Coordination des Partis politiques pour la Défense de la Constitution (CPDC)

Conférence de Presse du 24 août 2007: Déclaration liminaire

Mesdames, Messieurs,

Le 13 août dernier, vous avez suivi la signature de « l’Accord politique en vue du renforcement du processus démocratique au Tchad« . Accord intervenu après quelque quatre (4) mois d’intenses et âpres discussions, entre les partis de la mouvance présidentielle et ceux de l’opposition démocratique, la CPDC en l’occurrence.

Les textes ont été lus et diffusés, des commentaires ont et faits. Nous avons tenu néanmoins à cette conférence de presse pour échanger avec vous, de façon solennelle, sur les appréciations que la CPDC fait de cet Accord, ainsi que de ses attentes.

Dialoguer pour parvenir à un consensus sur la manière de gérer l’Etat et approfondir notre démocratie balbutiante ne devrait pas surprendre, tant est-il que l’option démocratique et non violente qui est la nôtre n’offre pas de meilleure voie alternative.

Cependant et compte tenu de la crise de confiance aiguë entre acteurs, crise de confiance née de profondes frustrations, il a fallu quatre (4) mois de discussions, voire d’atermoiements, pour asseoir ce dialogue, qui a finalement été lancé après la décision du gouvernement de surseoir à toutes les opérations électorales, dans l’attente de solutions consensuelles aux différents sujets de contestation ou de controverse.

Ainsi, après quatre (4) mois d’âpres discussions ayant mis à rude épreuve les nerfs de plus d’un participant et observateur, nous sommes parvenu à un accord dont les termes, s’ils sont exécutés, constituent une avancée significative et indiscutable dans la construction de la démocratie tchadienne. Mieux, cela pourrait faire école, y compris dans certains pays considérés comme en avance sur le nôtre.

En effet, sur le plan de la gestion et de l’organisation des processus électoraux, des dispositions et mécanismes pertinents renforçant la transparence des opérations et l’équité entre compétiteurs ont été retenus:

  • CENI à composition paritaire équilibrée, soutien de l’Etat, réduction des coûts pour les acteurs et présence de ceux-ci dans toutes les étapes et dans toutes les institutions intervenant;
  • amélioration des conditions de sécurité par l’appel à la solution des conflits, en particulier avec l’opposition armée et les conflits intercommunautaires, par le dialogue;
  • mise en œuvre des recommandations et résolutions des états généraux de l’Armée ;
  • dépolitisation et démilitarisation de l’Administration publique, et plus particulièrement de la Territoriale;
  • sensibilisation de la population, renforcement des capacités de toutes les organisations en vue d’une meilleure participation citoyenne à la vie publique ;
  • rôle des médias, etc.

Sachant que c’est dans l’application des accords que souvent le bât blesse, l’Accord du 13 août 2007 a introduit des dispositifs de suivi et d’appui, ce qui est une nouveauté importante par rapport aux différents accords signés au Tchad et par rapport à la Conférence Nationale Souveraine.

Ce Comité de Suivi et d’Appui, associant les signataires, les institutions en charge ou impliquées dans l’exécution et les partenaires au développement du Tchad (Union européenne, Union africaine, Organisations des Nations Unies, Organisation Internationale de la Francophonie, … ainsi que des partenaires bilatéraux qui le désireront : Etats-Unis d’Amérique, Suisse déjà pressentis), est un véritable organe de veille et d’alerte qui se réunit chaque mois.

L’exigence de la désignation des membres de très haut niveau dans ce Comité souligne à suffisance le sérieux que toutes les parties engagées accordent à la mise en œuvre diligente et correcte des dispositions de l’Accord.

La signature de l’Accord par le représentant des Chefs d’Etat et de gouvernements des vingt sept (27) de l’Europe et par le représentant de la Commission européenne constitue à n’en point douter une caution à prendre en considération.

Mesdames, Messieurs,

Un premier défi a été relevé et gagné. C’était celui de regrouper autour d’une table, dans une salle, des représentants du pouvoir et ceux de l’opposition pour des discussions franches sur les problèmes qui préoccupent les Tchadiens dans leur ensemble et convenir des solutions consensuelles. Cela est à mettre à l’actif de la communauté internationale, l’Union européenne en particulier, qui a défié tous les scepticismes pour inviter les uns et les autres à ces pourparlers.

Un deuxième défi a été relevé et gagné. C’était celui de convenir des solutions novatrices renforçant la démocratie et ouvrant des perspectives de paix durable, de construction d’un Etat de droit véritable afin de s’engager dans la voie de la bonne gouvernance et de la lutte contre la pauvreté. Cette victoire est à l’actif des négociateurs, à l’actif de la CPDC pour avoir demandé souvent avec témérité et pugnacité, à l’actif du Président de la République qui, suivant de bout en bout le déroulement des débats a non seulement laissé faire, mais a aussi certainement encouragé ses représentants à des concessions.

Un troisième défi à relever demeure, et qu’il faut absolument gagner. C’est celui de l’exécution correcte et diligente. Cela incombe à la fois aux parties signataires, aux partenaires accompagnant la démarche, mais aussi en grande partie à l’ensemble des acteurs politiques et sociaux tchadiens.

L’opposition armée, aujourd’hui en négociation à Tripoli ou engagée dans l’initiative de Libreville, pourrait saisir cette opportunité pour combler les lacunes inévitables dans ce genre d’exercice, faire prévaloir ses préoccupations spécifiques en tant que rébellion et s’associer au contrôle et suivi de la mise en œuvre des termes convenus.

La société civile, les associations de défense des droits de l’homme qui depuis plusieurs années réclament un dialogue pour sortir le pays de l’enlisement, pourraient se joindre aux acteurs déjà engagés pour s’assurer de effectivité des effets escomptés, notamment en ce qui concerne le respect des libertés et de la dignité humaine, ainsi que le respect de la sécurité de biens et des personnes. Elles ont également un rôle important dans l’éducation citoyenne de la population, dans le suivi et l’observation des processus électoraux afin que le peuple souverain ne soit pas floué.

Les syndicats pourront négocier et conclure un Pacte social. A eux de faire preuve de leurs préoccupations non seulement pour l’amélioration du pouvoir d’achat des travailleurs, mais aussi et surtout leurs préoccupations pour la bonne gouvernance, l’assainissement de la Fonction publique et la performance au travail ; autant de facteurs qui sont gages de l’amélioration structurellement durable des conditions de vie et de travail.

Les médias ont également leur partition à jouer : informer en toute liberté et responsabilité avons-nous dit dans l’Accord. Ils pourront constituer de véritables alertes et aider le citoyen à percevoir les véritables enjeux pour la paix et pour le développement. Il leur reste à obtenir la dépénalisation du délit de presse. Notre soutien est d’ores et déjà acquis.

C’est dire, Mesdames et Messieurs, que nous avons ouvert un chantier qui nous interpelle tous. S’il est labouré avec lucidité et détermination, il peut apporter davantage de prospérité à notre peuple qui en a tant besoin.

Nous avons l’obligation de faire le pari de l’audace et de l’espoir. Le Tchad doit sortir de l’engrenage de l’animosité, des haines et de la violence. Notre destin est entre nos mains.

Nous vous remercions pour votre disponibilité et nous mettons à votre disposition pour des échanges et d’éventuelles questions.

Pour la CPDC,
Salibou GARBA,
Rapporteur.


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