CAE : Après avoir réquisitionné et commis d’office trois avocats – Le Temoin

La « petite » défense d’Habré plaidera-t-elle dans le vent ?

Si le procès de l’ancien président tchadien Hissène Habré est qualifié d’historique, force est en tout cas de reconnaître le décor de rarissime. Car c’est la première dans l’histoire d’une Cour d’assises au Sénégal, fut-elle une Cour africaine, qu’un accusé refuse de comparaitre. Pire, l’accusé, à savoir Hissène Habré, a entrainé dans sa logique tous ses avocats. Il s’agit d’une situation inédite, mais admise sous certaines conditions par le Code de procédure pénale. Parce que, dans de pareils cas, ce Code donne au président de la Cour le pouvoir d’ordonner la comparution de l’accusé, au besoin par la force. « Si l’accusé refuse de comparaître, sommation lui est faite au nom de la loi  » afin qu’il comparaisse. Un huissier doit rendre compte sur procès verbal de la sommation et de la réponse de l’accusé. « Si l’accusé n’obtempère pas à la sommation, le président peut ordonner qu’il soit amené par la force devant la Cour » nous explique un avocat sénégalais ayant suivi l’ouverture du procès d’Habré. Dans l’hypothèse où l’accusé serait obligé de comparaître et où il troublerait les débats de la Cour comme ce fut le cas d’avant-hier, le président ordonne son expulsion de la salle d’audience. Dans ce cas, il est gardé par la force publique, jusqu’à la fin des débats, à la disposition de la Cour. L’accusé peut être gardé n’importe où, dans une salle du tribunal par exemple. D’ailleurs, c’est ce qui s’est passé puisqu’une fois expulsé, Hissène Habré a été retenu dans une pièce du palais de justice jusqu’à la fin de l’audience avant d’être reconduit à la prison. Et hier, lors de la deuxième journée de l’audience, le président Hissène Habré n’a pas perturbé l’audience contrairement à ce qui s’était passé lors de la cérémonie d’ouverture. Seulement, l’accusé a opté pour une autre stratégie, celle de la sagesse et du silence. Un silence de dépit et de défi tout à la fois ! Pour montrer sa détermination du fond de son box, Hissène Habré cherchait du regard la moindre présence de ses avocats ou ex-conseils pour les chasser de la salle. Comme quoi, pour la défense, il n’en veut plus ! Face à cette situation, le président Gberdao Gustave Kam a requisitionné et commis d’office trois avocats pour combler le vide. Il s’agit de Mes Mbaye Sène, Mounir Ballal et Abdou Nging. Elle leur a donné 45 jours pour étudier le dossier de leur « client ». Ce qui entraîne automatiquement l’ajournement du procès jusqu’au 7 septembre prochain. Un vrai plan « B » ! Mais même à cette date, c’est-à-dire à la reprise, le président Habré ne changera guère de position. Il l’aurait fait savoir hier à ses parents qui lui ont rendu visite dès son retour du Palais de Justice. Cela nous pousse à dire que les avocats commis pour M. Hissène Habré à savoir Mes Mbaye Sène, Mounir Ballal et Abdou Nging risquent de plaider dans…le vent ! Et dans ce cas, le président Gberdao Gustave Kamo va, sans doute, dérouler son plan « C » pour en finir avec Habré…

PAPE NDIAYE
« Le Témoin » quotidien sénégalais

 

 


Commentaires sur facebook

1 commentaire

  1. Abou Harba

    Subterfuges grotesques qui ne feront, au mieux, que retarder légèrement l’inévitable verdict final. Car pour Habre, les carottes furent cuites à point le jour ou le nouveau président-élu du Sénégal se déclara favorable à son jugement en territoire sénégalais. Il le sait très bien mais, pour un homme qui avait fini par se prendre pour une espèce de dieu, il n’est évidemment pas question de se laisser faire comme un agneau, sans livrer une dernière bataille – si risible, si futile, si peu glorifiante soit-elle… Celui qui ordonnait à tour de bras le massacre de Tchadiens innocents et ne dédaignait jamais à l’occasion, nous apprend-on de toutes parts, de retrousser les manches et de descendre personnellement dans l’arène pour abattre la besogne de ses propres mains (est-on jamais mieux servi que par soi-même !) a toutes les peines du monde à se faire à une réalité simple et implacable : QUE L’HISTOIRE VIENT DE LE RATTRAPER ! En cela il participe d’une logique dictatoriale universelle – celle de se croire invincible, indispensable et… innocent. Jusqu’à la tombe (généralement creusée en terre étrangère). L’histoire de l’Afrique d’hier et d’aujourd’hui regorge de spécimens de cette espèce jamais menacée d’extinction !