«L’orpaillage au Tchad : une histoire abracadabrantesque »

En quelques jours plus d’une douzaine de morts essentiellement d’orpailleurs zaghawa et habitants de Miski (région du Borkou aux confins du Tibesti).

Tout est parti, il y a deux ans de cela, quand des gisements alluvionnaires d’or furent découverts dans les zones sahariennes du Tchad, du Niger et de l’Algérie. Ce fut la ruée vers l’or. Individuellement ou en groupes, et de toutes les régions du Tchad, des orpailleurs amateurs accoururent vers la recherche de l’or. Plusieurs périrent dans le désert, certains sont rentrés bredouilles et complètement ruinés parce que, avant de partir, ils ont bradés leurs biens car qu’ils étaient sûrs de trouver l’or, beaucoup d’or. Quelques rares chanceux sont quand-même devenus très riches pour avoir ramené à N’Djamena quelques kilogrammes d’or.

Pourquoi tant de morts à Miski ? Selon différentes sources, des orpailleurs rentraient définitivement chez eux avec leur moisson quand des autochtones de Miski leur ont tendu une embuscade. Ces orpailleurs, étant pour la plus part des anciens militaires (déflatés, radiés, retraités, etc) qui savent manipuler des armes et qui en possèdent, ils se sont battus contre les assaillants, résultant beaucoup de morts des deux côtés.

Au Tchad, rien ne se fait comme ailleurs dans le monde. Deby a détricoté toute l’administration et veut régenter seul tout en s’accaparant de toutes les richesses nationales au profit exclusif de sa personne, de celui de sa famille et de son clan. Et les morts de Miski en sont la parfaite illustration.

Au lieu d’édicter des nouvelles règles ou tout simplement appliquer celles qui existent (à Pala par exemple) : l’état perçoit ses taxes, la région en profite également et les orpailleurs gagnent, à la sueur de leur front ce qu’ils pourraient trouver ; Deby décréta de manière illégale l’interdiction de l’orpaillage. Ce faisant, il voulait deux choses:

  • Les orpailleurs, anciens militaires , restent son armée de réserve pour les vendre en les envoyant mourir dans les différents champs de bataille, comme des mercenaires, contre des sonnantes et trébuchantes. Il n’est pas question qu’ils s’émancipent financièrement et refuseraient de répondre à son éventuel rappel des troupes.
  • L’or de Miski doit lui revenir à lui, à sa famille et à son clan.

Aussitôt l’interdiction annoncée, on procéda à l’arrestation des hommes, la destruction de leur matériel de travail, la confiscation de leurs biens (or extrait). Ces opérations complètement illégales ont été personnellement supervisées par le Sultan Président Deby.

Certains orpailleurs se réfugièrent en Algérie où les forces de l’ordre les décimèrent. Ceux qui sont partis au Niger poursuivre la ruée de l’or ont été éconduits. Le Gouvernement Tchadien a fait des pressions sur celui du Niger pour les chasser.

Après avoir militairement pourchassé les orpailleurs de la région, IDI a fait occuper les lieux par les membres de sa propre famille. La partie la plus potentiellement riche de Miski est aujourd’hui exploitée par une entreprise américaine ( ?) inconnue du registre fiscal tchadien, entreprise introduite par son beau-fils.

Chassés du Niger et de l’Algérie, les orpailleurs, souvent armés, sont revenus en force réinvestir les alentours de Miski, évitant de s’approcher du centre occupé par le clan d’IDI et son entreprise américaine.

Très remonté contre le retour forcé de ces orpailleurs, Deby trouva autre chose : pousser les autochtones à faire le sale boulot à sa place : chasser ces orpailleurs en les traitant d’«étrangers» et en arrachant leurs butins. Pour y parvenir, il fournit armes et munitions aux autochtones et les y encouragea.

Aussi étrange que cela puisse paraitre Deby est en train de faire la guerre à des zaghawa qui certes ne sont pas membres de sa famille ou de son clan. Ces zaghawa, anciens militaires, qui veulent s’émanciper financièrement en devenant orpailleurs !
L’idée du Sultan Président est simple à comprendre : les hommes sont ses sujets, les ressources du pays son bien personnel !

Correspondance particulière
N’djaména – Tchad


Commentaires sur facebook