L’affaire des militaires disparus au Tchad -RFI

On est toujours sans nouvelles d’une soixantaine de militaires au Tchad qui auraient été arrêtés le 9 avril dernier. Les familles s’inquiètent ; l’opposition et certains mouvements de la société civile affirment que ces soldats auraient été torturés et parfois même tués parce qu’ils n’auraient pas voté pour le président sortant Idriss Deby, lors du premier tour de la présidentielle…

Ainsi, la Convention tchadienne pour la défense des droits humains, la CTDDH, se dit « extrêmement préoccupée. » Son communiqué est repris sur le site d’opposition Makaila.fr : « les militaires qui sont des citoyens tchadiens à part entière sont contraints par leur hiérarchie de voter pour le candidat du parti au pouvoir, Idriss Deby, affirme la CTDDH ; cette pratique antidémocratique viole le droit de ces citoyens à voter librement pour le candidat de leur choix. […] La barbarie est poussée à son paroxysme au point que des militaires qui ont opté pour le choix d’un candidat de l’opposition sont systématiquement mis aux arrêts, sauvagement torturés et pour certains sommairement exécutés. »

Incrédulité…

Dans les médias ouest-africains, on s’interroge. « Des militaires “félons” à un nouveau bail d’Idriss Deby ont-ils été arrêtés et tués, le 9 avril dernier ou non ?, se demande ainsi Aujourd’hui au Burkina. La polémique enfle et l’affaire prend des proportions sérieuses, puisque des familles et des droits-de-l’hommistes s’en sont mêlés. Sans compter l’opposition, par la voix de Saleh Kebzabo, qui parle de 60 militaires qui manquent à l’appel, depuis la veille de ce jour de vote, jour où la soldatesque est passée dans les isoloirs. […] “Faux, allégations fallacieuses de l’opposition”, a alors martelé le ministre de la Communication, Mustapha Ali Alifeih. Qui a raison et qui a tort dans ces accusations, qu’on aurait mises sur le compte des fléchettes politiciennes s’il n’y avait pas des vies humaines en jeu ? »

Pour le site guinéen Ledjely.com, il faut que la vérité éclate… « Si, selon une certaine géopolitique, Idriss Deby a une importance telle qu’on peut le laisser tripatouiller des élections et s’offrir autant de mandats qu’il voudrait s’en attribuer, rien ne devrait cependant justifier que le monde se bouche les oreilles face à une telle accusation. Une certaine décence humaine n’admet pas que l’on fasse semblant de n’avoir rien entendu de cette accablante histoire au cœur de laquelle se jouent le destin d’une soixantaine de vies, ainsi que celui de leurs familles respectives. Pour une fois, l’argument classique de la souveraineté du Tchad n’a pas sa place. Il faut enquêter et savoir de quoi retourne cette scabreuse histoire. Bien entendu, poursuit Ledjely, à ce stade, il n’est pas question de prendre les allégations de l’opposition pour parole du Saint Coran. Même si certaines familles ont confirmé n’avoir pas eu de nouvelles de leurs parents, l’argument du gouvernement selon lequel les militaires en question seraient en mission, cet argument n’est pas nécessairement des plus convaincants. »

Une enquête indépendante !

Alors, « Vite une commission d’enquête indépendante internationale ! », s’exclame Le Pays à Ouaga. « Pour autant que Deby ne se reproche rien, il gagnerait à éclairer toutes les zones d’ombres de cette affaire. Et la démarche la plus appropriée pour y arriver, serait donc l’ouverture d’une enquête indépendante internationale. Car, confier une telle affaire à une structure locale serait la meilleure manière de l’enterrer. En effet, il est de notoriété publique qu’en Afrique, les institutions ont tendance à trancher en faveur du prince régnant. Cela dit, en attendant que la lumière jaillisse, cette affaire risque aussi de jeter une ombre épaisse sur la victoire annoncée de Deby, pointe encore Le Pays. C’est aussi le signe que le futur mandat de ce dictateur, qui dirige d’une main de fer dans un gant de velours le Tchad depuis plus d’un quart de siècle, ne sera pas une partie de plaisir. On a le sentiment qu’après des décennies de somnolence, les Tchadiens sont désormais vent debout contre le satrape. Et l’on se demande jusqu’où ira le bras de fer ?, s’interroge le quotidien ouagalais. Deby pourra-t-il terminer le mandat déjà en poche ? On attend de voir. Mais ce qui est d’ores et déjà certain, conclut Le Pays, c’est que cette disparition présumée de soldats vient en rajouter à la liste déjà longue des crimes reprochés à Deby. Et si rien n’est fait, elle risque de réveiller les vieux démons. »


Commentaires sur facebook

2 Commentaires

  1. Madjitoloum Djakarta

    Oui, cet enfant chéri de lobbying francais n’est pas seulement un assassin, il est aussi la personne qui a érigé le népotisme, le favoritisme, la corruption en mode de gouvernance. Cet fois nous sommes déterminés a en découdre avec cette régime sanguinaire et barbare.

  2. Le Tchad a besoin d’un president soit un homme du peupple,qui repond aux besoins du peuple et non a un dictateur comme celui-ci