Des bluffs et encore des bluffs

Lors de son allocution à l’occasion de son investiture pour les présidentielles d’avril 2016, Deby a fait sortir de son chapeau deux lièvres aux oreilles très longues : révision constitutionnelle et fédération. En effet, il aura été très difficile pour lui de dire quelque chose qui puisse mobiliser les tchadiens, tant son bilan, dans tous les domaines de la vie socio-économique, politique et militaire, est catastrophique et ses promesses constamment reniées. On se rappelle de sa fameuse formule, « la Kermesse de désordre est terminée » à l’investiture de son tout premier mandat en Août 1996 ; « je combattrai de toutes mes forces la corruption et la mauvaise gestion des ressources nationales » en 2001 et en fin en 2011 « je vous en prie, ne volez pas » c’est le summum de l’aveu de l’incompétence manifeste, de l’irresponsabilité et de l’incapacité notoires pour prétendre à gérer un Etat. Alors il faudrait du sensationnel qui puisse frapper fort l’opinion tant nationale qu’internationale. C’est ainsi qu’après beaucoup de remue-ménage des méninges des conseillers pour lui mettre ces deux gros mots dans sa bouche.

La révision constitutionnelle ? A défaut d’une alternance politique, Deby propose aux tchadiens une alternance des constitutions : à la fin de l’actuel mandat de 2016, il se représentera dans le cadre de la nouvelle constitution et après la fin de celle-ci, rien n’empêche de faire sauter ce verrou et se représenter de nouveau puisqu’il aura à peine 75 ans, un jeunot par ces temps-ci. La révision constitutionnelle est donc un pas vers une présidence à vie.

La fédération ? La grande question que tout le monde se pose, pourquoi maintenant, après 25 ans d’errements politiques, lui qui assimilait la fédération à la scission? Au-delà de sa tartufferie légendaire et au-delà de ses prouesses militaires qui consistaient à tuer et à bruler, intellectuellement parlant, Mr Deby n’est pas très loin de cette cohorte des généraux et des bouffons analphabètes qui l’accompagnent. De ce fait, il pense très sérieusement qu’il suffit de dire « fédération!! » pour que le pays se mette en ordre de marche !

Oui pour une fédération politico-économique qui tiendrait compte tous les paramètres politiques, économiques, socio-culturels dans un agencement homogène pour le développement socio-économique du pays et l’épanouissement des différentes communautés dans leur terroir. Cela sous-tendrait in fine l’égalité entre les citoyens et la justice en matière de repartions des ressources et des services au niveau nationale et au niveau régional, or ceci est impossible sous Deby quelle que soit la nouvelle forme proposée.

Toutefois, vu la désarticulation des structures de l’État et de la marginalisation des pans entiers de la société, l’idée commence à tarauder dans les esprits de ces déshérités de la société qui n’étaient pas au départ acquis à cet concept défendu maladroitement par quelques hommes politiques.

Les thuriféraires locaux ne constatent absolument rien de cette bouillonnement ; par contre, les conseillers occultes occidentaux semblent avoir bien vu le désarroi et le vaste et profond bruissement du mécontentement et de la colère d’une partie importante franche de la population victime de l’injustice et du népotisme du pouvoir. Depuis 33 ans, certaines régions du pays sont complètement délaissées entre les mains des préfets, sous-préfets, commandants des brigades, des douanes, des eaux et forêts, complètement analphabètes mais ne rendant des comptes à personne, car proches de ceux qui sont au sommet de l’Etat. Cette situation est révoltante et les partis fédéralistes l’utilisent avec dextérité. Alors, comme on dit, « Deby n’a fait que voler la langue des fédéralistes.» Mais dans la réalité, Deby ne réalisera pas la fédération du Tchad pour plusieurs raisons. D’abord, dictateur dans le sang, il ne voudra jamais partager le pouvoir avec qui que ce soit, car fédération signifie élections locales, pouvoirs locaux élargis, les gouverneurs élus répondent devant la population ; Où sont les nombreux compagnons de lutte de Deby ? Sacrifiés pour être seul à bord. Ensuite, depuis 25 ans, Deby a développé et répandu de la médiocrité et de la nullité et en a fait des outils de la gestion de l’Etat ; avec la fédération, il se retrouvera entre les mains avec une cohorte des analphabètes devenus inutilisables avec la fédération, qu’en faire avec ? C’est donc un nième bluff sans lendemain.

On dit que les promesses n’engagent que ceux qui y croient, or en 25 ans les tchadiens ont appris à ne croire à aucune des promesses de Deby.

Beremadji Félix
N’djaména – Tchad

 


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2 Commentaires

  1. Abdou

    Révision constitutionnelle, mon oeil ! Qu’est-ce qui a amené Déby en 2005 à faire sauter le verrou de la constitution limitant les mandats présidentiels à deux, pour s’éteniser au pouvoir ? Aujourd’hui à la veille des élections, il promet une future « limitation de mandats », pour faire miroiter une alternance à la fin de son cinquième mandat, qui est en fait un sixième (car on oublie trop souvent que Déby a gouverné pendant six ans à partir de 1990 avant d’accéder à son premier mandat en 1996 !).
    Souvenez-vous du burundais Nkurunziza qui, après avoir gouverné pendant quelques années, a fait adopter la limitation des mandats par son assemblée, pour ensuite argumenter que la loi n’étant pas rétroactive, il fait table rase de ses années passées au pouvoir pour se présenter comme nouveau candidat sous… la limitation des mandats ! C’est la stratégie du « reculer pour mieux sauter ». On prétend sortir par l’une des multiples portes de la présidence pour rentrer par l’autre, et le tour est joué. Nos dirigeants pensent qu’ils peuvent tromper tout le peuple tout le temps. Révision constitutionnelle, limitation de mandats, puis on remet la pendule à zéro pour se porter candidat. On en a marre de cette Nkurunzizarie à la tchadienne.

    • dispute tout la réalité cherche la solutions dans la continent africain parfois ont surprise pour la question pourquoi les dirigeants AFRICAINES fait tout pour s’éternisent sur le dos de leurs propres frères et citoyens africains and préfère le continent de jet dans l’abîme de pauvretés mieux de vivre honnêtement, ils ont fait clairement que notre choix soit dans chaos de guerre civile ou vivre sous leur merci.    les simples citoyens africains interrogent parfois c’est quand nous pouvons avoir démocratie et développement réal???