Et maintenant ? – MTM

Il y a eu hésitations, confusions et contradictions. Mais au bout du compte, la France est venue au secours du régime du président tchadien Idriss Déby Itno, pour la seconde fois en moins de deux ans.

Le Tchad constitue une base stratégique essentielle au déploiement des forces françaises, en plein cœur de l’Afrique, à proximité du conflit soudanais, du golfe de Guinée gorgé de pétrole, et de l’uranium nigérien. C’est aussi le bastion français le plus proche de Fachoda, vieux complexe jamais vraiment évacué. Réagir à l’action des rebelles, c’était avant tout réaffirmer sa position sur l’échiquier de la sous-région.

Le ministère de la Défense continue à démentir l’intervention de l’armée. Mais les rebelles persistent, et condamnent l’absence de neutralité française, « sans équivoque partie prenante dans le conflit du Tchad ». Ils récusent ainsi la légitimité de l’Eufor pour participer au retour de la paix au Darfour. Cette force d’intervention européenne, que la France doit commander sur le terrain, a commencé à se déployer. Son arrivée était au cœur des enjeux de l’avancée des rebelles sur N’Djamena soutenus indirectement par Khartoum, et au centre des tergiversations françaises.

La France a également fini par réagir, après un long silence embarrassé, à propos des opposants emprisonnés au moment où les rebelles quittaient la capitale. Paris a demandé une « clarification sans délai », notamment « des informations précises sur les motifs pour lesquels ils ont été emprisonnés, sur les lieux où ils se trouvent, et sur les procédures judiciaires dont les autorités tchadiennes pensent qu’elles leurs sont applicables ».

Une intervention française n’aurait de sens que si elle obtenait du président Déby non pas seulement la grâce des aventuriers de l’Arche de Zoé, mais des garanties en termes de démocratisation du régime et de respect de droits humains, notamment dans la gestion des revenus pétroliers. La rupture voulue par le chef de l’État français, Nicolas Sarkozy, ne peut être perceptible que si Paris se range pour une fois du côté de la population tchadienne, seule vraie victime de ces combats à répétition.

Lucas Patriat


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