Les troupes tchadiennes en Libye.

Comme il fallait s’y attendre le commerçant ambulant a pu trouver un preneur pour ses marchandises (ses combattants mercenarisés) en forçant la porte de l’acheteur. C’est une vieille technique qui lui réussit toujours. En effet, le Sultan a la manie de forcer la main aux fins d’effectuer des missions qu’on ne lui a nullement demandées et présenter ensuite des ardoises salées qu’il encaisse sans remettre un copeck à ceux qui ont effectué la mission aux prix de leur vie ou aux ayants droits.

Depuis plusieurs semaines, des rumeurs persistantes circulaient sur une éventuelle intervention des forces tchadiennes en territoire libyen ; or pour beaucoup des spécialistes, une telle opération, dans l’état actuel des finances publiques du pays, relayée par la situation morose sur le plan socio-économique, oui, une telle opération semblait improbable. Justement, ce que le citoyen ordinaire ignore, c’est cette même situation qui pousse le sultan à marchander son armée au plus offrant. Le preneur est tout indiqué. Bien sûr il s’agit du Général Khalifa HAFTAR qui a effectué sa première visite dans la nuit du vendredi 09 octobre 2015 au dimanche matin. Il serait venu par l’aéroport de Faya.

Les tchadiens qui avaient vécu l’occupation libyenne surtout pendant les années 82-87 connaissent bien ce Général qui avait été fait prisonnier par les FANT puis récupéré par la CIA pour en faire un « contrat » contre le régime du Colonel Kadhafi.

Il faut dire que ce Général n’a jamais porté Mr Deby dans son cœur. Depuis son fief en Libye en faveur de la révolution de printemps arabe, il avait ostensiblement boudé le Sultan. Malheureusement pour lui, la perte graduelle du terrain sur le plan militaire et son isolement diplomatique l’ont obligé à faire appel à celui qui n’attendait que cela.

Il faut rappeler que Mr HAFTAR ne fait pas partie intégrante du gouvernement de Toubrouk, il n’est qu’un allié mais un allié encombrant y compris auprès des Nations Unies qui l’ont exclu du dialogue national libyen organisé par celles-ci au Maroc. Ainsi donc c’est un homme esseulé, marginalisé et à demi vaincu, qui est venu voir Mr Deby pour négocier matériellement et financièrement l’intervention des troupes tchadiennes à ses côtés aux fins de pouvoir récupérer les positions perdues, ce qui lui permettrait de se positionner politiquement dans les futures négociations, étant donné que ce qui a été concocté au Maroc n’ira nulle part selon les observateurs avertis!

Après son retour de Paris où on lui a fermé hermétiquement au nez toute possibilité de bénéficier des aides sous quelle forme que ce soit à cause de sa gestion calamiteuse et ce, malgré sa présence sur tous les fronts antiterroristes, la démarche de Mr Haftar est une aubaine pour Mr Deby. Selon les chuchotements de son entourage, il y a le cash et les aides indirectes. Pour le 1er point, personne ne saura le montant exact de la transaction comme ce fut le cas avec l’ex Zaïre (400 disparus), avec la Libye de Kadhafi, le Soudan d’El Béchir, le Togo d’Eyadema et le Cameroun actuellement, etc.; (au Mali les Nations Unies avaient fauté en remettant les émoluments des militaires à Deby qui serait chargé de la distribution, ce qui n’a pas été le cas). Quant aux aides indirectes, elles concernent la logistique, essentiellement la pneumatique et du carburant, mais aussi le creusage d’une vingtaine des puits tout au long de la frontière (du Tibesti jusqu’à la frontière soudanaise) ce qui signifie que Deby table sur une durée indéterminée.

Ceci dit, l’opinion publique en générale et la classe politique en particulier devraient savoir que cette mission serait l’une des plus périlleuses et peut-être plus que celles effectuées contre le Boko-Haram.

  • D’abord Mr Deby a sciemment caché à la classe politique et au Gouvernement la vraie nature de la transaction avec le libyen ; il avait en fait avancé pour convaincre ses officiers, des arguments sécuritaires et militaires en ce sens qu’il faut détruire les bases de la rébellion tchadienne avant son développement, or il est établi que les militaires tchadiens feront face à toutes les bandes anti-Haftar dans la bande du sud-ouest au sud-est ;
  • – la mission s’effectuerait dans un milieu socio-géographique hostile où le poids de l’histoire très récente pèserait lourd. Un milieu où pullulent sur tous les 10KM des bandes armées tribales, confessionnelles ou même des bandes organisées appartenant au grand banditisme intercontinental.
  • Et enfin n’ayant aucune couverture légale, les militaires tchadiens seront considérés à la moindre transgression comme des mercenaires et seront poursuivis auprès de la CPI.

Beremadji Félix
N’djaména – Tchad


Commentaires sur facebook