Au Tchad, le président Idriss Déby contesté – JDD

Au Tchad, les mouvement pour demander le départ du président Idriss Déby, au pouvoir depuis 26 ans et qui va se représenter en avril pour un 5e mandat, se multiplient.

La contestation contre le président Idriss Déby enfle au Tchad. Après deux semaines de manifestations, au cours desquelles deux adolescents ont trouvé la mort, elle a franchi une nouvelle étape mercredi avec l’organisation à N’Djamena, la capitale, et dans plusieurs cités de province d’une journée ville morte. Initiée par le collectif d’associations Ça suffit, l’opération, qui demande le départ du chef de l’État, a été largement suivie.

À l’origine de la colère, le viol, rendu public, de la jeune Zouhoura il y a quinze jours par quatre enfants de dignitaires. Le pouvoir a réagi en envoyant les coupables en prison tout en tentant de museler les contestataires. Réseaux sociaux coupés, interdiction de manifester. De quoi enflammer un peu plus la rue, en particulier les jeunes. « Cela fait deux ans que le pouvoir est dans un face-à-face tendu avec les lycéens, précise Roland Marchal, spécialiste de l’Afrique au Centre de recherches internationales. Ce mouvement exprime aussi l’exaspération de la population face à la prévarication du régime et un président fatigué. »
Idriss Déby « n’est pas homme à lâcher le pouvoir »

Dans la ligne de mire des manifestants, il y a aussi l’élection présidentielle du 10 avril, à laquelle Idriss Déby, 64 ans dont vingt-cinq au pouvoir, est candidat. Les événements actuels pourraient-ils le faire renoncer à un 5e mandat? « Reste à savoir si la société civile pourra mobiliser au-delà de N’Djamena, poursuit Roland Marchal. Il lui faut aussi recréer du lien dans un pays que Déby a volontairement fragmenté ethniquement et géographiquement ».

Selon le chercheur, Idriss Déby « n’est pas homme à lâcher le pouvoir. En outre, il y a, dans son entourage, une garde prétorienne qui voudra perdurer au-delà de lui. » Le président tchadien peut en outre compter sur le soutien de ses pairs africains mais aussi de ses parrains américains et français. Le Tchad – avec son contingent militaire – reste en effet un allié trop précieux dans la lutte contre Boko Haram et Aqmi (Al-Qaida au Maghreb islamique).

Antoine Malo – Le Journal du Dimanche
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2 Commentaires

  1. Wilfried

    Et cette guerre contre les terroristes à mon avis reste la priorité des priorités.

  2. Abou Harba

    Il arrive que l’Histoire d’un pays s’écrive envers et contre les considérations connexes, surtout lorsque celles-ci s’inscrivent diamétralement à l’opposé des intérêts vitaux du peuple debout et en lutte. Comme l’a écrit un internaute sur ce site même, ceux qui occupent les rues de nos villes aujourd’hui sont des démocrates non-armés et défilant pacifiquement, comme cela s’est vu à Paris, Washington ou Londres. Ce qui élimine de l’équation l’usage des Jagouars. Reste la question suivante : la France socialiste et les Etats-Unis champions de la lutte pour l’avancement des valeurs démocratiques dans le monde iront-ils jusqu’à fermer les yeux, la bouche et les oreilles si jamais, acculé au désespoir, notre inquiétant dictateur décide qu’il n’a plus d’autre choix que de faire crépiter les balles sur la rue ? Dilemme, dilemme…