L’ombre de lui-même, Deby devrait dégager.

Il y a deux semaines de cela, on se rappelle le Gouvernement dans une ferveur mal contrôlée avait pris des mesures pour juguler, dit-on, l’hémorragie financière que connaît le pays. Le moment d’extase passée, on s’aperçoit que non seulement les fameuses 16 mesures sont anticonstitutionnelles mais ne permettent même pas faire fonctionner l’État et payer les fonctionnaires pendant plus de 2 mois !

L’argent du Tchad et des tchadiens est ailleurs. D’abord, chez les Hinda. Cette famille, qui menait une vie ordinaire dans des conditions modestes est aujourd’hui au sommet de la plus grosse fortune du pays. Elle ne s’en prive pas de montrer avec une extravagance démesurée le train de vie que mènent les frères et sœurs de la 1ère Dame. La distribution des billets de 100 dollars aux jeunes danseuses lors du mariage de l’un des leurs restera un fait marquant dans l’histoire du Tchad. Heureusement pour les générations futures, les faits ont été enregistrés et postés dans « Youtube ».

Sans parler de tous les biens immobiliers au Tchad et en Europe en sus des comptes en France, en Suisse et ailleurs, cette famille est la propriétaire de l’une des premières sociétés cotées en bourse à Dubaï : « Alshareif General trading company, based in Dubaï, the owner is Ibrahim Hussain Burma.» les spécialistes en transactions financières savent qu’est-ce qu’une société cotée en bourse !

Lors de son passage à Kalaît à l’occasion du décès du chef de canton Borogat, Mr Deby a été interpellé par des vieux qui n’ont ni peur, ni rien à perdre ; « mon fils », avait osé l’un d’eux, « où est-ce que tu es en train de mener les Béris en particuliers et les tchadiens en général ? J’ai travaillé avec les premiers blancs arrivés à Fada, et depuis, je vois, j’écoute et j’entends, mais j’ai constaté qu’il n’y a jamais eu un « hakouma » de merde comme la tienne. » Silence de mort du coté de Deby comme celui de l’assistance. « Où est l’argent du pétrole ? » avait osé un autre du même acabit. Cette fois ci Deby trouve le souffle et ose : « tout l’argent du Tchad est entre les mains de cette femme, mais je ne peux rien faire ! » Silence de mort jusqu’à son départ.

Ainsi on aura compris une fois pour toutes qu’au palais rose c’est Hinda qui porte la culotte, mais cela n’est pas une nouveauté, ça fait longtemps que les plus avertis avaient dit que IDI est l’otage des Hinda, pire encore, son prisonnier. Selon les oreilles paraboliques tendues par les rapprochés, on entend de temps à autre des vociférations du genre « inti hawwane daa » ou même des claques qui ressemblent fortement à des « am kaaff.» les rôles ont changé, remarque-t-on. Donc l’argent des Hinda est irrécupérable. Soit !

Mais est-ce que Deby est incapable aussi de faire récupérer l’argent tenu par sa propre famille ? La dernière fois, entre 2 avions, Deby a convoqué deux de ses neveux et leur demanda de donner l’argent ; dans la hiérarchie des Itno, ces deux-là sont considérés comme appartenant au bas de l’échelle donc vulnérable à moindres frais ; à la grande surprise du sultan, les deux jeunes qui n’ont rien à perdre, paraît-il, ont d’une seule voix crié : « Mr le Président l’argent est avec les Hinda et les Bourma et avec tes frères et fils et tu le sais très bien » et claqué la porte. N’en parlons pas avec les Salaye, les Daoussa, les filles, leurs maris, les neveux, les frères des autres femmes, tout ce monde, se serait affranchi depuis longtemps des griffes du sultan ; ainsi donc le sultan est incapable de violenter sa propre famille nucléique pour récupérer l’argent volé. D’ailleurs, les mauvaises langues disent que c’est après cette claque de la famille qu’IDI s’est retourné vers les sans- carapaces en d’autres termes les nantis des autres communautés qui sont malléables et corvéables à sa guise, genres de Senoussi Taïwan et d’autres sous fifres. C’est ainsi qu’il a fait défilé nuitamment avec un revolver sur la table beaucoup de commerçants qui étaient des fervents supporteurs de son parti. Malheureusement pour le Sultan, cabri mort n’a pas peur du couteau, factures à l’appui les commerçants ont appris à leur mentor que son gendre de trésorier les a complètement et sciemment appauvris, ils n’ont en conséquence rien à donner.

Dans ces conditions, Mr Deby serait-il aussi incapable de se faire violence pour restituer l’argent que lui-même a volé ou en train de le faire ? Il est en effet listé comme le 7ème président le plus riche d’Afrique, il vient d’être désigné comme étant le chef d’Etat le mieux payé au monde en 2016 (http://fr.mediamass.net/people/idriss-deby/plus-gros-salaire.html); il est entre 2 avions toutes les semaines, et il emporte avec pas moins de 5 à 10 milliards CFA. Des sources du palais sont mordicus sur l’info : entre 1990 et les 1ères élections, Deby n’avait jamais effectué une mission avec plus de 20 millions de CFA et à la fin de la mission, soit il distribue le reliquat aux membres de la délégation soit il remet à son DAAF ; même ses déplacements dans son bled de 3 ânes, il emporte les mêmes montants sans jamais rien ramener. En plus du montant faramineux de la caisse d’avance, Deby voyage avec une suite pléthorique ; les mauvaises langues disent que lors de son dernier déplacement à New York, il était accompagné par pas moins de 80 personnes ; son cabinet est aussi pléthoriques, pas moins de 80 décrétés entre conseillers, conseillers spéciaux, chargés de mission, ambassadeurs itinérants, des marabouts, des charlatans, etc.

Ainsi donc, si Deby n’a aucun pouvoir sur sa propre personne, sur la personne de sa propre épouse et celle de sa propre famille, quel pouvoir aura- t-il, quelle autorité a-t-il pour diriger le Tchad ?

Dans un pays de droit, on demanderait à une commission rogatoire de désigner un magistrat pour constater l’incompétence et l’incapacité du sultan à gérer les affaires de l’Etat.

Il est temps qu’il dégage.

Beremadji Félix
N’djaména – Tchad


Commentaires sur facebook

2 Commentaires

  1. Nadji paul

    Non seulement ca, mais en realite deby dirige ce pays avec la haine. Comment un berger peut le troupeau de son ennemi? Deby a la haine en vers ce pays.

  2. Abou Harba

    Si telle est la situation, alors il faut convenir qu’au Tchad la réalité a battu à plate couture l’imagination la plus débridée ! Tout est dans la dernière phrase de l’article de Félix Bérémadji :

    « Il est temps qu’il dégage ».

    La question qu’il est devenu impératif de se poser est cependant :

    « MAIS COMMENT??? »

    Car il ne faut pas s’y tromper : tout ce beau petit monde sait pertinemment que, au-delà des petites rivalités intestines, des « combats de coqs », des « combats de poux », [des combats] « de chiens pour l’os » (pour emprunter à l’impétueux roi Christophe de Césaire), leur seul espoir de faire perdurer le paradis, c’est de rester unis, de se serrer les coudes autour du dictateur-pilier, si affaibli soit-il, car il est le seul garant de cette association de malfaiteurs invétérés… Ainsi, Déby vivant, le statut quo est assuré de fonctionner, même cahincaha.
    Le commun des Tchadiens, lui, doit se poser la seule question qui ait un sens : « Pour combien de temps encore accepterons-nous de rester assis sur le banc de touche ? »
    De la réponse à cette question dépend toute forme de changement au Tchad.