, l’ex rencontre ce dernier qui lui signifie tout de go qu’il n’est plus question de DOHA et que la réconciliation se fera ici à N’djamena sous sa houlette. Après cette première audience, les portes de la Présidences resteront fermées au nez de l’Ex qui avait tourné en rond avec ses notables pendant presque un mois sans savoir exactement quoi faire d’autant plus que les Touaregs avaient fait savoir que Deby est leur pire ennemi dans la zone donc il n‘est pas question de se rendre chez lui pour une quelconque réconciliation. Dépité l’Ex regagne Alger pour retrouver sa famille en écumant sa rage.

Pour le Sultan de Dar-Bilia, l’objectif est amplement et doublement atteint: Déconnecter l’EX du dossier Toubou-Touareg lequel dossier risque de prendre des dimensions régionales voire internationale, ce qui ferait rebondir la stature de l’EX. Dans la même volée on ferme la porte de Doha où on craint que l’EX fasse des rencontres non désirées.

Même si ses instincts pathologiques l’ont toujours poussé à l’humiliation gratuite de ses proches, le Sultan est trop intelligent pour se mettre sur le dos l’EX avec toute la bouillabaisse qui se perpétue au nord du Tchad ; en ce sens que le poste de Médiateur est la rançon de la consolation et un bon débarras.

Correspondance particulière


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