Habré maintient son boycott, le barreau face à un dilemme – sudonline

En perspective de la reprise de son procès ce jour, lundi 7 septembre, Hissein Habré a pris sa décision. L’ancien président Tchadien maintient sa «stratégie de défense qui consiste à un refus de participer (à l’audience, ndlr) faute d’un procès équitable». Aussi, le président Habré a confirmé que ses seuls maîtres Ibrahima Diawara et François Serres sont ses conseils. Par contre, il a récusé les avocats commis d’office par les Chambres africaines qu’il a d’ailleurs tout simplement éconduits. Ce qui met le barreau face à un dilemme.

Le procès de l’ancien président Tchadien, Hissein Habré, suspendu le 21 juillet dernier, reprend ce jour, lundi 7 septembre, dans la salle 4 du Palais de Justice Lat Dior de Dakar, à partir de 9h. Seulement, la commission d’office d’avocats pour défendre le président Habré, qui a valu cette suspension du procès dès le lendemain de son démarrage le lundi 20 juillet, le temps que ces conseils prennent connaissance du dossier, ne semble non seulement pas régler le problème mais aussi cela met la justice, précisément le barreau devant un grand dilemme.

En effet, l’ancien président Tchadien, qui maintient sa stratégie de défense, ne reconnait pas les avocats commis par la Chambre africaine extraordinaire d’assises. Pis il a éconduit ces derniers qui ont tenté de le rencontrer. «La stratégie de défense qui consiste à un refus de participer (à l’audience, ndlr) faute d’un procès équitable est maintenue. Le président Habré a confirmé que ses seuls avocats sont maîtres Ibrahima Diawara et François Serres. En fin, il a récusé les avocats commis d’office qu’il a refusé de rencontrer», a précisé Me Ibrahima Diawara, joint au téléphone hier, dimanche.

Déjà, dans l’édition de Sud Quotidien de samedi 5 – dimanche 6 septembre, Me Ibrahima Diawara, interpellé sur la participation de son client aux procès de ce lundi, déclarait: «la question n’est pas encore réglée avec notre client, Hissein Habré. D’ici lundi cette question fera l’objet d’une décision. J’attends mon confrère (Me François Serres) qui doit revenir ce week-end et on verra un peu ce qu’on va décider. C’est une décision qui appartient au client. Il y a des éléments nouveaux dans l’affaire. On va en discuter, mais une décision sera prise avant lundi». Donc la décision c’est que le président Habré maintient sa stratégie de défense adoptée jusque-là, confirme ses deux conseils tout en récusant les avocats commis d’office par les Chambres africaines.

Dès lors, ne s’achemine-t-on pas à nouveau vers autre blocage dans ce procès ? Le tribunal et le barreau parviendront-ils à trouver réponses aux nombreuses questions soulevées par le bâtonnier de l’Ordre des avocats, Me Amath Ba, vendredi dernier lors de la cérémonie de prestation serment de nouvelles robes noires, à savoir: «est-ce qu’il est possible de commettre des avocats pour quelqu’un qui a déjà choisi ses propres avocats ? La deuxième question importante est de savoir est-ce qu’il est possible de défendre quelqu’un qui dit que je ne souhaite pas que vous me défendez ?», s’est-il demandé.

Les avocats «des CAE» face à leurs consciences

Et Me Ba de reconnaitre que «cette question est difficile. Hissein Habré s’était choisi des avocats. Mais ces derniers ne sont pas venus confirmer ou réitérer leur constitution devant la juridiction de jugement. Les Chambres africaines extraordinaires constatant cela ont décidé de commettre d’office des avocats pour Hissein Habré». Et si la justice venait à «imposer» ces avocats commis d’office, les plaidoiries de ces derniers engageraient-elles leur client ? Bref, du point de vue de la morale, de l’éthique et de la déontologie, peut-on défendre un client contre sa volonté ? Autant d’interrogations qui ne manqueront pas ressurgir à la reprise de l’audience.

Ouvert le lundi 20 juillet au Palais de justice Lat Dior, le procès de Hissein Habré a été renvoyé dès le lendemain pour 45 jours à cause de blocage. Le président des Chambres africaines extraordinaires d’assises, Gberdao Gustave Kam, qui avait commis des avocats d’office pour l’ancien président tchadien a reporté le procès à ce lundi 7 septembre pour permettre aux nouvelles recrues de s’imprégner du dossier. Comme stratégie de défense, Hissein Habré qui ne reconnait pas les Chambres africaines extraordinaires (CAE) a intimé l’ordre à ses avocats de ne pas comparaître à l’audience.

Si le calendrier retenu par les CAE est respecté, Hissein Habré sera fixé sur son sort le mercredi 28 octobre 2015, informe un communiqué de la Cellule de communication des CAE. Selon le texte, ce lundi matin 7 septembre, l’audience démarrera par la lecture de l’ordonnance de renvoi. Les jours suivants seront consacrés, entre autres, aux témoignages des victimes, la présentation des résultats des recherches des experts sur les centres de détention et les plaidoiries des avocats.


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