La France soutient le président Déby face aux rebelles tchadiens – Reuters

La France a apporté mardi son soutien au président tchadien Idriss Déby en indiquant qu’elle pourrait intervenir contre les rebelles qui, de leur côté, n’entendent pas déposer les armes avant le retrait de Déby.

Après l’adoption au Conseil de sécurité des Nations unies d’une résolution appelant à soutenir le gouvernement d’Idriss Déby, le président Nicolas Sarkozy a déclaré que la France ferait « son devoir » et avait « les moyens de s’opposer » à une agression visant N’Djamena.

Le Tchad accuse le Soudan d’avoir appuyé l’offensive des rebelles, qui ont donné l’assaut à la capitale durant le week-end avant de se retirer. Khartoum rejette l’accusation.

Les insurgés ont accusé l’armée française d’être intervenue dans les combats aux côtés des forces gouvernementales et d’avoir tué des civils, ce qui a aussitôt été démenti. Soldats et avions français ont évacué des centaines de ressortissants étrangers de N’Djamena pendant les affrontements.

« Notre gros handicap, c’est l’armée française, ce n’est plus Idriss Déby. Aujourd’hui, nous serions prêts à chasser Déby, sans la France », a déclaré Mahamat Nouri, chef de file de L’union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD), l’une des factions rebelles, interrogé mardi soir sur Radio France Internationale (RFI).

Ses hommes, a-t-il poursuivi, ont perdu beaucoup de véhicules pendant les deux jours de combats qui les ont conduits aux portes du palais présidentiel de N’Djamena, mais ils se maintiennent à 25 km de la capitale. « Nous ne sommes pas prêts à retourner au Soudan », a souligné Nouri.

Le gouvernement tchadien a dit avoir mis en déroute les rebelles à l’issue des combats, qui ont fait des centaines de blessés et un nombre indéterminé de morts. Les insurgés, qui qualifient le gouvernement de corrompu et dictatorial, ont dit s’être retirés pour procéder à un regroupement.

Un porte-parole des rebelles, Henchi Ordjo, a déclaré à Reuters qu’ils étaient prêts à un cessez-le-feu mais à condition que le président s’en aille. Un autre porte-parole, Abderamane Koullamalah, a affirmé que les insurgés souhaitaient une trêve et un dialogue, sans évoquer le départ de Déby.

Mais le Premier ministre tchadien, Nouradine Delwa Kassire Coumakoye, a écarté l’idée d’une trêve. « Un cessez-le-feu, pourquoi ? Nous accepterions un cessez-le-feu avec qui ? », s’est-il interrogé sur France 24 en déclarant que les rebelles avaient pris la fuite.

ACCUSATIONS

Répondant à une demande de Paris, le Conseil de sécurité a adopté lundi une déclaration non contraignante invitant la communauté internationale à soutenir le gouvernement tchadien « conformément à la Charte des Nations unies ».

Sarkozy, qui s’exprimait en Charente-Maritime, a dit que cela impliquait la possibilité d’une intervention française au profit de Déby en cas de nécessité. « Si la France doit faire son devoir, elle le fera, a-t-il dit.

L’offensive des rebelles a contraint l’Union européenne à retarder le déploiement de l’Eufor, sa force de 3.700 hommes censée protéger les réfugiés du Darfour, dans l’est du Tchad et en République centrafricaine. Plus de la moitié de ses effectifs seront français.

Le contingent irlandais, retardé, devrait se déployer au plus tôt dans huit jours, à condition que la situation se stabilise, a indiqué le ministère de la Défense à Dublin.

Louis Michel, commissaire européen au Développement et à l’Aide humanitaire, s’est dit « profondément inquiet de voir apparaître une nouvelle grave crise humanitaire ».

Il a annoncé le déblocage par la Commission européenne de deux millions d’euros destinés à venir en aide aux populations réfugiées ou déplacées du Tchad.

OPPOSANTS ARRÊTÉS

Les États-Unis ont également appelé à la fin des combats et fait savoir au Soudan qu’un éventuel soutien aux rebelles devait prendre fin.

Ordjo a affirmé que des hélicoptères et des chars français avaient ouvert le feu lundi en soutien à l’armée tchadienne. « La France a été directement engagée dans le conflit (…) et a causé des pertes civiles », a-t-il ajouté.

À Paris, le capitaine de vaisseau Christophe Prazuck, porte-parole de l’état-major, a rejeté l’accusation en notant que les forces françaises avaient été prises dans des accrochages et avaient répliqué en position de légitime défense.

À N’Djamena, des soldats appuyés par des blindés et des hélicoptères gardaient mardi le quartier de la présidence, dans le centre-ville. Des habitants se hasardaient dehors pour tenter de trouver des vivres, mais les prix de nombreuses denrées de base comme le riz et le sucre ont fortement augmenté.

Beaucoup d’habitants se sont enfuis au Cameroun voisin.

En vertu d’un accord de coopération datant de 1976, complété par le dispositif « Épervier » déployé en 1986, l’armée française assure au Tchad un soutien logistique et médical ainsi qu’un appui au renseignement.

Réaffirmant le soutien de Paris au gouvernement « légitimement élu » d’Idriss Déby, le ministre français de la Défense, Hervé Morin, a déclaré sur RFI que l’on n’observait aucun signe d’un retour de combattants rebelles vers N’Djamena.

avec Elizabeth Pineau et Laure Bretton à Paris, version française Guy Kerivel, Jean-Loup Fiévet, Philippe Bas-Rabérin, Gregory Schwartz et Jean-Philippe Lefief
Moumine Ngarmbassa et Emmanuel Braun


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