Affaire Laurent Correau : « Le Tchad doit des explications sans délai à la France » – Afrik

L’expulsion de N’Djamena, capitale tchadienne, de Laurent Correau, journaliste de RFI, mardi 23 juin, dans la soirée, par des hommes supposés appartenir à la Police des airs et des Frontières (PAF), suscite des réactions en France. Un député français réclame des explications du Tchad, sans délai.

Laurent Correau a été expulsé, mardi 23 juin 2015, de la capitale tchadienne par des agents de renseignements et de la sécurité tchadiens mandatés à un niveau élevé de la hiérarchie de l’Etat. Ce, après avoir été giflé en présence du défenseur des droits de l’Homme Reed Broody, directeur pour l’Afrique de l’organisation Human Rights Watch. Ces conditions violentes et brutales d’expulsion du journaliste français ont suscité indignation et diverses réactions.

Selon le ministre tchadien de la Communication, Hassan Sylla Bakari, le journaliste français n’avait pas reçu une accréditation écrite avant de commencer à travailler même s’il est entré légalement. Ce qui explique son expulsion du pays. « Faux », rétorque, Laurent Correau qui affirme avoir reçu une autorisation verbale. Argument jugé juridiquement léger par les autorités tchadiennes qui ont fini par l’expulser manu militari.

En France, des voix se sont levées pour protester et réclamer du Tchad des explications. C’est le cas notamment Philippe Baumel, député socialiste de Saône-et-Loire, membre de la commission des Affaires étrangères dont la position est sans appel. « J’ai appris que le gouvernement avait demandé des explications au gouvernement tchadien. Mais de toute façon, on ne peut pas justifier de l’expulsion ex abrupto sans explication d’un journaliste qui ne fait que faire son travail et qui doit le faire en toute liberté ou alors il faut lui opposer de réels motifs ».

L’ambassadrice de France ignorée

Cette expulsion du journaliste français Laurent Correau s’est faite devant Evelyne Decorps, ambassadrice de France au Tchad. Elle a été empêchée par les agents de savoir ce qui s’est passé. Mais pour le député socialiste, il faut qu’elle soit aussi reçue. « Il faut accepter aussi de recevoir l’ambassadrice qui est venue à sa rencontre pour essayer d’avoir des explications. L’ambassadrice de France n’a été écoutée par personne. Donc là, il y a quelque chose d’inacceptable qui s’est produit à plusieurs niveaux. En matière de la liberté de la presse mais aussi en ce qui concerne des relations entre les deux pays ».

Le Tchad doit des explications à la France

« Sincèrement, avec le Tchad, nous sommes alliés notamment sur la lutte contre Boko-Haram et la lutte contre les extrémistes en général. Donc aujourd’hui, voir le Tchad se refermer de cette façon là, ça pose au moins de grosses interrogations. Il faut qu’on obtienne ces explications. Si on ne les obtenait pas dans un délai rapide à ce moment, cela, je pense, aura des conséquences sur les relations bilatérales », lance Philippe Baumel, auteur d’un rapport parlementaire sur la politique africaine de la France.

L’arrivée de François Hollande au pouvoir en France avait suscité un espoir chez les forces démocratiques de l’opposition au Tchad. Mais depuis l’alliance entre la France et le Tchad dans le cadre de la lutte contre le terrorisme au Sahel, les revendications démocratiques de l’opposition tchadienne ne sont plus les préoccupations de Paris. Pour souvent éviter de heurter le Président tchadien, les autorités françaises sont accusées de faire table rase des reproches sensibles sur le Tchad. A l’instar de l’affaire de l’opposant emblématique tchadien, Ibni Oumar Mahamat Saleh, assassiné en 2008, alors que les éléments de la garde présidentielle d’Idriss Deby sont pointés du doigt dans ce meurtre .

A l’époque, l’Assemblée nationale française avait adopté une résolution pour la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire qui devrait se rendre au Tchad. Sans suite. Au Tchad, il se susurrait que la procédure avait été bloquée du fait qu’Idriss Deby s’y était opposé. Et que la France ne pouvait que « se taire devant la volonté de l’allié tchadien ».

Cette fois-ci, sans explications du Tchad dans l’affaire de l’institution française, RFI, représentée par son Envoyé spécial Laurent Correau, tabassé avant d’être expulsé manu militari, que va-t-il advenir entre Paris et N’Djamena ?


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1 commentaire

  1. Abou Harba

    Réponse à la question: « RIEN ». Du moins dans l’immédiat. Tous les dictateurs du monde se ressemblent comme autant de gouttes d’eau (à quelques infimes nuances près), et tous ressemblent à la maitresse qui a su se rendre indispensable à son amant. Le jour ou elle prend clairement la mesure de son emprise sur lui, ses caprices ne connaissent plus de bornes ! On l’a presque oublié, mais ce fut exactement pareil avec Hissène Habré (le maitre à penser de l’autre) du temps de sa splendeur. Paris et Washington n’avaient plus d’yeux que pour lui à la suite des revers qu’il infligea à la soldatesque de Khadafi. Que, dans le même temps, lui et son chef d’état-major (un certain Déby) s’adonnaient à des planifications macabres d’exterminations ethniques sur le front intérieur n’intéressait personne – et passa donc largement inapeçu ! Le travail qu’effectuent quotidiennement, chacun dans son domaine, aussi bien Laurent Correau que Reed Brody, impose le respect. Le comportement d’un autre age dont ils ont été victimes est bien entendu inadmissible. Par contre, à contempler ce déploiement d’émoi par la France officielle, l’on ne peut s’empêcher de sourire un peu (car grincer des dents ne serait pas tres courtois)… C’est fou ce qu’une pair de giffles appliquées sur la « bonne joue » peut susciter comme réactions ! Le Tchadien Lambda ne peut que souhaiter la tenue d’un sommet de La Baule 2 – et une gaffe de Déby similaire à celle commise par Habré (et qui, de l’avis général, signa l’arret de mort politique de ce dernier en marquant sa disgrace vis à vis de l’hote du jour)… Gageons toutefois que rien de tel ne se produira cette fois, car l’Histoire ne se répete pas – n’est-ce pas ?