HISSENE HABRE : Le malade imaginaire ? – lepays

Ce n’est pas sain de trouver matière à ironie, lorsqu’un être humain dit avoir des soucis de santé. A défaut de pouvoir lui exprimer sa solidarité, on choisit de se taire, au risque de heurter la conscience humaine. Mais il est des moments où les circonstances laissent planer le doute sur la sincérité de certains malades, tant les hommes sont ondoyants et divers. En effet, l’ancien président tchadien, Hissène Habré, en exil au Sénégal, par la voix de ses avocats, dit avoir piqué un malaise cardiaque dans sa prison au cours de la semaine écoulée. Et du coup, la tension est montée d’un cran entre ses conseils et les chambres africaines extraordinaires. Car, pour les premiers, le directeur et le médecin de la prison auront réagi très tardivement, avant de faire appel à une équipe extérieure de cardiologues pour une intervention d’urgence. Vrai ou faux ? Difficile d’y répondre. Toujours est-il que le procureur a réclamé une enquête administrative et un rapport médical qui permettront non seulement de situer les responsabilités, mais aussi de dire si oui ou non Hissène Habré est malade. Mais en attendant les résultats de cette enquête, l’on peut se permettre quelques observations sur l’attitude de l’ex-président Habré. En effet, depuis le départ du président Abdoulaye Wade du palais présidentiel du Sénégal, Hissène Habré s’est retrouvé psychologiquement et physiquement diminué, pour avoir perdu un soutien de taille. Si fait que l’homme n’était pas à l’abri d’une déprime susceptible de le fragiliser, du haut de ses 73 piges. Auquel cas, il faut souhaiter un prompt rétablissement à Hissène Habré dont le procès s’ouvre en principe dans un peu plus d’un mois, entendez le 20 juillet prochain. C’est sans aucun doute la prière actuelle de tous les proches des victimes pour qui le temps, dans le cas d’espèce, est devenu un mauvais allié. Car, à l’allure où vont les choses, on n’est pas loin, toute proportion gardée, d’un procès post-mortem (touchons du bois). Et Dieu seul sait si c’est le souhait de Hissène Habré qui, selon toute vraisemblance, préférerait passer de vie à trépas que de vivre le déshonneur jusqu’au cachot. A contrario, en se disant victime d’un malaise, Hissène Habré peut croire qu’il a trouvé là un artifice pour se dérober à la justice des hommes.

On a l’impression que Hissène Habré refuse de s’assumer

On l’a vu déjà au Togo avec Loïch Le Floc Prigent, extradé en France parce que souffrant d’un « cancer de la peau en phase terminale ». Deux ans après, l’homme se la coule douce sur les bords de la Seine où il prend parfois du plaisir à pêcher la morue. Le seul prévenu annoncé malade qui a fait preuve de courage et de responsabilité, est Robert Bourgi qui, après son séjour médical à Paris, est revenu au Sénégal pour faciliter le déroulement du procès de Karim Wade. En tout cas, l’attitude même de Hissène Habré parle contre lui. Car, l’on se rappelle que l’homme, depuis toujours, a opté pour le mutisme comme stratégie de défense, chaque fois qu’il se retrouvait en face du juge. C’est à n’y rien comprendre dans la mesure où il avait là une occasion en or pour se défendre, étant donné qu’on l’accuse de tortures et de crimes sur près de 4 000 Tchadiens. Peut-être aurait-on pu croire en la bonne foi de Hissène Habré s’il s’était déclaré victime de surdité ou de laryngite aiguë et ce, à force de refuser de parler publiquement. Cela aurait été plus cohérent même si là aussi, on aurait pu trouver à redire.

Au fait, on a l’impression que Hissène Habré refuse de s’assumer, et pour cela, il a choisi de narguer tout le monde. Sinon, pour un homme qui est au crépuscule de sa vie, ce procès était une belle occasion pour lui de se racheter.

Boundi OUOBA


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1 commentaire

  1. Abou Harba

    Les Chambres africaines et le Sénégal ont l’obligation historique de faire l’impossible pour préserver la vie de cet homme, au moins jusqu’au matin du verdict final ! Il faut être non seulement Tchadien, mais né avant les années 1970-80 pour avoir une idée, même approximative, de l’étendu du mal que Habré a fait au Tchad. Il a institutionalisé les divisions ethniques et religieuses; il a banalisé la tuerie et dévalué le caractère sacré de la vie humaine en autorisant des nettoyages ethniques au cours desquels hommes, femmes, enfants, voire bébés sont morts qui n’avaient commis d’autre tort que d’appartenir à une certaine ethnie; il a érigé la délation et l’espionnage, portés jusque dans le noyau familial, en vertus politiques; il a hiérarchisé la société tchadienne en castes, avec au sommet de la pyramide son ethnie, arrogante et toute-puissante, regardant les autres de très, très haut, et tout une ramification d »intermédiaires » jusqu’au plus bas de l’édifice où se trouvait le gros des Tchadiens, devenus des citoyens de seconde zone au mieux, au pire des parias. Subséquemment, il a encouragé la paresse et le gain facile en ne faisant rien pour combattre l’idée, fort répandue dans son entourage ethnique, que le travail était réservé aux « inférieurs » cependant que tous les bénéfices devaient en revenir aux « seigneurs » (de guerre ?). Surtout, il a créé et nous a légué IDRISS DEBY, son bras droit, « l’exécuteur de ces oeuvres basses » – ah ça, Habré a bien assuré sa pérennité ! Et cela dure depuis son départ forcé il y a un quart de siècle, l’éleve ayant pris le relai du maitre – et, à bien des égards, ayant surpassé ce dernier ainsi que le veut la bonne vieille logique. Oui, vraiment, il faut tout faire pour que Habré assiste vivant à son procès. Et que Déby puisse lire dans son visage anéanti par la futilité un reflet de ce qui l’attend demain.