Dans l’est du Tchad, un "ouadi" jonché de cadavres – Reuters

Patrouille de soldats tchadiens près de Biltine, dans l`est du pays. A une quarantaine de km de là, les environs du village de Bobok ont été le théâtre durant le week-end d`un des engagements les plus importants de l`année entre l`armée régulière et les rebelles en lutte pour renverser le président tchadien Idriss Déby. /Photo prise le 11 décembre

BOBOK, Tchad (Reuters) – Des vautours décrivent des cercles au-dessus de dizaines de cadavres endécomposition et de véhicules militaires incendiés, dans le lit à sec d’un cours d’eau de l’est du Tchad. Partoutflotte une odeur de mort. Uniformes, chaussures de marche, boîtes de munitions vides jonchent le sol.

Du matériel de perfusion utilisé pour des combattants blessés pend encore des arbres, en se balançant dans labrise. Ce « ouadi » (lit de rivière asséché) proche du village de Bobok, à 40 km à l’est de Biltine, a été le théâtre,durant le week-end, d’un des engagements les plus importants de l’année entre l’armée régulière et les rebellesen lutte pour renverser le président tchadien Idriss Déby.

Les deux camps ont crié victoire après cet affrontement, le dernier en date d’un conflit que les belligérantsse livrent de manière sporadique dans les montagnes arides de l’Est.

« Ce fut violent, très violent« , raconte le maire de Biltine, Moussa Abdel Nabi, qui s’est rendu lundi sur lechamp de bataille en compagnie de journalistes. « Nous pouvions entendre les armes lourdes à 40 km d’ici, à Biltine« , ajoute-t-il.

Selon les rebelles comme selon l’armée, la bataille a commencé samedi à l’aube, lorsque trois colonnesgouvernementales ont attaqué des éléments rebelles qui passaient la nuit dans le ouadi bordé d’arbres. Leshommes de l’Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD) s’étaient retranchés dans le lit dela rivière après avoir abandonné Biltine, brièvement occupé jeudi.

Les combats ont duré cinq heures, les rebelles tirant parti du couvert de leurs retranchements pour riposter.Le chef de l’UFDD, l’ancien ministre tchadien de la Défense Mahamat Nouri qui est passé à la rébellion en maidernier, a déclaré à Reuters que l’armée régulière avait été mise en déroute.

Ses combattants, assure-t-il, ont tué 200 à 300 soldats tchadiens, et l’UFDD déplore la perte de 50 hommes.
Le gouvernement présente une version toute différente de la situation, en affirmant avoir perdu 30 hommes ettué plus de 100 rebelles. Les forces de la guérilla, assure N’Djamena, sont en fuite.

CADAVRES DE REBELLES OU DE SOLDATS ?

L’est du Tchad, où s’est produite la bataille du week-end dernier, est limitrophe de la région soudanaise du Darfour, en proie à une guerre civile depuis février 2003. Déby accuse le gouvernement soudanais de soutenir larébellion tchadienne, ainsi que les milices arabes djandjaouid qui lancent des raids transfrontaliers. Khartoumrejette ces accusations.

Selon le gouverneur de la région de Wadi Fira, Teguene Idebe Berde, qui accompagnait lui aussi lesjournalistes, les rebelles ont fui en direction d’Arada, à 60 km au nord.

Sur la vingtaine de corps retrouvés dans le ouadi – certains carbonisés et méconnaissables -, la plupartportaient des uniformes de l’armée tchadienne. Mais pour Berde, ce sont bien des rebelles, qui portent desuniformes saisis lorsque les forces de l’UFDD avaient attaqué Abéché, principale ville de l’est du Tchad, ennovembre.

« Nous savons qui est un rebelle et qui est un soldat gouvernemental. Nous étions déjà sur les lieux hier et nousavons rassemblé et enterré tous nos morts », dit-il.

Parmi les vestiges de feux de camps sous les acacias et parmi les broussailles du ouadi sont éparpillés deseffets personnels: des cartes à jouer, des carnets portant des notes en écriture arabe, des boîtes de conservevides, des tongs.

Dans les profondeurs du ouadi, les soldats montrent aux journalistes où les rebelles ont enterré leurs morts:13 tertres funéraires de sable signalés par des morceaux de bois et de métal.

On ne connaîtra vraisemblablement jamais le bilan exact de cette bataille. Des coopérants humanitairestravaillant à Abéché, plus au sud, où ont été transférés des blessés de l’armée régulière, parlent d’un « carnage ».Un témoin raconte avoir vu deux pick-up bondés de soldats blessés attendant, devant l’hôpital de la ville, depouvoir être soignés.

Au moins 45 soldats grièvement blessés ont par ailleurs été évacués vers la capitale, N’Djamena.

Stephanie Hancock


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