Hissène Habré coupable de crimes contre l’humanité – Tribune de Genève

Tchad/SénégalLe tribunal spécial africain a rendu son verdict ce lundi, à Dakar. L’ex-président tchadien est condamné à la prison à vie.

Le tribunal spécial africain qui juge l’ex-président tchadien Hissène Habré à Dakar pour crimes contre l’humanité l’a reconnu coupable de crimes contre l’humanité, de crimes de guerre et de viols, a déclaré lundi le président de la Cour, le magistrat burkinabè Gberdao Gustave Kam. Hissène Habré a été condamné à la prison à vie.

Le tribunal «a été convaincu» par le témoignage de Khadija Hassan Zidane, qui avait affirmé pendant le procès avoir été violée par Hissène Habré, a indiqué Gberdao Gustave Kam lors de la lecture du verdict, faisant état de «rapports sexuels non consentis à trois reprises et un rapport buccal non consenti».

Ce procès inédit, censé servir d’exemple en Afrique, intervient un quart de siècle après la chute du dirigeant.

Arrestation en juin 2013

Hissène Habré a dirigé le Tchad pendant huit ans (1982 -1990) avant d’être renversé par un de ses anciens collaborateurs, l’actuel président Idriss Déby Itno. Il s’est alors réfugié au Sénégal en décembre 1990. Une commission d’enquête tchadienne a estimé le bilan de la répression sous Hissène Habré à quelque 40’000 morts.

Poursuivi pour «crimes de guerre, crimes contre l’humanité et crimes de torture», il a été arrêté le 30 juin 2013. Il est jugé depuis le 20 juillet 2015 par les Chambres africaines extraordinaires (CAE), mises en place en vertu d’un accord entre le Sénégal et l’Union africaine (UA).

Mais l’ex-président récuse les CAE et refuse de s’exprimer ou de se défendre devant elles. Le tribunal spécial présidé par un magistrat burkinabè, Gberdao Gustave Kam, assisté de juges sénégalais, doit rendre son verdict à partir de midi, heure suisse.

Amené de force à l’audience

Conformément à ses instructions, les avocats choisis par Hissène Habré n’y assisteront pas. L’attitude du prévenu depuis l’ouverture du procès a conduit les CAE à désigner trois avocats commis d’office pour assurer sa défense.

L’image du prévenu impassible, amené de force à l’audience, et détournant le regard de tout orateur du prétoire, est restée inchangée tout au long du procès.

A la clôture des débats, le 11 février, les avocats commis d’office ont plaidé l’acquittement. L’un d’entre eux, Me Mbaye Sène, a assuré attendre «le verdict avec beaucoup de sérénité». Il a estimé avoir établi l’innocence de Hissène Habré et a conclu à «l’impossibilité pour l’accusation et les parties civiles de prouver sa culpabilité».

«Affaire politique»

Le procureur spécial, Mbacké Fall, avait réclamé la prison à perpétuité contre le président tchadien déchu. Il l’avait qualifié de «véritable chef de service» de l’appareil de répression, en particulier la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS), la police politique.

Pour un des avocats de l’accusé, Me Ibrahima Diawara, «cette affaire n’est pas judiciaire mais politique. Il n’y a qu’une seule issue, que Hissène Habré soit condamné».

Première

Ce procès est le premier au monde dans lequel un ancien chef d’Etat est traduit devant une juridiction d’un autre pays pour violations présumées des droits humains, se félicite Reed Brody, cheville ouvrière de cette procédure au sein de Human Rights Watch(HRW).

Il vise également à répondre aux griefs croissants contre la Cour pénale internationale (CPI), accusée de ne poursuivre que des dirigeants africains, en montrant que le continent peut les juger lui-même.

Appel possible

Au Tchad, des victimes présumées du régime Habré suivront le verdict en direct sur la télévision et la radio publiques. «Mon soulagement, ce serait de voir Habré condamné à vie, même si je ne sais pas dans quelles circonstances mon époux a été tué» en 1988 dans les geôles de la DDS, confie Zenaba Moussa.

Pour Massa Moïse, détenu pendant trois ans par la DDS et qui dit ne toujours pas savoir pourquoi, «Habré doit être condamné à mort».

L’accusé encourt jusqu’aux travaux forcés à perpétuité. En cas de condamnation, dont il peut faire appel, il purgera sa peine au Sénégal ou dans un autre pays de l’UA. S’il est reconnu coupable, une autre phase s’ouvrira durant laquelle seront examinées d’éventuelles demandes de réparations au civil. (ats/nxp)


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