Le Tchad expulse sans ménagement un journaliste de RFI – Le Monde

Interpellé à son hôtel de N’Djamena, la capitale du Tchad, l’envoyé spécial de Radio France internationale (RFI) Laurent Correau a été expulsé du pays dans la soirée de mardi 23 juin, comme l’a rapporté mercredi la radio sur son site Internet. Lors de l’interpellation, Laurent Correau et Reed Brody, porte-parole de l’organisation non gouvernementale internationale Human Rights Watch, qui l’accompagnait, ont été giflés, rapporte RFI.

Des témoignages cités par RFI évoquent deux hommes se présentant comme des « agents de la police des airs et des frontières » venus signifier au journaliste « son expulsion du territoire tchadien ». Il est alors 22 heures et Laurent Correau dîne avec Reed Brody à son hôtel. Les deux agents n’auraient fourni ni « explication ni document officiel ».

Alors que l’envoyé spécial essayait d’en savoir plus en passant plusieurs appels téléphoniques, les deux hommes se sont impatientés, ont montré un badge, avant que le ton monte. « Reed Brody est giflé, Laurent Correau aussi », d’après RFI. Dans la foulée, Laurent Correau a été conduit à l’aéroport de N’Djamena. Il a pris place à bord d’un avion d’Air France à destination de Paris qui a décollé à minuit.

Le journaliste était au Tchad depuis le 18 juin pour une série de reportages consacrée au procès d’Hissène Habré, qui s’ouvre le 20 juillet à Dakar. L’ancien président du Tchad comparaît pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre et crimes de torture. Mercredi matin, Laurent Correau a expliqué sur les ondes de RFI qu’il avait « effectué les procédures habituelles d’enregistrement » auprès des autorités, qui lui avaient « clairement indiqué » qu’il pouvait se mettre au travail « en attendant le document officiel ».
« Aucun motif n’a pour l’heure été invoqué »

Présente à l’aéroport au moment de l’expulsion, l’ambassadrice de France au Tchad n’a pas été autorisée à parler au journaliste avant le décollage de l’avion. La direction de RFI, qui « s’indigne et proteste », dit qu’« aucun motif n’a pour l’heure été invoqué » pour justifier cette expulsion. Les représentants de la Société des journalistes (SDJ) de RFI ont également réagi dans un communiqué.

Contactée par le journal Libération, une source qui connaît bien le fonctionnement du pouvoir tchadien parle d’un message envoyé à la France.

« On se fout de votre ambassadrice comme de la liberté de la presse. On fait ce qu’on veut. Y compris virer sans aucun document officiel et gifler au passage un journaliste de RFI. Car nous vous sommes, à vous Français, indispensables dans la lutte contre Boko Haram et pour la stabilité de la zone Afrique centrale. Attention à ce que vous allez écrire vous les journalistes français la prochaine fois, car si ça nous déplaît, on vous expulsera comme le gars de RFI. »


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2 Commentaires

  1. Doumla Laurent Hibra

    La souveraineté d’un Etat n’est pas à confondre avec les libertés fondamentales. Quelle que soit la faute commise, la sagesse aurait voulu qu’un acte administratif en bon et du forme soit établi pour convoquer régulièrement le journaliste en lui offrant les droits à sa défense que de l’expulser manu militari. Cette manière de faire vient une fois de plus couronner notre mauvaise appréciation des acquis démocratiques et les règles élémentaires des droits fondamentaux.

  2. Abdou

    Je viens de lire sur le site afrik.com que M. Philippe Baumel, député socialiste français réclame des explications/excuses de la part du Tchad sur l’expulsion inamicale et brutale de M. Laurent Correau pour au moins deux raisons: 1) avoir maltraité M. Correau en présence de M. Reed Broody, Directeur pour l’Afrique de l’organisation Human Rights Watch (HRW) ; et 2) avoir négligé l’intervention de dame Evelyne Decorps, ambassadrice de la France au Tchad. Cela m’a fait rigoler. L’honorable Baumel attendra son baume pendant un siècle. Des militaires aussi analphabètes que ma grand-mère (qui ont giflé les deux toubabs) sont-ils même au courant de l’existence d’un surveillant des droits de de l’homme à HRW qui s’appelle Broody ?  De M. Broody ils diront « Hou da yatou, hawane da? ». Entendez, qui est-il ce solopard? Et ils pensent que M. Correau ne vaut peut-être qu’un koro de… Et de la dame ils diront « Hi da mara sakit », entendez : ce n’est qu’une simple femme. Si les Français ne le savent pas, c’est exactement ce que les Tchadiens vivent depuis un quart de siècle. Je dirais même plus de trente ans si on ajoute une certaine période sombre de l’histoire tchadienne. Les occidentaux viennent de l’apprendre à leur dépends. Faut-il en rire ou pleurer ?