L’ex-président du Tchad Hissène Habré retourne de force dans le box des accusés – Le Monde

habre-dakIl était inutile de chercher une quelconque lueur de compassion dans le regard qu’Haoua Brahim Faradj lançait à l’accusé Hissène Habré. A quelques mètres d’elle, l’homme de 73 ans semblait pourtant à la peine. Il gigotait, se débattait vainement, étouffant presque entre les bras des trois molosses cagoulés qui l’immobilisaient, à moitié couchés sur lui pour le forcer à comparaître sagement devant ses juges. Un sentiment de malaise parcourut brièvement la salle d’audience.

Mais cette lutte très inégale et relativement brève, c’était bien peu de chose pour Haoua Brahim Faradj. Pas de quoi émouvoir celle qui avait été arrêtée arbitrairement à l’âge de 13 ans par les sbires de l’ancien président tchadien, puis réduite pendant trois années à l’état d’esclave sexuelle pour des militaires. Haoua est une victime parmi des dizaines de milliers d’autres au nom desquelles Hissène Habré est jugé à Dakar pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre et de torture commis lorsqu’il régnait en maître sur le Tchad de 1982 à 1990.

habre-vicLundi 7 septembre, il fallut en effet user de la force pour, tout d’abord, contraindre l’accusé de sortir de sa cellule et de se rendre au tribunal. Puis, c’est porté comme un colis par des gendarmes bodybuildés qu’il fut plaqué sur un fauteuil, face à ses juges, pour écouter la lecture des 190 pages de l’acte d’accusation.

Le procès devant les Chambres africaines extraordinaires (CAE), un tribunal ad hoc constitué pour juger les actes commis lorsqu’il dirigeait le Tchad, avant son exil dakarois, avait été suspendu le 21 juillet, après seulement deux jours d’audience, en raison du refus de l’accusé d’y participer devant un tribunal qu’il qualifie d’« illégal et illégitime ».

Hissène Habré, qui avait déjà boudé l’instruction, avait alors ordonné à ses avocats de boycotter les audiences, obligeant le président des CAE à commettre d’office d’autres défenseurs chargés d’assister l’accusé. La chambre avait alors accordé aux nouveaux avocats un délai de quarante-cinq jours pour prendre connaissance du dossier. Ce qui était à la fois court pour maîtriser le résultat de quinze années d’instruction en Belgique puis au Tchad, et bien long car fort peu utile, sachant que l’accusé refuse de coopérer. « Nous sommes allés le voir à la prison, mais il a refusé de nous rencontrer », confie Mounir Ballal, l’un des trois avocats commis d’office. Et pour que les choses soient claires, les premiers mots d’Hissène Habré, lundi, furent à leur adresse. « Dégagez ! Dégagez ! » leur a-t-il lancé d’un air mauvais.

Ensuite, l’ancien guerrier du désert n’eut plus vraiment l’occasion de troubler l’audience. Ses quelques gesticulations furent rapidement maîtrisées par ses gardiens, ses injonctions, ses « taisez-vous ! » lancés au président des Chambres, le Burkinabé Gberdao Gustave Kam, se firent murmures, pour finalement s’éteindre, de guerre lasse. Une poignée de ses supporteurs, qui tentèrent de se faire entendre aux cris de « vive le président Habré », « vive le Tchad libre, à bas l’impérialisme », furent rapidement expulsés de la salle manu militari.

Bientôt, il n’y eut plus face aux juges qu’une silhouette frêle enveloppée dans un boubou blanc, le visage à moitié caché par un turban et des lunettes de soleil, parfaitement immobile. Rien ne vint plus le troubler, extérieurement en tout cas.

Pas même l’énumération par deux greffiers à la voix monocorde de toute la liste des abominations qu’on lui attribue, à lui, à son régime et à sa police politique – la sinistre Direction de la documentation et de la sécurité (DDS) : détention arbitraire dans des prisons parfois secrètes transformées en mouroirs, exécutions sommaires, vagues d’arrestations massives, tortures systématiques… « Avec Hissène Habré, même une mouche ne peut être écrasée sans son ordre », témoigne un ancien agent de la DDS cité dans le document. Une estimation évalue à 40 000 le nombre de victimes des années Habré.

A la sortie de cette première audience de reprise, Haoua Brahim Faradj affichait sa satisfaction, celle d’avoir enfin aperçu le visage de celui qu’elle considère comme son tortionnaire, et surtout l’espoir que l’accusé ne pourra plus échapper à la confrontation avec ses victimes. « J’ai été soulagée quand j’ai vu qu’il a été amené comme un enfant. Aujourd’hui, il est diminué, s’est-elle félicitée. Je vais enfin pouvoir parler devant Habré. » Elle témoignera, comme des dizaines d’autres personnes, dans les prochaines semaines. Il est prévu que le procès s’achève à la fin du mois d’octobre.


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3 Commentaires

  1. idriss

    vive ceux qui ont fièrement et dignement servi leur nation sans ignorance ni egoisme et vive le Tchad

  2. L’histoire est têtue. Ainsi, le « Lion de l’U.N.I.R » ne peut plus rugir. Il est devenu un simple guignol devant le monde entier. Ses sombres amibitions, bien garnies de barbaries sont enterrées à jamais. Bonne leçon pour nous qui survivons encore.

    • abdel nasser

      pensez bien a deby ,un homme qui n,est pas exemplaire un chef d;etat voyou ya pas comme hisseine habré ,regardez ou est ce qu,ont n,est rendu maintenant