Afrique Centrale : la démocratie en danger – ledjely

Aussi lamentable et affligeante que soit l’issue du processus électoral au Gabon, il convient de préciser qu’en la matière, le pays d’Ali Bongo, n’est pas un cas isolé. De fait, il est plutôt l’incarnation d’une tendance qui s’empare de l’ensemble de la région de l’Afrique centrale. Cette portion territoriale du continent, plus qu’ailleurs, passe désormais pour le ventre mou de la démocratie africaine. Du Burundi au Gabon, en passant par les deux Congo, le Tchad et le Rwanda, l’Afrique centrale semble marcher à reculons. Les dirigeants s’y attachant un peu plus au pouvoir, les élections n’y sont plus qu’un exercice de pure forme. Une situation qui sied à des régimes verrouillés à dessein et qui ne laissent en particulier aucune place à l’émergence de la société civile.

Hybridisme trompeur

Certes, la situation des pays de l’Afrique centrale n’est pas aussi désespérée que celles qui prévalent au Zimbabwe, en Somalie ou encore en Erythrée. Mais le Cameroun, le Congo-Brazzaville, le Tchad, le Burundi, la RDC et le Rwanda ne constituent pas non plus des sociétés ouvertes. A la différence des pays du Maghreb contraints à lâcher du lest par le printemps arabe, et ceux de l’Afrique de l’ouest, où la société civile a acquis un statut de contre-pouvoir, l’Afrique centrale est dans une sorte d’hybridisme trompeur. On y tient des élections et on entretient un semblant d’opposition, en guise de verni démocratique. Mais la marge de manœuvre laissée à ceux qui ont une opinion différente de celle du chef, est des plus étroites. En sorte que le seul moment où les opposants peuvent s’exprimer dans les pays de la région, c’est à l’occasion de fugaces périodes de campagne électorale. Le reste du temps, une chape de plomb règne en maître, et la terreur est permanente.

Des ressources accaparées

A cela s’ajoute que les dirigeants, comme s’ils étaient donné le mot, concentrent entre les mains d’une équipe clanique ou d’une caste de serviteurs cupides et très souvent incompétents, l’essentiel des ressources des pays. Des entourages conditionnés pour que, quand les circonstances l’exigent, ils fassent parler le zèle démagogique nécessaire au maintien de la poule aux œufs d’or. D’où l’inféodation quasi-congénitale des institutions dont la gestion est stratégiquement confiée à ces larbins de serviteurs. Il se dégage de cet accaparement des ressources que le reste de la population, laissée pour compte, est potentiellement exposée à la tentation de la manipulation via le démon argent. On comprend alors la difficulté que les activistes de la société civile, eux-mêmes volontairement appauvris, ont à se faire entendre, et le cas échéant, de bâtir des mouvements d’envergure et solidement ancrés.

Pas de réseaux sociaux

Enfin, à la fois prévenants et méfiants, Denis Sassou-Nguesso, Joseph Kabila, Idriss Déby Itno et Ali Bongo, entre autres, n’ont retenu du printemps arabe et des révolutions burkinabè et sénégalaise, qu’une seule chose : la portée des réseaux sociaux. Conséquence ? Désormais, chaque élection et même tout mouvement d’humeur entraîne la coupure ou tout au moins le sabotage de la connexion internet. Un black out désormais systématisée pour empêcher que Y’en marre ou le Balai citoyen n’inspirent les jeunes de la région.

Mais comme l’a particulièrement démontré le cas du Burkina Faso avec Blaise Compaoré, aucun stratagème ne peut résister à une révolution authentique. C’est une recette plus efficace que les condamnations de principe de la communauté internationale.

Boubacar Sanso Barry


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